LIVRE V
Ce n'est pas le pouvoir.
De ma froideur sévère , Il veut me désarmer.
Je le voudrais, ma chère, Et je ne puis l'aimer ! »
Du héros des Castilles , Qui croit à leur bonheur , Ainsi les nobles filles S'avouaient leur malheur.
L'une et Tautre opprimée, Forme un contraire vœu:
L'une était trop aimée , Et l'autre aimait trop peu.
D'un ffuerrier destnicteur méritant le renom, Apportant la flamme et la guerre , Le roi Boncar est un démon Qu'on a déchaîné sur la terre.
Le Cid voit vers Valence , à la lueur du feu , Marcher une armée innombrable.
Mais, encor qu'il respecte Dieu , Le Cid est bien un autre diable.
Allons , Babiéoa ; fier de ton cavalier , Aux combats fais-toi reconnaître.
Tu n'es pas un meilleur coursier Que tu ne portes un bon maître.
Moissonnés par le Cid , leur vainqueur éternel , Les Sarrasins couvrent la terre.
L'éclair de son glaive mortel Devance toujours le tonnerre.
Cependant le plus fier de tous ces Sarrasins,
Du Cid vient attaquer un gendre.
Celui-ci, ferme en ses desseins,
A juré de ne point l'attendre.
11 fuit. Alvar Fanez, la rougeur sur le front.
Voit qu'un chrétien se déshonore, • Et du Cid court venger Faffront
Dans le sang du terrible Maure.
Alors du musulman, dont le sang s'écoulait.
Prenant le cheval et l'armure ,
Dans un espoir qui lui complaît.
Il court au comte qu'il rassure.
« Jeune homme , lui dit-il , de ce Maure abattu
Prenez la dépouille suprême.
Dites que vous l'avez vaincu ;
A jamais je le dis moi-même. »
Le Cid alors arrive auprès de tous les deux. Voulant doucement le surprendre.
Fanez dit : « Roi des valeureux , Rends ici justice à ton gendre.
Par lui le sang d'un Maure a rougi les sillons.