LIVRE VI
Dans son pays il fut mal informé ;
Dans celui-ci mes égaux sont sans nombre. S'il était chrétien , toutefois , J'irais de mes anciens exploits Lui faire voir encore une ombre. »
Des discours du béros et de son noble aspect Le Persan dans son cœur assemblait la mémoire. Il admirait, plein d'un pieux respect, Tj'humble séjour du fils de la victoire. Il partit, surpris, enchanté De voir tant de simplicité Pour ornement à tant de gloire.
Par le plus fort , le plus habile , Ravie aux guerriers africains , Valence est comme une presqu'île Au milieu des flots sarrasins.
Tous ces musulmans qui s'indignent Tentent des efforts superflus.
Dix fois vaincus , ils se résignent ; Et puis ne se résignent plus.
Enfin leur foule ralliée Retrouve encore sa vertu ;
Grâce à la vieillesse alliée , Espérant le Gid abattu.
Sous Boncar, prince, héros même , Ils viennent en nombre injfini.
Le Cid voit leur fureur extrême , Et cet aspect l'a rajeuni.
A leurs clameurs dont l'insolence Trouble les écbos d'alentour, Le Gid du palais de Valence A gravi la plus haute tour.
Lorsque la nuit étend ses voiles, Gette tour, voisine des cieu'x , Se confond avec les étoiles , Gomme son maître glorieux.
De là le Gid , qui de Valence Est le grand , mais le seul appui , Sourit au danger qui s'avance , Danger presque aussi grand que lui.
Ge n'est plus la foule animée Qui marche en tumulte et sans art ; Sous un vrai chef, c'est une armée Dont l'ordre frappe son regard.
Accourus des bords arabiques, Que d innombrables cavaliers !