‹ Les romanciers grecs et latinsChapitre 5 sur 10 · DU CINQUIÈME AU DOUZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU CINQUIÈME AU DOUZIÈME SIÈCLE

Apollonius de Tyr.

La Bibliothèque impériale renferme un grand nombre de manuscrits qui attendent encore un éditeur intelligent et patient pour les mettre au jour^ ou au moins pour déterminer leur valeur réelle. 11 y a là beaucoup de romans latins, trop négligés peul-ètre, parce qu'on les regarde généralement comme l'œuvre originale des écrivains barbares du moyen âge, tandis ([ue la plupart, presque tous même, ne sont très-probablement que des traductions de romans grecs dont le

texte primitif est perdu, et peuvent par conséquent offrir de curieux sujets d'étude. La forme seule est d'une époque récente ; le fond est grec et la véritable origine perce partout sous le style incorrect du traducteur, qui s'efforce de faire passer dans son œuvre les expressions et les tournures de son modèle. Ces traductions grossières continuent cliez nous la filiation du roman et servent de transition aux romans de clievaleric qu'elles inspirent et avec lesquelles elles ont de nombreuses analogies. L'Histoire d'Apollonius de Zî/rest un de ces ouvrages; c'est bien la traduction d'un vrai roman grec qui n'existe plus, et non pas ce un poëme romanesque en vers barbares, » comme l'a cru M. Zevort '. Un court examen suffira pour le démontrer. Antiochus, roi d'Antioche , irrité de ce que Apollonius, roi de Tyr, avait découvert le corn- , morce incestueux qu'il entretenait avec sa propre fille, le persécute et veut le faire mourir. • Apollonius, averti à temps, s'embarque avec ses ricbesses et prend la fuite. Il arrive à Tarse, où

' Préface de la traducl. des Romans grecs.

on lui fait bon accueil, et où il sauve les habitants de la famine, puis il se dirige vers la Pentapole et fait naufrage. 11 trouve un asile à lacourd'Archistratus, dont la fille Irchistratis s'éprend de lui et l'épouse. Peu de temps après, il apprend qu'Antiochus et sa fille ont été punis de leurs crimes et foudroyés, et que le trône d'Antioche lui appartient. Il s'embarque avec Archistratis pour venir prendre possession de son nouveau royaume. En route, Archistratis donne le jour à une fille, mais elle est saisie de froid; on la croit morte et on la jette à la mer dans un cercueil qui va échouer sur le rivage des Ephésiens. Elle est sauvée par un médecin nommé Céramon, et se consacre au culte de Diane. De son cpté, Apollonius aborde à Tarse, va trouver Strongulion et Dionysia, qui avaient été ses hôtes à son premier voyage, et leur confie sa fille Tarsia. Puis il fait voile pour l'Egyple. Tarsia granJit, ignorant sa naissance : à fàge de quatorze ans, elle perd sa nourrice Lycoris qui lui révèle tout ce qui s'est passé. Cependant Dionysia, jalouse de voir Tarsia supérieure à sajpropre fille, mande Théo-

178 LES ROMÂ>'CIERS

phile, son métayer, et lui ordonne de la tuer. Tarsia fait une prière et se prépare à mourir, mais des pirates surviennent, l'enlèvent et la vendent à Mitylène à un proxénète nommé Lenonius. Dans cette extrémité, elle conserve sa vertu et intéresse même à son sort Antinagoras, roi de la ville. Apollonius arrive à Mitylène et permet à ses matelots de célébrer la fête de Neptune. Pour lui, il s'obstine à rester dans son vaisseau, et à se livrer à ses regrets. Antinagoras essaie en vain de l'en tirer : il charge Tarsia de cette mission . Là se place une scène singulière, nouveau témoignage de la futilité dont sont entachés la plupart des romans grecs. Tarsia propose à son père, qu'elle ne connaît pas, une espèce de pari, et lui donne à deviner différentes énigmes. Apollonius se tire à merveille de cette épreuve puérile et Tarsia se désole de son insuccès. Mais son père la reconnaît et, dès lors, tout marche vers un heureux dénoûment. Antinagoras épouse Tarsia, Lenonius es} brûlé vif, ses biens confisqués au profit de son esclave, puis un ange apparaît en songe à Apollonius et l'en-

(iRECS ET LATINS. 17'J

gage à se rendre à Ephèse où il retrouve Archistratis ; Slrongulion et Dionysia sont lapidés, et . Apollonius règne sur Antioche, Tyr et Cyrène. Il meurt heureux à l'âge de soixante-quatorze ans, après avoir écrit ses aventures et en avoir déposé deux exemplaires, l'un dans le temple de Diane à Ephèse, l'autre dans sa bibliothèque.

II est diflicile de ne pas voir clans cette œuvre un roman grec : le style est plutôt grec que latin, et on rencontre à chaque page des tournures et des expressions qui ne sont évidemment qu'une traduction trop littérale de l'original. Les mœurs sont grecques ; à la Grèce aussi appartiennent les noms des personnages et les lieux qui sont le théâtre de l'action : Antioche, Tyr, Tarse, Mitylène, Ephèse, colonies grecques. Lli-'fm avec ses pirates, ses naufrages, ses morls supposées, Vouvrage rentre bien dans la classe si nombreuse des romans que nous connaissons.

Quanta l'histoire de l'œuvre elle-même, elle est assez difilcile à déterminer d'une manière certaine. Le manuscrit de la Bibliothèque impériale paraît appartenir au xiv" siècle, mais il est

i&o l^PUbh^ciers

cvidenl que le livre remonle à une époque beaucoup plus reculée. En l'absence de tout document positif sur Apollonius qui en est le héros, et peut-être l'auteur, on a dû se borner à supposer, d'après l'examen des mœurs décrites dans le récit et des expressions qui se retrouvent dans la traduclion latine, que cet ouvrage avait pu être composé d'abord à la fin du iv*^ siècle et traduit en latin dans le v*^. Cette première traduction est en vers politiques. Au xii« sièc'le, Godefroi de Yiterbe la mit en hexamètres, et au XIV- l'arglais Go^ver transforma les hexamètres de Godefroi en un petit poëme auquel il donna le litre de Confessio a mardis. M. Lapaume, le dernier éditeur d'Apollonius, pense avec quelque raison que, deux cents ans plus tard, Shakspeare eut peut-être connaissance de ce pcëme de GovNcr et qu'il en tira l'idée de son Péricics, Quoi qu'il en soit, ce n'est aucun de ces ouvrages que nous avons aujourd'hui sous le nom d'Apollonius. Celui qui nous est parvenu est une seconde traduction latine en prose faite très-probablement sur la première, vers le

xiye siècle, et publiée en 1595 à Augsbourg par l'éditeur Welser, qui a mutilé le texte par des changements, des coupures et des additions arbitraires. Les auteurs des deux traductions latines sont vraisemblablement des moines, et cela parait surtout hors de doute pour la dernière; car, outre l'expression de Révérend, Fœvérendissime qui se rencontre fréquemment dans le roman, on y trouve aussi une foule d expressions et même de pensées qui indiquent à coup sûr des idées chrétiennes. Ainsi, pour n'en citer que quelques exemples, Tarsia demande à Théophile le temps de prier le Seigneur; elle prie Dieu;i:\\e rend grâces à Dieu; plus loin elle invoque le Dieu vivant; c'est un ange qui vient dans un songe ordonner à Apollonius d'aller à Ephèse où il doit retrouver Archistriitis qu'il croit morte. Malgré l'épisode du proxénète, qui est évidemment une réminiscence des romanciers antérieurs, les mœurs et la religion sont toujours sauvegardées, et, partout, la Providence

est représentée conformément aux croyances

chrélienncs; partout l'auteur nous montre un Dieu rémunérateur et vengeur. Enfui, si nous examinons le roman au point de vue littéraire, nous ne pouvons qu'y signaler toutes les traces de^la décadence. Le style des traducteurs est barbare, moitié grec, moitié latin, et le fond n'est pas de nature à racheter les imperfections de la forme. L'invention est faible, pour ne pas dire nulle; l'auteur se traîne, comme tant d'autres, dans la voie battue par ses devanciers; aucun caractère n'offre assez d'originalité pour inspirer un grand intérêt, et l'on comprend, après l'avoir lu, que la critique se soit peu occupée d'un ouvrage si médiocre, et qui ne peut plus s'adresser aujourd'hui qu'à des savants désireux de ne rien négliger, même parmi les plus faibles productions de l'antiquité.

Cliarilon d'Aplirodi^ée.

Ce qui caraclcrisc surtout les romanciers de la décadence, c'est une absence complète d'invention et d'originalité. Leurs romans ont été, presque tous, jetés dans un moule uniforme, et quiconque en connaît un n'a pas besoin de lire les autres : il ne trouverait que le même fond sous une forme souveîit peu variée. Les derniers venus, parmi les écrivains dont nous nous occupons, ont trouvé tout simple de marcher dans la même voie et de copier servilement leui's devanciers; ils sont devenus, comme le dit justement M. Villemain, des copistes de copistes^ et malheureusement le talent de la mise en œuvre ne vient point, chez ces maladroits imitateurs, compenser le défaut d'imagination et jeter au moins quelque intérêt sur les sujets usés qu'ils reprennent après tant

d* autres, le plus souvent même avec moins de bonheur.

Ainsi le roman de Chéréas et Calîirhoé, qui est pourtant un des moins mauvais de cette époque, n'est qu'une suite de plagiats, qu'une intrigue dont tous les ressorts, empruntés à vingt auteurs différents, sont amalgamés plus ou moins- adroitement, mais dans laquelle l'auteur n'a rien mis du sien.

Chéréas épouse CalHrhoé dès le début de l'ouvrage : tous deux sont, suivant l'usage, d'une beauté extraordinaire que l'auteur loue avec emphase . Malheureusement si Chéréas est beau, il est aussi violent, et même un peu brutal; car, sur un simple soupçon jaloux, il donne à sa nouvelle épouse un coup de pied dans le ventre. On la croit morte, on la porte dans un tombeau. Pendant la nuit^ un nommé Théron, chef de brigands, l'enlève du tombeau et l'emmène en lonie où il la vend à Denys, l'un des principaux citoyens du pays. Celui-ci en devient épeiduaient amoureux, mais Calîirhoé garde sa foi à Chéréas; bientôt cepen-

dant elle reconnaît qu'elle est enceinte et, par un calcul assez blâmable, elle consent à épouser Denys pour lui faire reconnaître comme sien l'enfant qu'elle porte dans son sein. Théron, pris en Sicile, avoue son crime et est mis à mort, mais l'auteur lui fait garder le silence seulement sur le nom de l'acquéreur de Callirhoé. Cltte réticence est d'autant plus maladroite qu'elle n'est nullement vraisemblable et qu'on en voit trop clairement le motif ; le roman serait fini, si Cbéréas savait à qui s'adresser en arrivant en lonie, et cela ne faisait pas le compte du romancier qui tenait à prolonger son* récit. Chéréas part à la recherche de sa femme, mais son vaisseau est brûlé par les Perses, ses camarades massacrés et luimême vendu comme esclave au satrape de Carie, [Milhridate, qui, au moment de le faire mettre à mort, le reconnaît pour l'époux de Callirhoé et s'efforce de le réunir à celle qu'il aime; mais la lettre qu'il écrit à ce sujet est interceptée par Denys, et l'affaire est portée à la cour du grand roi. Artaxerce lui-même

devient amoureux, de Callirhoé ; les débats traînent en longueur. Sur ces enlrefaites, le satrape d'Egypte se révolte, et Chéréas, qui croit avoir à se plaindre d'Arlaxerce, se jette dans le parti des Egyptiens, prend Tyr, bat les Perses sur mer et s'empare de l'ile d'Arade où il trouve la femme d'Aitaxerce et la sienne propre. «Je me flatte, dit l'auteur arrivé à cet endroit (commencement du vin*^ livre), que mes lecteurs trouveront ce dernier livre agréable; il expiera, en quelque sorte, ce que les premiers ont contenu de triste et de fâcheux. On n'y verra ni brigandages, ni esclavages, ni procès, ni combats, ni désespoir, ni guerre, ni captivité, mais un amour juste et un mapiage légitime. » C'est fort heureux, car on commence à être fatigué de toutes ces vieilles inventions qui inspirent à l'auteur un tardif repentir et que ne rachète pas le dénoùment. Callirhoé quitte Denys.et, lui laissant son tils, retourne en Sicile avec son premier mari que tant d'accidents ont dû guérir de son ancienne brutalité. Nous ne nous arrêterons pas à noter toutes

(iRKCS ET LATINS.

les imitations dans ce livre qui a pris fièrement pour épigraphe ces vers d'Anacréon :

Quoique en réalité riiéroine, loin de vaincre quelque chose, se laisse toujours aller aux événements, et qu'elle ne sorte pas complètement irréprochable, à notre avis, de la fausse position OLi il a phi à l'auteur de la présenter, le mérite de l'ouvrage consiste moins dans des qualités remarquables que dans l'absence de défauts saillants. Il y a dans le récit une sorte de méthode presque historique, la marche des faits est facile et naturelle, le style est simple, quelquefois jusqu'à la sécheresse, et la vraisemblance est généralement observée. Mais ce n'est en somme qu'une œuvre médiocre, toute d'imitation et, parconsé([uent, n'excitant jamais ni une émotion viaie, ni un intérêt puissant.

En présence d'un ouvrage si faible o:i re-

' La beaulé trioiuplie du Ter et du feu.

grelle moins de ne pouvoir percer robscurilé qui enveloppe Tauleur et l'époque où il a vécu. Aucun écrivain n'a parlé de lui, et M. d'Orville, Tun de ses plus savants éditeurs, n'a pu conjectuier que d'après son style qu'il était postérieur à Héliodore, à Achille Tatius, à Longus, à Xénopbon. Son nom même et celui de sa patrie semblent fictifs comme son œuvre ellemême et comme le titre qu'il prend de secrétaire du rhéteur Athénagore. Ce rhéteur paraît être le même que celui qui^ au dire de Thucydide ^ était opposé à cet Hermocrate qui vainquit les Athéniens et dont Callirhoé est représentée comme la fille. On peut donc supposer avec assez de vraisemblance qu'il n'a pris ce titre de secrétaire d'Athénagore que pour se faire regarder comme contemporain de l'histoire qu'il raconte. Mais c'est une ruse qui ne trompe personne, pas plus que ce prétendu patriotisme qui porte Tauteur à parler avec tant de complaisance de la défaite des Athénien^ en Sicile ; il y revient à tout propos

' Lib. vil, § 35. . •

et à tout moment avec une maladresse qui ennuie bientôt. Les Athéniens pouvaient lui pardonner, car ils n'avaient pas là un détracteur bien redoutable, s'il n'était pas plus lu par les anciens qu'il ne mérite de l'être par les modernes.

Théodore Prodrome.

Nous arrivons à ces siècles de barbarie où la

littérature périt dans la tempête qui emportait

le monde grec et romain avec ses antiques

institutions. Le fer élail la loi suprême, la

plume cédait au glaive, le droit à la force. Le

roman disparut comme tout le reste, d'une

société dans laquelle il n'était plus possible;

il se réfugia dans les monastères et devint plus

que jamais un travail d'imitation dépourvu de

toute originalité. On peut croire qu'un assez

grand nombre de ces faibles productions

sortit de la pîume des moines depuis le v*^ jusqu'au XIV'' siècle, et les manuscrils qui nous restent de celle époque viennent à l'appui de celte opinion. Mais, dans celle mulliludo d'œuvres obscures, une partie a élc jus([u'à présent négligée par la critique, comme nous l'avons dit à propos du roman d'Apollonius, et le reste ne mérite pas de sortir de l'oubli. Toutefois, au xif siècle, le roman grec reparaît à la cour de Cunslantinople, (juelques noms viennent s'ajouter à la liste des conteurs; mais, il faut bien l'avouer, ces derniers venus sont inférieurs encore à leurs faibles devanciers; avec eux le roman meurt sans retour, et ils mènent le deuil d'un genre qui, sans avoir jamais brillé d'un vif éclat, s'éleint misérablement et sans honneur.

Le premier de ces romanciers dans l'ordre des temps est Théodore Prodrome. On saurait fort peu de chose sur lui, s'il n'avait laissé dans ses écrits des dé'ails assez nombreux sur sa vie. Il vécut dans la première moitié du xn*^ siècle ; on ignore le lieu de sa naissance, mais il est

certain par sa correspondance, qu'il vécut longtemps à Constantinople cl Ton présume avec assez de raison, d'après les mêmes documents, qu'il mourut à Trébizonde où il avait suivi l'archevêque auquel il était attaché. Il se fit moine sous le nom d'Hdarion, et paraît avoir vécu pauvrement, car il tait allusion à cette pauvreté dans plusieurs passages de ses œuvres, et le nom de Ptochoproclomos se trouve en tète de plusieurs manuscrits, de même que celui de seigneur (K'jpo; pour K'jpio;) qui indique le respect qn'on lui portait. Il était en effet en correspondance avec des personnages considérables, il avait des connaissances étendues et variées, comme il le dit lui-même : « Je ne suis point d'une basse extraction, bien des gens pourraient envier ma naissance... J'ai reçu les leçons des meilleurs maîtres, j'ai appris la grammaire, j'ai étudié la rhétorique... La philosophie d'Aristole, les sublimes conceptions de Platon, la géométrie, la théorie des nombres n'ont rien, je pourrais le dire, qui me soit étranger, mais je craindrais (pj*on ne

m'accusât de présomption. » Aussi plus loin, pour éviter ce reproche, il se dit « illettré, nouvellement revêtu de la bure et un de ces pauvres moines qui ne possèdent rien sur la terre. » Il ne faudrait pas, comme on le voit, s'en rapporter à cette déclaration trop modeste et dont nous avons vu la contre-partie : Prodrome était instruit et les ouvrages qui nous

• restent de lui l'attestent, mais sa science ne l'a pas empêché de faire un mauvais roman. Seulement pour se créer une difficulté nouvelle, il l'a écrit en vers pohtiques, espèce d'iambes irréguliers qui étaient à la mode à cette époque. Quant à sa fable, elle est assez faible et pauvre d'invention.

Deux amants, Rhodanihe et Dosiclès, sont enlevés par des pirates et jetés dans une prison, où ils trouvent un compagnon d'infurlune, Cratandrc, auquel ils racontent leurs aventures. Gobryjs, le chef de ceux qui les ont réduits en

. esclavage, devient amoureux de Rhodanthe et la demande à Mislyle, le chef suprême, comme sa part du butin. Celui-ci la lui refuse, mais

Gobryas ne se décourage pas, et va peut-être causer de grands embarras aux deux amants, quand une guerre imprévue vient fort à propos les tirer d'affaire. Mistyle se tue, après avoir été vaincu par Bryaxas, qui emmène à son tour les amants captifs. Mais on les sépare : le vaisseau qui porte Rhodanthe fait naufrage, elle se sauve seule, puis est vendue comme esclave au père de ce Cralandre qui est l'ami de Dosiclès. Le père de Cratandre va trouver Bryaxas pour racbeler les deux amis, que Bryaxas veut immoler aux dieux : ils ne sont sauvés que par une pluie miraculeuse qui éteint leurs bûchers. Ils sont délivrés, et Dosiclès retrouve sa chère Rhodanthe. Mais il inspire involontairement de Tamour à la sœur de Cratandre, à Myrille, qui, pour se défaire d'une rivale, empoisonne Rhodanthe. Heureusement, le jour même, Dosiclès a trouvé à la chasse un contre-poison qui sauve son amante et permet à l'auteur de terminer son roman à la satisfiction générale de ses héros, mais non à celle du lecteur.

Rien n'est en effet plus mauvais que cette

19i LES ROMANCIERS

composition : Huet , comparant Prodrome à Eumathe, dont nous parlerons bientôt, l'a jugé avec une sévérité qui n'est pourtant que de la justice. (( Théodore Prodrome, dit-il, ne lui est guère préférable (à Eumathe), il a pourtant plus d'art, quoiqu'il en ait fort peu, il ne se tire d'afTaire que par des machines, et il n'entend rien à faire garder à ses acteurs la bienséance et l'uniformité de leurs caractères. 11 a voulu enchérir par-dessus Homère, dans l'ordonnance de son sujet, et il ne s'est pas contenté d'entrer dans la narration par le milieu de l'aventure et dé faire raconter simplement tout ce qui a précédé par quelqu'un des personnages, il n'en fait raconter directement à Dosiclcs que la dernière partie, et, dans son récit, il lui en fait rapporter le comm-encemcnt d'une manière oblique, en répétant ce qu'il en avait déjà dit à un autre. Mais il a outré l'artilice par trop raffiner, et il a embrouillé son dessein en voulant enchâsser un récit dans un récit, w

Ce n'est pas tout, et il nous faut bien ajouter que les pensées sont plus brillantes (jue

justes, et que, si le si vie a parfois de Téclat, IVnsemblc n'eu est p;\s moins d'uiie faiblesse extrême. C'est une peinture vngne et indécise qui n'est d'aucune époque, une 'conipilation où se Iraliit partout l'absence d'invention cl d'originalité : aucun des caractères n'est assez fortement tracé pour inspirer quelque intérêt ; les situations se suivent sans enchaînement et sans vraisemblance, et l'action est trop souvent ralentie par de froides dissertations dont l'auteur a lui-même recomuj le ridicule. Dos'.clès exhorte ses amis à l'aider dans renlcvement de Rhodanthe et, à ce propos, il leur débite longuement les lieux communs les plus rebattus sur le pouvoir de l'amour. Ses amis l'interrompent : « C'est^ lui disent-ils, lri![) de phrases superflues, fais-nous grâce de ta harangue, ta philosophie n'est pas de saison. » Ces lignes sont certainement le passage le plus sensé de livre de Prodrome, mais il aurait bien du se les appliquer et les méditer pour son pro[)re compte, car ce défaut des digressions philosophiques est chez lui d'autant plus choquant ([u'il est [>lus fré-

quent, et qu'on y voit un parti pris de la part de l'auteur, pour faire briller sa science aux dépens du goût et du bon sens.

Constantin Manassès.

Au xu' siècle également se rapporte Constantin Manassès , qui vivait sous Terapereur Manuel Comnène et qui écrivit une Chronique en vers politiques, traduite en latin et publiée au xvi^ siècle, et un roman ayant aussi la forme poétique et intitulé : Les amours d'Jristandre et de Callilhée, en neuf livres. Cette insipide production qui est restée inconnue de Huet et de beaucoup d'autres critiques , ne méritait guère de sortir de son obscurité ; c'est, suivant Villoison, une imita'ion ridicule des anciens, une œuvre d'écrivain inepte et radoteur. On n'en possède que des fragments, six cent douze vers insérés au xiv« siècle par Macarius Chryso-

cephalas, métropolitain de Philadelphie, dans son 'Po^covia, jardin de roses, et réimprimés par Yilloison dans ses Anecdota grœca. Voici quelques-uns de ces fragments : •

— Rien au monde ne serait plus sot que les grammairiens si les fils des Médecius n'étaient sur la terre.

— Si la crainte s'empare de l'àme, on prend les pierres, les plantes , les objets inanimés pour des guerriers sous les armes.

— En effet le soldat est une créature avide du bien d'autrui , rapacc, injuste, si on ne le réprime pas.

— Une beauté si ravissante, pleine de tant de grâces, peut toucher et asservir non-seulement les hommes, mais, à mon avis, la lionne irritée allaitant ses lionceaux, le sanglier avec ses terribles défenses et le taureau mugissant. C'est un trait sans fer, mais il blesse au cœur, empoisonne Fàme et prive de la vue.

— Rien, selon moi, n'est pire qu'un homme barbare : ni le fer, ni l'eau, ni la béte féroce, ni les abîmes de la mer.

On peut lire encore un long passage contre la calomnie (livre n); une vive diatribe contre les maux causés par l'or (livre v), et de sages exhortations à la tempérance (livre vn); mais chacun de ces morceaux, moins mauvais que le reste, n'a par lui-même aucune valeur réelle.

Nous n'ajouterons rien à ces citations : nous les avons choisies pourtant dans la foule des platitudes que Macarius a pu la naïveté de regarder comme des fleurs propres à orner son jardin. Cela ne fait pas plus l'éloge de son goût que du talenl de l'auteur auquel il empruntait de tels ornements.

Kicétas Eusenianus.

)) Le plus mauvais de tous les romans grecs imprimés, dit avec raison Schœîl, est celui de Nicétas Eugenianus, intitulé : Les amours de Drosille et de Chariclès.» Longtemps inconnu,

il a été tiré de l'oubli par un savant helléniste, M. Boissonade, qui on a donné une édition enrichie de notes fort remarquables et bien supérieures à Fouvrage même qui les a motivées, car une œuvre si pauvre et si dépourvue d'intérêt ne méritait pas une telle bonne fortune. Constantin Manassès au moins a une excuse : nous ne possédons pas son livre tout entier, et, quels que soient ses défauts, il a encore çà et là des pensées dignes d'attention. Mais le roman de Nicétas, absurde depuis la première ligne jusqu'à la dernière, est un des plus tristes monuments qui nous soient restés de la décadence de cette belle littérature grecque, tombée si bas, après avoir brillé d'un si vif éclat.

L'auteur avoue franchement qu'il ne vise pas même à l'originalité. Son roman a pour titre : Poème du seigneur Eugenianus, à Vimïtalion du bienheureux' philosophe Prodrome. Le sommaire, que nous reproduirons textuellement indique bien mieux encore dans ({uellc ornière se traîne récrivain :

' Max-â:::;, Ç'-'t,;, bienheureux, dr'funt.

/ « Ici sont la fuite el les erreurs de Drosille

/ et de Chariclès; tempêtes, rapines, violences,

brigands, prisons, pirates, famines, demeures horribles et en plein soleil obscurcies de ténèbres, cou enflé par le carcan, misérable et triste séparation des deux amants, enfin noces et mariage. >)

On le voit, rien n'y manque; c'est le vieux programme, suivi avec une si fastidieuse uniformité par tous les romanciers grecs, mais c'est surtout Prodrome que Nicétas veut imiter, et l'analyse de son roman fera mieux voir la faiblesse et le ridicule d'un pareil livre.

Drosille elChariclès sont pris par les Parthes, comme Rhodanthe et Dosiclès par les pirates. Le Cratandre de Prodrome est devenue Cléandre, confident bénévole et patient des malheurs de Chariclès : il aime une certaine Calligène dont le nom reviendra plus tard. De même que Gobryas, le chef des pirates dans Prodrome, s'éprend de Rhodanthe, Clinias, le fils du roi des Parthes, devient amoureux de Drosille qu'il prend pour la sœur de Chariclès, par une nou-

GRECS ET LATINS iul

velle imitation du roman déjà cité. Il s'ouvre à Chariclès : celui-ci l'engage à espérer, et défigure, pour le consoler, les jolis vers d'Anacréon sur l'Amour piqué par une abeille. Cependant la reine aime Chariclès, et elle empoisonne son mari pour n'être pas gênée dans sa passion. Les affaires des deux amants vont mal : une situation pareille se dénoue dans Prodrome par une guerre qui vient fort à propos : Nicélas n'a garde de négliger une si facile ressource, seulement son Bryaxas s'appelle Chagus, roi des Arabes. Il harangue longuement ses troupes, comme Bryaxas, avant la bataille, et répète même à cette occasion un mot célèbre d'Epaminondas ; comme Bryaxas , il remporte la victoire ; Clinias meurt comme nous avons vu mourir Gobryas; la reine se tue absolument comme s'est tué Mistyle, et les captifs tombent aux mains du vainqueur.

Jusque là Nicétas a copié scrupuleusement le roman de Prodrome : il continue sans imitation, mais, dès qu'il veut inventer, il n'est pas heureux. Le vaisseau qui porte l'héroïne de Pro-

drome fait naufrage, et dès lors il est assez vraisemblable que son amant la croie morte. Nicétas, qui voulait obtenir par un autre moyen la même situation, suppose que les captifs sont emmenés sur des chars le long de la mer : une branche d'arbre heurte Drosille, elle tombe à la mer et on la croit perdue. Mais elle se sauve sur un chêne qui se trouve, fort à propos, flottant à l'endroit où elle tombe; elle gagne la terre et se réfugie dans une maison sans toit, où pendant neuf jours, elle ne mange que ses sanglots et ne boit que ses larmes'.

Une vieille, .nommée Maryllis, prend pitié d'elle et l'emmène dans sa maison. Chariclès et Cléandre y viennent, guidés par un songe, et la retrouvent. Joie générale, festin, à la suite duquel la vieille danse, tombe avec Cléandre, et, pendant que les deux amants s'embrassent,

» 'Eoaysv ouosv r, (jracayiJiouç xai tcovouc

r.RECS ET LATINS. 2û3

disant qu'elle n'avait pas été à pareille fête depuis la mort de son fils. Chacun va se coucher, mais Drosille, qui n'est pas affaiblie par ses neuf jours d'abstinence, va passer la nuit au jardin avec Chariclès et tous deux se font des protestations d'une prolixité sans égale. Le matin venu, un marchand nommé Gnathon, annonce aux deux amants que leurs parents les cherchent pour les racheter, et il apprend en même temps à Cléandre que son amante Calligène est morte. Celui-ci, en confident discret et qui^sail se retirer, quand il devient inutile, s'écrie : Calligène est morte ! ô malheur ! — ^ Et il tombe mort. 11 est pleuré, dit Tau leur, sans qu'on sache trop pourquoi, par la terre, par les rochers, par les ruisseaux des vallées, pir les bois ombragés. Drosille entame une longue oraison funèbre, interrompue par Gnathon, qui les emmène tous deux rejoindre leurs parents. Ils se marient, et le lecteur peut enfin respirer, s'il a eu la patience d'aller jusqu'au bout.

Nous ne nous arrêterons pas davantage à ce tissu d'absurdités et d'inconvenances toutes plus

20i LES ROMANCIERS

choquantes les unes que les autres. Nous n'avons même analysé si longuement l'ouvrage que pour justifier la sévérité du jugement que nous portons sur son auteur. Ce livre est évidemment l'œuvre d'un écrivain sans goût et sans talent qui, incapable d'inventer, s'est abaissé à copier servilement et n'a même pas su choisir un bon modèle. Non*seulement il a pris le plan de Prodrome, mais il ne l'a développé qu'à l'aide d'une foule de passages pillés dans Anacréon, Théocrite, Moschus, Bien, Musée, Euripide, les auteurs d'épigrarames amoureuses et les romanciers antérieurs, surtout Longus et Héliodore. Son poëme est un centon composé de mille plagiats, et il n'a pas tenu à lui que les morceaux qu'il compile ne devinssent méconnaissables sous sa plume ignorante, car il a, comme les harpies, le triste privilège de gâter tout ce qu'il touche.

YI

Eumaihe.

Lorsqu'en 1823, M. Philippe Lebas publiait sa traduction d'Eumatlie, dans la collection des romans grecs, il s'exprimait en ces termes, dès le début de l'ouvrage :

« Il est rare qu'un traducteur ne fasse pas l'éloge de l'auteur qu'il a traduit. Toutefois le lecteur n'aura point à me reprocher cette faiblesse, qui, chez moi, serait vraiment inexcusable. Je dirai au contraire, et l'on me croira sans peine, que, dans le travail que je viens d'achever, je n'ai été guidé par aucun sentiment de préférence. »

On n'en peut douter en ofTet après avoir lu le pitoyable ouvrage qui ne méritait certes pas de trouver un interprète aussi savant et aussi consciencieux. Cette traduction d'une œuvre inepte, ne peut intéresser qu'au mémo titre que les

niaiseries de Nicétas Eugenianus, comme triste objet de curiosité, pour les savants qui veulent suivre, jusque dans ses plus infimes productions, une littérature expirante.

Eumalhe était probablement égyptien, quoique quelques écrivains l'aient Tait originaire de la Palestine \ et d'autres', des environs de Conslantinople. Il vivait, comme Nicétas, au xu^ siècle. Sur la foi de quelques manuscrits qui l'appelaient Eustathe, on l'a confondu longtemps avec le docte commentateur d'Homère ; mais c'est une erreur que les meilleurs critiques ont relevée et détruite par des arguments sans réplique. 11 est établi aujourd'hui que son nom est Eumathe'Macrembolite, protonobilissime et grand archiviste, et il a écrit un roman ayant pour titre : Le drame (ou plutôt les aventures) de Hysminé et Ilysminias, en 11 livres.

Cet ouvrage est moins un roman (ju'une suite de descriptions et de récits de festins. Les deux A tiers de l'action se passent à table; les person- !

' Casaubon, Boissonade.

MVilhein.

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I nages ne font guère autre chose que boire et s'aimer le verre à la main. Nous avons vu qu'on

"" reprochait à Longus, comme une puérihlé, d'avoir fait boire Daphnis et Chloé dans la même coupe : que dire d'Eumathe qui abuse de cette mièvrerie de la manière la plus fastidieuse et la répète à toute occasion d'un bout du volume à l'autre? 11 se lance aussi dans d'interminables descriptions de peintures et de statues, qui remplissent des livres entiers. C'est peut-être, comme il le dit dans ses dernières phrases, pour « donnera ce récit toutes les grâces amoureuses, tout le charrçe de style qu'on aime dans de pareils ouvrages, » mais, dans ce cas, l'auteur a fait fausse roule, et il est impossible d'être plus ennuyeux et plus plat que lui.

Hysminias, envoyé comme héraut de Jupiter, dans une ville voisine, est séduit par Hysminé, la fille de son hôte, qui lui fait les avances les plus choquantes et les plus inconvenantes. Il l'culève, mais à peine sont-ils embarqués, qu'une tempête s'élève et on jette Hysminé à la mer. Heureusement, un dauphin la prend sur

son dos et l'Amour la conduit à terre, car elle est nécessaire pour le dénouement. Elle devient l'esclave d'une vierge nommée Rhodope, tandis que Hysminias est vendu à un héraut, dont la femme renouvelle auprès de lui l'histoire de l'épouse de Putiphar. Il accompagne son maître le héraut dans un voyage oii celui-ci loge précisément chez cette Rhodope, dont Hysminé est l'esclave. L'exemple de Hysminé a sans doute gagné Rhodope, car elle se jette, elle aussi, à la tête de Hysminias et veut se faire enlever par lui. Eumathe semble avoir une singulière idée de la vertu des femmes ; dans tout son livre, ce sont elles qui, au mépris de toutes les convenances, courent après les hommes, et son Hysminias est une sorte de don Juan, qui n'a cependant rien en lui pour justifier les passions dont il est l'objet. A la fin, Hysminé et Hysminias, leurs parents et leurs maîtres se trouvent réunis, on ne sait trop comment, dans le temple d'Apollon ; l'oracle les déhvre et on les marie, après toutefois que Hysminias a raconté pour la quatrième fois ses aventures, car il est à remarquer

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qu'il recommence ce récit toutes les fois qu'il rencontre quelque nouveau personnage.

Du reste, ces aventures n'occupent, comme nous l'avons dit, qu'une faible partie du volume : les trois quarts au moins sont consacrés à des descriptions, à des récits de songe ^il va jusqu'à en raconter quatre de suite et les explique à la manière d'Artémidore), et surtout à des festins interminables, où ses héros boivent invariablennent dans la même coupe. Il se plaît aussi à nous les montrer en tête à tète à plusieurs reprises, sans jamais varier cette situation qui lui inspire des phrases dans le genre de celle-ci : « L'amour, du fond de la terre, lance sur moi des torrents enflammés, la sagesse de son côté fait tomber sur Hysminé une rosée protectrice. » 11 imite Achille Talius, Héliodore , Longus, Aristénète, Nicétas Eugonianus; il compile des passages de Sophocle, d'Euripide^ d'Homère, d'Hésiode, de Théocrite, mais, comme Nicétas, il rend mauvais ce qui pouvait avoir quelque valeur auparavant, et il ne sait rien inventer par lui-même. Son style froid et compassé, ré-

pond bien à la pauvreté de ses idées ; il affectionne certaines expressions et les répète à \ satiété ; à peine, dit avec raison Casaubon, trou- ; Ycrait-on cliez lui quelques périodes où il n'ait I pas mis le mot 6").o;. 11 n'a rien inventé dans son ^ roman que le nom des villes et des lieux où se passe l'action, et le jugement de Huet sur son compte, quelque rigoureux qu'il paraisse, est si juste, à noire avis, que nous le citerons pour terminer.

« Rien, dit-il, n'est plus froid, rien n'est plus plat, rien n'est plus ennuyeux ; nulle bienséance, nulle vraisemblance, nulle invention, nulle conduite: c'est un héros qui parle dans tout l'ouvrage et qui raconte ses aventures sans qu'on voie à qui, ni par quelle occasion, et il les raconte sans mettre dans l'ordre auquel elles sont arrivées tout le changement que l'art prescrit. C'est Ismène qui aime la première, qui se déclare la première et qui fait toutes les avances sans retenue, sans honte et sans adresse, et Isménias les reçoit sans «y répondre et même sans les sentir. On ne sait ce que devient Callis-

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Ihène (lisez Cralistliène) le fidèle ami d'Ismériias et compagnon de sa fortune ; rautcur l'oublie dans le vaisseau où il Ta fait embarquer et n'en parle plus. Enfin, toute la pièce est le travail d'un écolier ou de quelque chétif sophiste, qui méritait d'être écolier toute sa vie. » Huet a raison de tout point : Eumathe et Nice las sont deux ilotes littéraires, tombés si bas qu'ils ne mériteraient aucune attention, s'ilii n'étaient de tristes et vivants témoignages de la décadence et de la décrépitude d'une beHe litlératiire. Ngjis ne poursuivrons pas plus loin cette étude, car après eux. c'est la barbarie, et ils en sont les dignes précurseurs.

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