‹ Les romances du CidChapitre 78 sur 132 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Et qui vengea trop son père, Ne venge point ses enfans !

Vous persistez à vous taire...

Dieu! je vois Babiéça.

Ah ! pour mes filles j'espère ; Bientôt Burgos vous verra.

A Fétrier je m'attache.

Gid, je vous prie à genoux :

Lavez d'un affront si lâche Elles, moi; que dis- je? vous.

De nos ennemis infâmes Redoutez les trahisons.

Je sais qu'insulter les femmes Est la marque des poltrons ; Ces hommes couverts de taches Sont de traîtres assaillans.

Pour le Cid je crains les lâches Beaucoup plus que les vaillans.

Mais si par hazard leur arae , Contre elle-même en courroux , De sa trahison infâme Veut se laver avec vous , Laissez d'autres les abattre..

Et dignement les payer.

Votre épée, à les combattre Ne peut se mésallier.

Oui : même en touchant leurs glaives Le vôtre serait flétri.

Laissez agir vos élèves Dont vous entendez le cri.

Guidez leur ardeur extrême ; Et, de notre honneur jaloux, Soyez contre le roi même , Si le roi n'est pas pour nous. »

Quand le Gid parut à Burgos Devant la foule satisfaite , Le peuple applaudit au héros ; Mais la cour demeura muette.

Les deux coupables, avertis.

Afin de conjurer l'orage , Avaient convoqué leurs amis Et rassemblé tout leur courage.

Le roi vint; chacun prit son rang.

Le roi dit d'une voix sévère :

« Que l'offensé parle à présent... »

Le Gid continue à se taire.

« — Gid , vous ne parlez pas ! Eh quoi !

Vous ne demandez pas vengeance?

— Non, sire, ce n'est pas à moi ,

G'est à vous qu'on a fait offense.

Page 1