‹ Les romances du CidChapitre 75 sur 132 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Il faut que de lui tu f honores.

— Alors , dit le Cid, les lions

Sont plus terribles que les Maures ! »

Les deux comtes n'avaient qu'un même sentiment.

Chacun d'eux désira de rentrer sur sa terre.

Le Gid y consentit , et leur dit seulement :

" Traitez bien mes enfans, vous connaissez leur père. «

Aux pas de ses enfans le héros enchaîné,

Leur forma quelque temps une escorte guerrière :

Et quand il les quitta, de lui-même étonné.

Il sentit que des pleurs roulaient dans sa paupière.

Les comtes cependant poursuivent leur chemin. Quand ils sont dans un bois , où les ombres jalouses Laissent à peine au jour un rayon incertain, Us descendent, et fout descendre leurs épouses.

liCS traîtres aussitôt, dévoilant leurs desseins, Dépouillent sans pitié leurs femmes étonnées. Hélas ! pour se couvrir elles auraient leurs mains Si leurs débiles mains n'étaient pas enchaînées.

Dédaignant leur beauté, consommantleur malheur, Les comtes à deux pins enfin les attachèrent.

Elvire et Sol seraient mortes de leur douleur: Heureusement alors Elvire et Sol pleurèrent.

«Mesdames, dirent-ils, accueillez nos regrets; A de meilleurs partis que le Gid vous unisse : Nous ne méritions pas d'aussi charmans attraits ; Nous vous rendons hommage etnousrendons justice.

— Belle Elvire, jetais jaloux de vos appas; Vous ne vous plaindrez plus d'une telle infortune. — Belle Sol , je vous quitte ; et je ne pense pas Que mon fâcheux amour encor vous importune.

Admirez à loisir cette vaste forêt.

Du formidable Cid , adieu , filles charmantes. Vos prières, vos pleurs, nous touchent tout-à-fait, Et vont toucher aussi les bêtes dévorantes. »

Est-il vrai que le Gid est devenu trop vieux Pour pouvoir réprimer cet excès d'insolence? O forfait sans exemple ! O lumière des cieux , Vous qui voyez l'affront , verrez-vous la vengeance?

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