‹ Les romances du CidChapitre 69 sur 132 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Il prend Aliiiofaiax }j,ardé pour le supplice; Pour Alphonse il garde le fort.

En faisant tout remettre à son seigneur et sire Qui tant et si long-temps se plut à l'outrager, A ses amis émus le Cid se prit à dire : « Ah ! quel plaisir de se venger ! «

« Cid, votre main. Après tout ce que je vous dois, Seul je veux de mes torts garder la souvenance ; Des vaillans tels que vous sont au-dessus des lois, Et sont en même temps au-dessus de l'oFfeuse.

Quand je vous offensai, mon ardeur m'abusait. Trop jeune, la fierté me semblait un outrage. Je pouvais redouter l'hommage d'un sujet A qui depuislong-temps des rois rendaient hommage.

J'ai cru vous exiler : agrandi sous vos pas, Par-tout sur vos exploits mon empire se fonde; Et vous ne seriez point sorti de mes Etats , Quand il vous aurait plu d'aller au bout du monde.

De tous les châteaux-forts votre épée est la clé. L'erreur de mon courroux a servi votre gloire. Moi-même il m'a servi : quand je vous exilai, Du camp des Sarrasins j'exilai la victoire.

116 LE Lio.

Comme les Sarrasins , je cède à vos efforts ;

De vos vertus enfin je subis la puissance.

Aux yeux de l'univers vous me prouvez mes torts :

Peu de rois vous pourraient pardonner cette offense.

C'en est fait : votre roi sait vous apprécier, Et ma reconnaissance égale mon estime.

Si je ne vous vaux pas comme étonnant guerrier, Je vous vaudrai du moins comme roi magnanime.

Bon Cid, de votre prince il faut vous approcher. Dans mon embrassement oubliez mon injure. Dans cet embrassement je voudrais me tacher De ce sang sarrasin qui pare votre armure.

A Saint-Pierre il faudra que vous portiez vos pas. Des drapeaux pris par vous voyant l'ombre honorable , Les guerriers sont saisis, et ne conçoivent pas Qu'un seul en ait tant pris sans être dieu ni diable.

Chimène, je le sais, se plaint de votre roi : Vous calmerez bientôt ses douleurs inquiètes. Vous n'avez pas toujours été content de moi; Mais ma voix vous demande aujourd'hui si vous l'êtes ? "

Le héros toujours fier, mais toujours généreux, Dit au roi : « Béni soit le jour qui nous rassemble ! Je suis content. Encore une action ou deux, Et nous pourrons aller aux batailles ensemble.

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