‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 23 sur 100 · INVASION DES SAINES · texte numérisé non relu

INVASION DES SAINES

Le conte dit maintenant que les rois Lot

d'Orcanie , Agustan d'Écosse , Urien de Gorre, Ydier de Cornouaille , Nantre de Garlot , Carados

Biébras , Tradelinan de Norgalles , Clarion de Northumberland , Brangore d'Estrangore , Belinant de Sorgalles , et le duc Escan de Cambenic ,

les

princes défaits par Artus

Keriéon

avaient marché toute

la

nuit avec leurs gens

en

désordre

souffrant du froid

et

de

la

faim

les uns

cheval

les autres

en

litière parce qu'ils étaient trop

blessés pour chevaucher

Le lendemain

ils

parvinrent

en la

ville

de

Sorhaut qui était

au

roi Urien de Gorre

et

ils

demeurèrent quelque temps

se

refaire

et à

soigner leurs malades

et

leurs blessés

Ils

n'y étaient encore que depuis peu

lorsqu'arrivèrent des messagers de Cornouaille

d'Orcanie qui leur contèrent que les Saines mécréants

profitant de leur absence

avaient envahi leurs terres

où

ils

ravageaient les campagnes

détruisaient les bourgs

les villes

les forts châteaux

mettaient tout

feu

et à

sang

et

faisaient tant

de

dommages

le

pays

que

le

cœur

le

plus dur

et le

plus félon

ne

pou

MERLIN

vait se tenir d'avoir grand'pitié des dames et des pucelles qu'ils violaient et des enfants qu'ils leur tuaient entre les bras ; et quand le menu peuple se réfugiait en quelque cave ou souterrain , les Saines y boutaient le feu et les brûlaient. A cette nouvelle , il n'y eut aucun des rois , jusqu'au plus hardi, à qui la chair ne tremblât , car

ils

avaient perdu beaucoup

de

monde

ne

pouvaient attendre aucun secours d'Artus

Tout

ce

que leurs

forces leur permettaient

c'était

de

garnir les forteresses

villes de manière

empê-

cher

le

ravitaillement des païens

Ils

se

résolurent

défendre de la sorte les marches de

Garlot

de Gorre

de Cornouaille

et

d'Orcanie

qui étaient les premières menacées

C'est ainsi que

le

roi Nantre vint avec trois

cents fer

vêtus garnir

sa

cité

de

Huidesant

fut reçu

grande joie

car déjà

les

Saines battaient

campagne alentour

et

l'on était fort inquiet

Sa

femme

Blasine

était

la

fille du duc

de

Tintagel

et

d'Ygerne

en

avait un fils

de

seize ans

qui était d'une grande beauté

et

qu'on nommait Galessin

GALESSIN

Un jour , le jouvenceau vint trouver sa mère et lui dit :

- Dame , n'êtes-vous pas la sœur de ce roi Artus qui est tant preux et bon chevalier , et qui

a déconfit onze rois avec si peu de gens ?

La mère répondit :

- Beau doux fils , sachez qu'en effet il est mon frère et votre oncle , et parent de bien près à votre père par Uter Pendragon .

Mais les barons de ce pays ne le voulaient point pour roi , encore que Notre Sire l'eût élu .

Et elle lui conta l'aventure du perron comme elle s'était passée .

- Eh bien , reprit Galessin , Dieu veuille que je ne meure avant que le roi Artus m'ait fait chevalier ! Car je ne le serai jamais que de

sa main , et si je puis tant faire qu'il me ceigne l'épée , je ne me séparerai plus jamais de

lui .

l'insu

de

son père

envoya

un

messager

son cousin Gauvain

pour lui faire part de son projet

et

lui donner rendez

à la

Neuve Ferté

de

Broceliande

, le

troisième jour après Pâques

Comme

le

roi Nantre

, le

roi Lot s'en était

allé

en sa

cité

qui avait nom Orcanie

, et

où

on

lui

avait fait grande fête

lui ainsi qu'à ses

barons , parce que les coureurs saines se montraient aux environs . De la fille aînée du duc de

Tintagel , il avait quatre fils nommés Gauvain , Agravain , Guerrehès et Gaheriet ; Mordret , le cinquième , qu'il croyait de lui, avait été engendré par Artus, voici comment .

Au temps , dit le conte , que les barons du royaume de Logres étaient assemblés à Carduel pour élire le successeur d'Uter Pendragon , Antor et ses deux fils , Keu et Artus , logeaient dans la même maison que le roi Lot . Celui -ci , apprenant qu'Antor et Keu étaient chevaliers , les pria à sa table , et il les

fit

coucher tous deux dans

la

salle

tandis qu'Artus les servait

avait son

lit

dans un coin

comme

convient

qui n'est encore qu'écuyer

Or ,

était joli valet

bien enjoué

s'éprit

de la

femme du roi Lot

qui était belle

et

grasse

mais qui

ne

semblait pas faire attention

Une nuit pourtant que

le

roi était sorti secrètement

sans éveiller

la

reine

pour quelque affaire

Artus

coula hardiment dans

la

chambre

de la

dame

puis dans son

lit ;

mais

là ,

n'osa rien taire

de

plus

Comme

se

tournait

et

retournait

la

reine

, à la

façon d'une femme

demi endormie

, le

prit dans ses bras

croyant que c'était son seigneur

ou

peut

être feignant

de le

croire

Ainsi

eut d'elle son plaisir

et

lui

en

donna beaucoup

Puis

dès qu'elle

se

fut rendormie

se

glissa doucement dehors

CONCEPTION DE MORDRET

Le lendemain , au manger , comme en la servant il restait à genoux un peu longuement , elle lui dit :

Levez -vous , sire damoisel , c'est assez

demeurer agenouillé .

- Ha ! dame , comment vous pourrais-je

rendre grâce des bontés que vous avez eues !

-Et lesquelles ?

- Jurez sur votre foi que vous ne le direz à personne et qu'il ne m'adviendra par vous nul mal ni blâme .

Et quand elle eut juré , il lui conta comment il avait couché avec elle . La dame en eut grand'honte et rougit beaucoup ; mais personne n'apprit jamais d'elle leur aventure . Et ainsi Artus eut Mordret de sa sœur sans savoir qu'elle l'était .

Un jour donc , peu après le retour du roi Lot , son père, à Orcanie , Gauvain revenait de la chasse, vêtu d'une robe bureau fourrée

d'hermine , tenant les laisses de trois lévriers et

tirant deux chiens couchants après lui . C'était un beau jouvenceau . Et il faut dire

qu'il avait reçu un don singulier

car

en

se

levant

le

matin

avait

la

force d'un bon chevalier

tierce

sa

valeur doublait

midi

elle quadruplait

puis elle redevenait

ce

qu'elle était

au

lever

; et à

none

elle recommençait de croître jusqu'à minuit

entra dans

la

salle où

mère était assise auprès d'un clair

et

grand feu qui

MERLIN L'ENCHANTEUR

flambait dans la cheminée . Et, en le voyant,

elle se mit à soupirer .

- Dame , qu'avez -vous ? demanda le valet .

- Las ! beau doux fils , je vous vois , vous et vos frères , user le temps en folies , quand vous pourriez être déjà chevaliers à la cour du roi Artus , votre oncle . Les barons , qui devraient le servir et l'aimer , ne veulent par orgueil le reconnaître pour leur seigneur , et il paraît bien que

cela ne plaît à Dieu , car

ils y

ont jusqu'ici plus perdu que gagné

, et

voilà maintenant

les

Saines

en

ce

pays

Je

vous

le

dis

vous êtes bien

blâmer de rester ici

faire courre des lévriers

au

lieu

de

chercher

mettre

en

paix votre père

et

votre oncle

Ainsi parlait

la

dame parce qu'elle gardait

en

son cœur un tendre souvenir du valet devenu roi

- Dame

dit Gauvain

par

la

foi que

je

dois

je

n'aurai l'épée ceinté

au

côté

ni le

heaume lacé en tête

devant que

le

roi Artus m'ait fait chevalier

ce moment entraient ses trois frères

et

quand

ils

surent pourquoi leur mère pleurait

- Certes

Gauvinet

dit Agravain

vous êtes plus

blâmer que tout autre

car vous êtes notre aîné

et

vous auriez du nous mener déjà

au

roi Artus

nous ne faisons que nous amuser

et

peut

être serons

nous pris comme oiseaux

au

piège

car les Saines

ne

sont pas loin

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