‹ Les romances du CidChapitre 86 sur 132 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Et dont le cœur fut toujours généreux Gomme son bras fut quelquefois terrible.

« O mes amis , guerriers aventureux , Sous les lambris ainsi que sous les chaumes , Songez que vivre et mourir valeureux Cela vaut plus que gagner vingt royaumes. »

Le noble Cid, que dit-il à présent?

Jadis de fer, sa voix fléchit, expire.

Il parle encor , mais à peine on l'entend... C'est son cheval que le mourant désire.

Le coursier peut s'approcher du héros.

Le lui montrant, la fenêtre l'arrête.

Mais elle s'ouvre; et, levant ses naseaux, Devers le Cid il tend sa noble tête.

Il espérait en des périls nouveaux :

Un tel p^ser dut bientôt disparaître.

Devant ce lit ombragé de drapeaux.

Il devina le péril de son maître.

Le Cid le voit, s'émeut, mais ne dit rien : Du temps passé rappelant la mémoire.

En ce moment Babiéça voit bien Qu'il a fini les courses de la gloire.

Ce compagnon du Cid victorieux Voudrait pouvoir exprimer sa souffrance;

De larges pleurs qui coulaient de ses yeux Avaient aussi leur muette éloquence.

Chacun pleurait, de douleur abattu.

Alvar Fanez se consumait de rage.

Contre la Mort il se serait battu.

Hélas! la Mort n'a pas tant de courage.

Auprès du Gid Chimène gémissait.

A lui parler il épuisait sa peine; Et de sa main, qui la sienne pressait, Il lui disait encore : Adieu , Chimène :

Enfin l'effroi , qui toujours augmentait. Des spectateurs vient glacer l'espérance. Jusqu'aux drapeaux que le vent agitait, Tout garde au loin un lugubre silence.

Or maintenant étouffez les sanglots , Et redoublez votre noble harmonie :

Clairons, tambours, honorant le héros.

Accompagnez son ame; elle est partie !

Non , non ,elle n'est point partie , L'ame du héros Castillan Qui constamment pour sa pcftrie Déploya le plus noble élan.

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