LIVRE VI
Le roi seul de tout €st la cause.
Je veux aller parler au roi. »
Ainsi, dans son humble campagne, Un laboureur cher à l'Espagne Déclarait ses nobles projets.
Voilà, si l'histoire est sincère, Ce qu'il disait dans la chaumière ; Voici ce qu'il dit au palais :
i< Sire, depuis combien d'années Le Gid , se signalant pour vous, A-t-il, pour vous, des destinées Négligé les dons les plus doux?
Pour étendre votre domaine.
Il a vécu loin de Ghimène , D'amour il a fui les transports; Et ses victoires signalées, A vos provinces reculées Ont fait des frontières de morts.
Il est encor, dans sa vieillesse.
Comme il fut dans sesjeunes ans ,
Le protecteur de la faiblesse ,
Et l'épouvante des médians.
Le Gid est encor le tonnerre
Qui vous fait craindre sur la terre,
Et son glaive brille toujours :
Mais au héros des deux Castilles
Le destin a donné deux filles ,
Pour qu'il rougît dans ses vieux jours.
Deux traîtres, dignes du supplice,
Ont commis de vils attentats.
Le Cidpeutse faire justice,
Si vous ne la lui faisiez pas.
Prévenez sa fureur extrême ,
Sire , et sans retard , pour vous-même ,
Vengez un héros outragé ,
Un héros l'amour des Espagnes ,
Et qui protégea nos campagnes,
Ainsi qu il vous a protégé. »
Seule avec le Gid , Chimène Montrait toute sa douleur.
Elle voulait , par sa peine, Du Gid doubler la fureur.
« Quoi ! dit sa plainte inutile , Quoi! le Gid est méprisé !
Ge qui n'était trop pour mille , Quoi ! deux lâches l'ont osé '
De la vieiUesse inhumaine Enfin le Gid se ressent.
Dans les filles de Ghimène On outrage votre sang ; Et vous laissez sur la terre Ges attentats triomphans !