LIVRE VI
Il voit une moisson de piques Sur une terre de guerriers.
Mais alors on lui vient apprendre Qu'un hérault de Boncar l'attend. Le Gid se presse de descendre, Le fait introduire et l'entend :
« Gid , dit , ému de sa présence , L'africain , Boncar dit par moi Que tu retiens à tort Valence, Et la réclame ici de toi.
Envahisseur de ces murailles , Livre-les lui sans contester ; Ou bien , sur le champ des batailles , Gontre lui viens les disputer.
— Valence , difficile a prendre , Dit le Gid , m'a coûté trop cher Pour que je consente à la rendre Avant la réponse du fer.
Oui : dans une lutte obstinée Je la défends, bien secondé:
Gar c'est Dieu qui me l'a donnée , Avec les preux qui m'ont aidé.
Valence , sous ma garantie, Brave beaucoup de Mahomets.
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Dis que j'accepte la partie Que je ne refusai jamais.
Va. « Troublé , l'homme du message , Revient vers Boncar à pas lent, Dit les paroles- du courage , Et ne les redit qu'en tremblant.
Cependant que Boncar, grand roi , vaillant soldat, D'innombrables guerriers, au loin, couvrait la plaine , Cassé d'ans et d'exploits, le Cid marche au combat, Et dit en partant à Chimène :
« Si je tombe en ce jour frappé d'un coup mortel , Vous me ferez porter au temple de Saint-Pierre ; Si j'eus un peu de gloire , au pied de son autel Que l'on m'accorde un peu de terre.
Quand je disparaîtrai , que la voix des tambours Même dans mon cercueil me fasse reconnaître ; Et que ma bonne épée, honneur de mes beaux jours, Dans ma main dorme avec son maître.
Mais , avant tout , des miens ranimez la valeur. C'est vous, Chimène, aussi qu'il faut qu'on reconnaisse • Et réponse du Cid, dans l'excès du malheur, Ne doit point montrer de faiblesse.