‹ Les romances du CidChapitre 84 sur 132 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Mais , devant leur père , Se masque en plaisir.

Bien que leur faiblesse L'ait eu pour vengeur, Le vieillard sans cesse Pense à leur malheur; Souvent il soupire, Et souvent , tout bas, Il semble leur dire :

Ne m'en veuillez pas.

Un courrier arrive , Le Gid prend et lit :

L'allégresse vive Soudain lui sourit.

Le plaisir l'entraîne ; Tout bas ^ sans détour , Il dit : « Lis , Ghimène ; Encore un beau jour!

Vois ce qu'on déclare; Vois l'intemion Du roi de Navarre ; Du roi d'Aragon.

D'augustes familles Ges fiers descendans Demandent mes filles Pour leurs deux infans.

Mes filles si chères , Au regard si doux , Ne se flattaient guères De nouveaux époux.

Une trame noire Fit rougir leur front :

Mais j'ai de ma gloire Couvert leur affront.

Toutefois , ma chère , Mes vœux se tairont.

Mes filles, leur mère, Seules jugeront.

D'erreurs trop cruelles Mon cœur est confus. Choisis avec elles:

Je ne choisis plus ! »

Après la disgrâce Qui brisa son cœur, Ainsi pour sa race Renait le bonheur.

Le vainqueur du Maure, De ce doux retour Devait voir l'aurore, Mais non pas le jour.

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