‹ Les romances du CidChapitre 79 sur 132 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

— Eh bien ! dans cette occasion ,

Gid, que voire bouche m'apprenne

Quelle est la satisfaction

Qu'il convient que pour moi j'obtienne t*

Oui, des auteurs des attentats

Que votre cœur blessé l'attende.

— Si vous ne la devinez pas,

C'est de vous que je la demande.

Oui , dit le Cid , en se levant Rempli d'un orgueil légitime , Pour ses flatteurs trop indulgent, Un prince répond de leur crime.

De Séville à Valladolid, Quelque courage qu'on annonce, Quel homme eût insulté le Gid , Sans la protection d'Alphonse '

Des filles chères à mon cœur

Seul vous fîtes le mariage ;

Et, si vous n'êtes leur vengeur.

Vous êtes l'auteur de l'outrage.

De tels attentats sont punis ;

Et que mon prince me pardonne ,

Si, renversant ses favoris,

Je me venge dans leur personne. »

A ce discours, de toutes parts Il s'élève un murmure immense.

TjC Gid promena ses regards,

Et remit par-tout le silence.

« Eh bien ! Cid , qu'un combat vengeur

Couvre ces erreurs et ces taches.

— Non , pour réparer votre honneur,

Je n'honorerai point des lâches.

— Cid, ce téméraire attentat Afflige tous tant que nous sommes :

Mais j'ai toujours vu le combat Arbitre entre les gentilshommes.

Que voulez-vous donc obtenir?

— Ce qu'ici je cesse d'attendre; Et je ne devais pas venir

Où l'on ne peut pas me comprendre, >-

Des amis du Cid, à l'instant, Voulaient au roi jurer la guerre; Mais le Gid leur dit seulement , Pour d'autres gardant sa colère :

«Maint roi, même d'un grand renom, Est, jusqu'à son heure dernière , Un enfant de bonne maison Que l'on conduit à la lisière. »

La force doit modérer ses excès ; Accabler la faiblesse est devenir infâme

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