LIVRE V
Permit à Gbimène , ainsi qu'à ses filles, D'aller joindre un père et joindre un époux.
« Juste ciel! à Valence à peine J'ai porté mes pas , dit Ghimène , Et voilà qu'on veut l'envahir.
Est-il vrai , monseigneur Rodrigue :
D'Africains une immense ligue Vient nous perdre et vous assaillir?
Miraraolin , roi que l'on vante , Semant le trouble et l'épouvante , De Tunis vient vous assiéger.
O mon Gid, dans un tel orage, Je connais tout votre courage ; Maisje vois tout votre danger. »
Le Gid dit à Gbimène émue :
" Que grâce plutôt soit rendue Au Dieu dont nous suivons les lois !
J'aime ce danger qui m'obsède :
Je vois tout ce que je possède , Et vais tout défendre à-la-fois.
Mon audace a conquis Valence.
Rien désormais à ma puissance
Ne peut larracher que la mort ; Sur-tout quand ma femme et mes filles , Arrivant ici des Gastilles , Seront témoins de mon effort.
Trop long-temps aux champs de la guerre,
Loin des délices de la terre ,
J'ai senti se briser mon cœur;
Mais ce jour a pour moi des charmes,
Et je vais revêtir mes armes
Sans m éloigner de mon bonheur.
Ma femme , mes filles si chères , Vont voir aux terres étrangères Ce qu'il faut montrer de valeur, Et, dans ces luttes immortelles, A quel prix le Cid a pour elles Conquis du pain et de l'honneur. »
Ghimène avait sa résidence Au palais des rois de Valence, Qu'ils ont appelé l'Alcazar.
Bientôt, de ce palais, Ghimène Sur mille tentes dans la plaine Fixa l'effroi de son regard.
« Que Dieu nous sauve ! » cria-t-elle. Témoin de sa terreur mortelle, Le Gid lui répondit ainsi :
« Oui , Dieu , dans sa bonté profonde ,