LIVRE VI
Et celui-là doit rougir à jamais Qui de honte une fois fit rougir une femme.
C'est ce que dit lEspagne avec effroi , Voyant les hauts seigneurs d une province entière,
Riches, puissans, nobles comme le roi , Dépouillés de l'honneur pour toute leur carrière.
Alphonse en vain les voulut soutenir.
Rejetant le combat avec force et constance.
Le Cid terrible, ardent aies punir.
Voulut avec leurs jours prolonger sa vengeance.
Un peuple entier, venu de toutes parts , Brûlait de voir punir leur insolence extrême.
Et contemplait de ses mille regards Un échafaud debout devant le palais même.
Un écuyer, là, s'étant avancé, Y fait monter enfin les comtes qu'il dépouille.
Par une coiffe un casque est remplacé ; Un glaive étincelant l'est par une quenouille.
Puis un hérault , du grand homme outragé Fit des lois, en ces mots, retentir la menace :
« Le prince est juste , et le Cid est vengé. Outrager une femme est se mettre à sa place. »
Le Gid dans son fauteuil doucement reposait. Ghimène, auprès de lui , brodait toile lé(>ère Et de son doigt à ses filles disait De respecter le sommeil de leur père.
Quand un ambassadeur persan Vint de la part de son Soudan Voir le Gid , effroi de la terre.
Le Persan , au héros que tout plaisir a fui , Offre des plus beaux dons une caisse embaumée. Mais quand il vit, debout auprès de lui , Ce chevalier qui valait une armée , Il baissa les yeux de terreui", Épouvanté de sa hauteur Presque égale à sa renommée.
" Mon maître, lui dit-il , m'a vers vous envoyé Pour regarder celui que la gloire environne : Il vous admire , et pour votre amitié Il donnerait la moitié de son trône.
De votre estime il est jaloux , Et de son estime pour vous Voici le gage qu'il vous donne.
De votre maîtie , ami , je suis trop estimé , Répondit le héros de son air le moins sombre.