‹ Les romances du CidChapitre 72 sur 132 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Demande l'un et l'autre comte.

On peut juger de son dépit Quand ce preux, que la terre honore, Voit sortir de dessous son lit L'un deux qui frissonnait encore.

Le Cid, plein d'un chagrin profond, Se plaignait de sa destinée :

Mais voilà son gendre second Qui descend de la cheminée.

Pâle de son effroi mortel , Il est noirci par circonstance :

... Le Cid leva les yeux au ciel , Et garda long-temps le silence !

A ses gendres qu'il observait Le Cid ne pouvait pas pardonner leurs alarmes.

Hélas 1 plus il les regardait , Et plus à la ceinture il leur voyait des armes.

a Et quand ce lion destructeur Eût imprimé sur vous sa dent inexorable ,

Quand il vous eût mangé le cœur , \je mépris à la mort est-il donc préférable?

Plutôt il fallait s'effrayer Quand un vœu téméraire est entré dans vos âmes.

Ah ! pour pouvoir vous renier, Je suis prêt, je le sens, à renier vos femmes,

A moi trop prompt à vous donner, Mon roi, qui ma trompé, me flétrit de vos taches.

Comment pouvais-je deviner Que pour gendres au Gid on offrirait des lâches [

Les Sarrasins, non sans raison.

Vont penser qu'on a trop exalté ma vaillance ,

Aloi^ qu'au sein de ma maison Mes gendres ont osé trembler en ma pi-ésence.

Si vous allâtes vous cacher.

Dites que, malgré vous, mon ordre en fut la cause ;.

Et, loin de vous rien reprocher, Mes fidèles amis diront la même chose. ♦

Puisse le bruit de votre effroi Ne pénétrer jamais au sein des deux Gastilles !

Ou dirait , en riant de moi , Que j'ai voulu doubler le nombre de mes filles. "

Il a dit, le Gid véhément.

Un reproche trop juste est souvent une offense;

Et les comtes, de ce moment, Dans leurs cœurs ulcérésméditaient leur vengeance.

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