PREFACE. XVII
J'invoque pour les mots la même indulgence que pour les choses. Dans un recueil dont le caractère est la plus antique simplicité jointe aux plus héroïques vertus, on a dû conserver certaines expressions familières, comme tablier, trousseau, dessert, etc., etc. avec autant de soin qu'on en aurait mis à les éviter ailleurs. Ces romances offrent souvent les figures les plus audacieuses, mais jamais ces expressions détournées , ces périphrases embarrassées, enfin cette horreur du mot propre qui fait quelquefois de la poésie une énigme si ennuyeuse. Mes héros, et même mes rois, d'ailleurs très fiers, détestent l'emphase; et on peut leur appliquer, à quelques égards , ce que disait Mercier, à la tête de son Charles second en certain lieu : « C'est ici le portrait d'un roi en déshabillé, et pour le coup « sans gardes; de sorte qu'il a été impossible à l'auteur de tt placer une seule fois dans sa pièce : Holà! gardes, à moîhi
Mais certainement, malgré mes efforts, ce livre contiendra plusieurs passages défectueux que rien ne peut excuser; rien sans doute, si ce n'est la difficulté qn'a dû présenter une si longue suite de stances dont la coupe, toujours la même dans chaque romance, est toujours variée d'une romance à une autre. Au contraire, elle est toujours la même dans les romances espagnoles. Les bons esprits jugeront si j'ai assez souvent triomphé des obstacles, pour être excusable quand je n'ai pas été aussi heureux.
Du moins les hommes sévères n'auront qu'à se louer de la décence qui règne dans cet ouvrage. La réserve que j'y ai gardée me fera peut-être pardonner ceux où je n'ai pu, ou ne pourrais en garder autant. La Table Ronde, Amadis, et Roland ' qui paraîtra dès que les circonstances le per-
' Roland parut l'année suivante, mais presque incognito , parce- (|u'aii moment où il allait être publié , une circonstance politique , (|ui m'était personnelle, me décida à le suspendre, ou du moins à ne le laisser paraître que sans bruit et sans annonce ; il a été lu cependant, et reparaîtra plus tard , réuni à la Table Ronde et à Amadis , avec lesquels il complète le poème de la Chevalerie.