LIVRE VI
Chimène , aux jours de Ihyménée , Si soumise et si résignée , Au cœur si timide et si doux , Chimène, qu'un beau zèle enflamme, Dans son sein a recueilli lame Et la valeur de son époux.
Avec courage , avec constance , Fidèle à ses nobles destins, Chimène défendra Valence Contre les torrens sarrasins.
Au bruit de la mort de Rodrigue, Déjà le Maure , qui se ligue , Menace et croit escalader Ces terribles murs de Valence Qu'un Cid longtemps par sa présence Lui défendit de regarder.
Naguère, en des jours moins funestes,
Le Cid vieillissant ordonna
Qu'on transportât ses nobles restes
A Saint-Pierre de Cardéna.
Pour lui l'on épuise à toute heure
Les présents qui, dans sa demeure,
Lui vinrent de lointains climats ;
Et par un prestige illusoire,
Ces parfums , hommage à sa gloire.
En lui combattent le trépas.
Pleines du regret le plus juste Dont le cœur puisse soupirer, Devant cette dépouille auguste
Elvire et Sol viennent pleurer ; Sol qui bientôt dans la Navarre Va, d'un héros si grand, si rare.
Propager le sang précieux ; Ce sang par qui l'on sait combattre, Et par qui , plus tard , Henri- quatre Rappelait un de ses aïeux.
Ces soins se terminaient à peine, Que Ghimène, de toutes parts.
Entend , regarde dans la plaine Les clameurs et les étendards.
C'est Boncar, toujours intrépide.
«Fanez, dit-elle, sois mon guide; Pour mon Cid luttons aujourd'hui.
Qu'il assiste encore aux batailles ; Et célébrons ses funérailles Par des efforts dignes de lui. »
Déjà Fanez brûlant de zèle Venge le Cid, sème l'effroi.
Fanez fut, on se le rappelle, Son représentant près d'un roi :
Gourant sur l'armée assiégeante , Encor mieux il le représente Devant dix escadrons détruits ; Et par maint exploit qui l'honore, OU le Cid n'est pas, dit encore Ce vaillant, c'est moi qui le suis.
Mais si des escadrons s'écroulent.
Et si leur courage a failli.