‹ Les romances du CidChapitre 71 sur 132 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Vieilli par l'âge et les exploits ^ Le Gid, au déclin de rannée, Goûtait dans son fauteuil de bois Le repos de la matinée.

Avec ses gendres tout nouveaux Près de lui Fanez cause et veille.

La Gaîté suspend ses grelots Auprès du béros qui sommeille.

Mais soudain par-tout on entend

« Redoutez la bête échappée , Le lion !...." Fanez s arrêtant A pris au poing sa longue épée.

A ce cri, troublés, éperdus, De l'effroi seul sentant Tempire , Les deux comtes ne rirent plus ; Mais ils apprêtèrent à rire.

Cependant, des fuyards divei's Se presse la troupe craintive.

Nouveau venu de ses déserts, Le grand lion alors arrive.

Mais le Cid, qui s'est réveillé, Au danger déjà se présente, Et devant l'animal troublé Elève satailie imposante.

Bien que sans arme à son côté , Sa contenance est si hautaine.

Qu'enfin devant tant de fierté Le lion sent fléchir la sienne.

La valeur aime la valeur.

Le lion , baissant sa crinière ^ Recule suivi du vainqueur.

Qui ferme sur lui sa tanière.

De ce fait simple et si brillant

La foule éperdue est ravie.

On a son jour d'être vaillant ;

Mais le Gid l'est toute la vie.

Un succès aussi hasardeux

Vaut bien le plus beau coup de lance.

il II est le plus lion des deux , »

Disait-on du Gid de Valence.

i: J'allais, dit Fanez, en honneur, Tuer cette bête maudite.

— Je vois bien qu'elle t'a fait peur , Dit le Gid, puisqu'elle t'irrite.

— Quoi qu'il en soit , de la frayeur Je n'ai pas seul subi l'atteinte :

Le Gid eut le plus de valeur.

Mais non Fanez le plus de crainte. »

Le Gid , à ce mot peu discret,

Sent qu'au front la rougeur lui monte,

Et, de ses gendres inquiet,

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