PREMIERE PARTIE
LES CONTEUrxS
depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'Ère chrétienne.
Contes Milésiens, Sybaritiques, Cypriens, etc — Aristide de Milet.
Les Grecs de l'Ionie tenaient de la mère pairie le goût des travaux littéraires et l'amour enthousiaste de la poésie et des œuvres d'imagination. Amollis d'ailleurs par le luxe et le climat de l'Asie, dégradés par la servitude dont ils ne se consolaient que par la corruption, on conçoit facilement qu'ils aient les premiers cultivé cette littérature facile et licencieuse qui répondait à la fois à leur passion pour les jouissances intellectuelles et à leurs instincts
voluptueux. Milet î-urtout se signala par ces productions, au point qu'elles reçurent le nom générique de Milésiennes II est difficile d'apprécier exactement le caractère de ces œuvres; car, après avoir fait les délices de la Grèce, après avoir même trouvé grâce devant la grave austérité des Romains, elles ont toutes péri, sans laisser d'autres traces que le souvenir de la faveur unanime qu'elles obtinrent dans l'antiquité. On a regardé comme des Milésiennes quelques-uns des récits de Parthénius de Nicée, dont nous nous occuperons plus loin ; mais cette assertion ne repose pas sur des preuves incontestables, et, d'ailleurs, en admettant qu'elle soit prouvée, on ne pourrait guère tirer de son livre une appréciation certaine. Ce n'est, en effet, qu'une compilation de cont<^s et d'histoires fort abrégés, qui ne peuvent donner qu'une bien faible idée des sources où il a puisé, sans parler du style, dont il ne reste rien après celte transformation.
On pourrait, avec plus de raison, regarder comme des modèles de Milésiennes, dans le
Satyricon, l'histoire de la Matrone d'Ephèse, qui, pour le dire en passant, se retrouve aussi dans des contes chinois, en compagnie de /*//rame et' Tliysbé ; on pourrait surtout donner ce nom au ravissant épisode de Psyché^ dans Y Ane cVo)\ qui paraît n'être que la reproduction ou la traduction d'une des plus célèbres Milésiennés antiques. Toutefois, il ne faudrait pas porter à ce. sujet un jugement trop exclusif : nous savons, en eiïet, qu'on finit par comprendre sous la dénomination de Milésiennes tous les récils d'amour destinés à charmer l'oisiveté des jeunes débauchés et des courtisanes, et si les premiers modèles du genre , si les vraies Milésiennes avaient été pareilles aux deux petits chefs d'œuvre que nous citons, il est probable qu'elles n'auraient pas encouru le blâme et le mépris dont elles ont été flétries quelquefois.
L'on peut, en elTet, se défier do l'imparfialité de l'empereur Septime-Sévère, qui les appelait des contes de vieille femme, et qui apportait [>cut-èlre dans cette appréciation quelque ressentiment contre son compétiteur Âlbinus; mais
on a des léraoignages plus certains, et auxquels il faut bien se rendre. Ovide, que Ton ne soupçonnera pas de pruderie et de rigorisme, a blâmé deux fois ces sortes de compositions :
Junxit Aristides Milesia crimina sçcum ^ . Vertit Arislidem Sisenna. nec obfuit illi Hislorias turpes inseruisse jocos -.
Plutarqiie -^ rapporte une anecdote qui vient à l'appui de cette double citation : Après la victoire que Suréna remporta à Carrhes sur Grassus, on trouva dans le bagage d'un officier, nommé Roscius, cette même traduction des Milésiennes d'Aristide par Sisenna à laquelle Ovide fait allusion plus haut. Suréna, ayant assemblé le sénat de Séleucie, y fit apporter ce livre et en prit occasion d'insulter les Romains, qui, même à la guerre, ne pouvaient s'abstenir de lire de pareilles infamies.
' Fastes Z/, vers 412. '< Aristide a réuni des turpitudes milésiennes. »
* Ibid. vers 4i3. a Sisenna a traduit Aristide et on ne lui a point reproché d'avoir mè'é à l'histoire des hadinagn indécents. »
* Vie de Crassus, chap. xxxii.
Ces passages ne laissent plus de doute sur le genre auquel appartenaient les Milésiennes : c'étaient évidemment de petits contes enjoués et licencieux, des récits légers et badins, des aventures d'amour; en un mot, une littérature faite pour plaire à des désœuvrés, chez qui les plaisirs sensuels n'avaient pas étouffé le sentiment littéraire.
Malheureusement, comme nous l'avons dit, de toutes ces œuvres il ne nous reste rien que le nom d'un petit nombre d'auteurs et quelques traductions ou imitations, probablement bien inférieures aux originaux.
Nous avons inscrit en tète de ce chapitre le plus connu de ces écrivains : Aristide de Milet. On ignore l'époque où il vécut et les particularités de sa vie. On sait seulement que ses Contes avaient été traduits en lai in par L. Cornélius Sisenna, historien distingué, qui fut préteur de Sicile et d'Achaïe et contemporain de Sylla et de Marins. Harpocration cite le sixième livre de l'ouvrage d'Aristide, et Phitarque, outre le passage tiré de la Fie de Crassus, parle en d'autres
endroits encore de cet auteur pour mentionner le reste de ses écrits : une Histoire de Sicile^ en quarante livres; une Histoire générale et des Persiques^ dont Stobée nous a conservé un fragment.
On ne sait au juste s'il s'agit de Milésiennes dans ces contes faits à plaisir que Plutarque attribue à Héraclide écrivant sous le nom fabuleux d'Abaris, et mêlant à ces fictions les opinions des philosophes sur la nature de ràmc. Mais il est un autre auteur de Milesiennes qui n'est pas contesté : c'est Claudius Albinus, qui dispula quelque temps l'empiie à Septime-Sévère. Nous savons par Capilolinus que cet Albinus avait fait des contes Milésiens assez médiocres, mais qui cependant obtinrent un certain succès, sans- doute à cause de la position de leur auteur.
a Je trouve, dit Huct', qu'un Denys, Milesien, qui vécut sous le premier Darius, avait écrit des histoires fabuleuses ; mais n'étant pas certain que ce ne fût pas quelque compilation
' Traité c\lè, p. 66.
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de fables anciennes, et ne voyant pns assez de fondement pour croire que ce fussent des fables proprement appelées Milésiennes, je ne le mets point au rang des faiseurs de romans, non plus qiieHégcsippus, el ces autres auteurs dont Parthénius cile les Milésiaques, parce qu*il est visible, par les narrations qu'il emprunte d'eux, qu'ils avaient écrit l'histoire ancienne de Milet, et non pas des fables que l'on a appelées Mile • siennes. »
Huet a raison, et la vérité de sa conjecture apparaît plus encore après la lecture des Re^ clierches de Lelyeau jeune sur les auteurs dont Parthénius de Nlcée a tiré ses narrations '.11 en résulte, en effet, que le titre de Milésiaques désignait non-seulement les contes de ce nom, mais encore les histoires de la ville de Milet, car un grand nombre de récits de Parthénius roulent sur des faits historiques, ce qui d'ailleurs permet de supposer que son livre, comme nous l'avons déjà dit, contient bien peu de vraies Milésiennes.
' Ilist. de l'Âcad. des inscripl.^ tDiiie XXXÎV.
Du reste, si les Milcsicns étaient les plus célèbres dans ce genre, ils avaient de nombreux imitateurs. Ces fictions légères s'étaient produites partout où elles s'étaient trouvées dans les mêmes conditions, c'est-à-dire en face d'un peuple à la fois intelligent et voluptueux : ainsi nous trouvons en grand renom les contes Éphésiens, Cypricns, Sybari tiques, etc. Ces derniers surtout furent presque aussi célèbres que les Milésiennes : Aristophane en parle, et Ovide cite comme une composition graveleuse la Sybaritide, ouvrage composé de son temps sur le modèle des vieilles fables de Sybaris. Ce n'était, du reste, qu'avec le temps qu'elles étaient de- i venues licencieuses, car Elien en cite une que la morale la plus sévère ne peut réprouver. La voici : « Un enfant de Sybari?, conduit par son pédagogue, rencontre dans les rues un vendeur de figues sèches et lui en dérobe une. Son pédagogue, l'ayant repris aigrement, lui arracha la figue et la mangea '. »
Mdis elles se corrompirent comme les mœurs,
' Elien, Bist. var. \\\, 20.
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et devinrent ttès-lascives. Pour charmer les débauchés du vieux monde romain comme les Grecs de la décadence, il fallait bien qu'à l'attrait des fictions se joignissent la nudité des images, et les conceptions les plus propres à flatter des cœurs blasés et des imaginations déréglées.
Toutes ces inventions de l'esprit de débauche ont passé avec les générations dont elles firent les délices; œuvres légères, non-seulement elles n'ont pu traverser les siècles, mais elles ont même laissé très-peu de traces dans les ouvrages presque du même genre, auxquels elles auraient [)U cependant fournir de nombreuses inspirations. Le roman grec paraît avoir fort peu puisé à celte source, et si ces fables ont exercé sur les romanciers quelque influence, c'est en leur donnant ce ton libre, celte licence dans les allures qui se retrouvent même dans les auteurs les plus honnêtes, et dans lesquels il faut bien voir ou un sacrifice fait aux idées de l'époque, ou une tradition dont il était difficile de secouer le joug.
Clcarque de Soli.
« Clcarque de Soli, ville de Cilicie, qui \écut du Icmps d'Alexandre, et fui, comme lui, disciple d' Aristote, est le premier que je trouve avoir écrit des livres d'amour. Encore ne sais-je pas bien si ce n'était pas un recueil de plusieurs événements amoureux tirés de l'histoire ou de la fable vulgaire, semblable à celui que Partliénius fit depuis sous Auguste et qui s'est conservé jusqu'à nous. Ce qui me donne ce soupçon, c'est une historiette qu'Athénée a prise de lui, où il rapporte quelques marques d'estime et de passion que donna Gygès, roi de Lydie, à une courtisane qu'il aimait '. »
Ainsi s'exprime Huet, dans son Traité de r origine des romans, et nous n'avons rien à ajouter à ce jugement; Cléarque n'a rien laissé,
de sorte qu'on ne peut se prononcer d'une manière certaine sur son compte, et son ouvrage pourrait bien en effet n'être, comme le conjecture le savant prélat, qu'un de ces recueils d'aventures amoureuses qui semblent avoir été alors à la mode.
Jambule.
Au commencement de son Histoire véritable, Lucien parle des merveilleux récits composés par Jambule sur la grande Mer. Il les traite d'inventions fabuleuses, mais il affirme que l'auteur les avait présentés de manière à exciter Tinléret. Ces récits n'existent plus et, sans un passage assez étendu de Diodore de Sicile, nous n'aurions pis d'autres renseignements que la phrase de Lucien.
Suivant Diodore ', Jambule était le fils d'un
» Lib. a. c. Lvet XIX.
marchand et embrassa la profession paternelle. Pris en Arabie par des brigands, il fut fait pasteur avec un de ses compagnons, puis bientôt des Éthiopiens les enlevèrent tous deux, les emmenèrent dans leur pays et les embarquèrent pour obéir aux prescriptions d'un ancien oracle. On leur donna une barque avec des vivres pour six mois et on leur enjoignit de se diriger vers le midi. En suivant cette direction, ils devaient, aux termes de l'oracle, atteindre une île bienheureuse où ils passeraient leur vie au sein du bonheur. De plus, s'ils parvenaient sains et saufs à celte lie, leur patrie serait heureuse pendant six cents ans. Ils partent après un grand sacrifice et, au bout de quatre mois, ils arrivent à leur destination. Ils sont bien accueillis, et vivent fort tranquilles avec les insulaires dont Jambule décrit les mœurs. Après un séjour de sept ans dans nie bienheureuse, les deux voyageurs sont chassés du pays, à cause de la dépravation de leurs mœurs. Us reprennent leur embarcation, naviguent pendant quatre mois et atteignent les syrles sablonneuses de l'Inde, où le compagnon
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de Jambule se noie. Resté seul, celui-ci se rend à un bourg dont les habitants le conduisent au roi, dans la ville de Polibolhra, assez éloignée de la mer. Ce roi, ami des Grecs et des lettres, reçoit le voyageur avec bonté et lui fournit les moyens de retourner dans sa patrie. 11 passe en Perse et de là en Grèce, où il écrit le récit de ses aventures et beaucoup de choses merveilleuses sur rinde.
On ne sait rien de plus de ce Jambule et de son ouvrage. On peut seulement conjecturer par ce qui précède qu'il s'agit ici d'un de ces voyages imaginaires alors en vogue, dans le genre du livre d'Antonius Diogène, que nous verrons plus tard. Malgré leur absurdité, ces relations de voyages lointains et de choses merveilleuses sont une des premières formes du roman grec et, à ce titre, nous n'avons pas cru devoir omettre Jambule, quelque peu connu qu'il soit d'ailleurs : c'est un jalon dans la route que nous avons à parcourir.
Parthénius de Nicce.
Ici enlin nous sortons du champ des conjectures et, si nous n'avons sur la vie de Parthénius que des renseignements incomplets, nous possédons au moins celui de ses ouvrages qui lui a valu une place parmi les auleuis de fictions. Il était de Nicée, et l'époque de sa naissance est inconnue ; on sait seulement par Suidas qu'il fut fait prisonnier par Cinna pendant la guerre de Mithridate, amené à Rome, puis rendu à la liberté, en considération de son savoir. Il fut lié avec Cornélius Gallus, le poêle élégiaque auquel il a dédié son livre, et il enseigna à Virgile la littérature grecque, au rapport de Macrobe ' et d'Aulu-Gelle \ Le Moretum ne serait même qu'une imitation d'un poëme grec de Parthénius
' Lib. V, cil. XVII.
2 Lib. IX, ch. IX et Lib, Xlll ch. xwi.
d'aprcsune note queYossius prétend avoir vue sur un manuscrilde Virgile à la Bibliothèque Ambroisienne. Parlhénius avait aussi écrit des Métamorphoses perdues avec ses autres ouvrages et qui avaient peut-être inspiré celles d'Ovide. L'époque de sa mort est aussi incertaine que celle de sa naissance, car on ne peut sur ce point s'en rapporter au passage déjà cité de Suidas qui, sans doute par une erreur de copiste ignorant, le fait vivre jusqu'au règne de Tibère. Il faudrait, pour admettre cette hypothèse, supposer qu'il fut fait prisonnier étant encore extrêmement jeune, ce qui ne peut s'accorder avec le savoir qu'on lui attribue à cette époque et auquel il dut sa liberté. D'ail'eurs, il aurait dans ce cas atteint un âge fort avancé, et par conséquent aurait été cité par Phlégon de Traites et par Lucien dans le traité que tous deux ont consacré aux personnes qui ont vécu longtemps. Celte erreur n'a pu venir que du passage où Suétone ' parle de raffection de Tibère pour Pdrthénius ; mais il est presque certain que ,
* Suétone, Tibère, ch. l\x.
dans cet endroit, Suétone a voulu parler non de l'écrivain, mais de ses ouvrages.
Sous le titre à' Aventures cramoiir^ Parthénius a écrit trente-six narrations fort courtes, comme il le dit lui-même, et dans le seul but de fournir des sujets à son ami Cornélius Gallus. La plupart de ces narrations sont en etïet du domaine de l'élégie ou de la tragédie, et n'ont aucun rapport avec l'idée qu'on se fait des Millésiennes. Le style est loin de racheter le peu d'intérêt du sujet: il est assez facile, mais nu, sec et parfois bizarre. Le seul mérite, et c'en est un véritablement, c'est le soin qu'a prisParthénius d'indiquer les sources où il a puisé ses récits. A ce titre au moins, son recueil est précieux, car il nous a conservé quelques fragments d'auteurs dont les noms seuls restaient, et il comble ainsi quelques lacunes dans l'histoire littéraire de cette époque si maltraitée par le temps.
Gonon.
Compilateur comme Pai'théniiis, Conon n'a pas le même mérite : il n'a pas pris la peine de nous indiquer les sources où il a puisé ses récits, et cela est d'autant plus regrettable que plusieurs ne manquent pas. d'intérêt. Ils ont pour objet principal les fables relatives aux villes et surtout à l'origine des colonies. Quelques-uns sont de petites historiettes assez piquantes qui appartiennent peut-être à la famille des contes Milésiens. Nous ne connaissons Conon et son ouvrage que par Photius qui analyse ses cinquante narrations, mais qui dit fort peu de chose de leur auteur. On sait seulement qu'il était grammairien et qu'il vivait du temps d'xVntoine, puisqu'il a dédié son livre à Archélàus Philopator, auquel Antoine donna le trône de Gappadoce. Photius ajoute qu'il écrivit dans le dialecte attique, que
son style élait brillant et gracieux par les constructions et le choix des mots, et qu'il y joignait le mérite de la concision, mais nous sommes forcés de le croire sur parole, puisque tous ces mérites ont dû disparaître dans les analyses du patriarche. Cervantes a introduit dans son Don Quichotte une des narrations de Conon, à laquelle il a ajouté quelques traits heureux. Peutêtre n'est-il pas sans intérêt de reproduire ici l'original.
« Un citoyen de Milet, quittant sa patrie menacée par Harpagus , lieutenant de Cyrus , s'en \a en Sicile àTauromcnium, et, là, confie sa fortune à un banquier, son ami, puis revient chez lui. Milet fut prise par Cyrus, mais elle ne souffrit aucun des maux qu'on avait redoutés. Le Milésicn vient à Tauroménium pour emporter son dépôt : le banquier avoue qu'il l'a reçu, mais il prétend Tavoir rendu. Après grand combat et grande contestation, le Milésien appelle le dépositaire infidèle à prêter serment. Le banquier imagine cette ruse : il creuse un roseau comme une flûte, fait fondre l'or
qu'on a déposé entre ses mains, le verse dans le roseau et l'y assujettit, puis il va au tribunal, s'appuyant sur le roseau, comme pour soutenir la faiblesse de ses jambes. Au moment de jurer, il confie la canne, comme pour la reprendre aussitôt après, au Milésien qui se trouvait près de lui, puis, levant les mains, il jure qu'il a rendu le dépôt à celui qui le lui avait confié. Indigné, le Milésien jette la canne et s'écrie qu'il n'y a plus de bonne foi parmi les hommes. La canne se brise et le stratagème du voleur devient évident à tous les yeux. Le Milésien rentre dans son bien, et le banquier, pour échapper à la honte et au mépris de tous, se délivre de la vie par le lacet'. »
Tel est le conte grec : il n'e^t pas sans agrément, et sans doute l'aride résumé de Photius lui enlève encore quelque mérite; mais Cervantes, en se l'appropriant et en l'attribuant à Sancho, en a fait un charmant badinage, plein (le verve et de talent.
1 Conon, narrât, \x.\viii.
LES Hu.MANClERS
Plutarque.
Il n'entre pas dans notre plan d'examiner la fiction dans l'histoire : ce n'est donc pas comme historien que Plularque figure ici, quoiqu'il ait écrit moins des biographies que de véritables romans , en racontant la vie de Thésée ou celle de Romulus et autres héros d'une époque reculée. Nous ne le rangeons ici parmi les romanciers que pour son opuscule des Événements tragiques causés par V amour. Encore ces cinq narrations, dans le genre de celles de Conon et de Parthénius, ne sont-elles guère que des fictions historiques. La première seule fait exception, mais la seconde se rattache à un projet des Argiens de soumettre Corinthe ; la troisième explique la défaite des Spartiates à Leuclres par la vengeance posthume du Leuctrien Scédasus, dont deux jeunes
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Spartiates avaient violé et tué les filles ; la quatrième attribue à une cause de la môme nature la prise d'Hippotas par les Thébains et les Coroncens. La cinquième tend à faire voir dans le tremblement de terre qui arriva sous Archidamus, vers 470 avant Jésus-Christ, la punition des persécutions souffertes par un citoyen de Sparte et par sa famille. C'est encore, comme on le voit, presque du roman dans l'histoire, et nous n'avons cité ces courtes pages que pour ne pas paraître faire une omission dans la liste des conteurs grecs.