‹ Les romances du CidChapitre 76 sur 132 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Dans le creux du vallon au loin inhabité, Sans vêtemens, non sans alarmes,

Les filles de Ghimène et du Gid redouté Pleuraient, et dévoraient leurs larmes.

Elles n'osèrent pas exprimer leur douleur

Avant l'heure vouée à l'ombre , Où la propice nuit vint couvrir leur pudeur

Des replis de son voile sombre.

Invoquant du secours, leurs voix et leurs frayeurs

Remplirent alors la campagne:

Mais rien ne répondait à leurs vives clameurs ,

Rien que l'écho de la montagne.

Enfin un laboureur passa dans ces déserts :

Son embarras devint extrême; Et tous ces cris d'effroi qui remplissaient les airs,

D'effroi le remplissaient lui-même.

130 LE Cil).

« — O, qui que vous soyez, venez, et loin de nous

Écartez la mort, les outrages !

Si vous êtes berger, qu'un gazon frais et doux

Couvre toujours vos pâturages !

Si le ciel vous donna des filles à chérir, Que sur-tout, vieillard respectable,

Ah ! que sur-tout jamais leur front n'ait à rougir Du lâche affront qui nous accable!

Au nom de Dieu, trompant l'espoir de nos époux ,

Venez consoler les familles ; Et, si vous connaissez le Gid, déliez-nous,

Sans jeter les yeux sur ses filles. »

Le laboureur, d'abord qu'il entendit ce nom ,

Frémit de cette audace infâme; Et d'un pas empressé courut à sa maison

Chercher des habits , et sa femme.

Restant loin, par respect, des filles d'un guerrier

Qui des guerriers est le modèle, Par elle seulement il les fit délier,

Et les fit habiller par elle.

" Qu'à mon départ on ne s'oppose.

Femme, et vous, enfans, laissez-moi.

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