‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 25 sur 100 · LES SAINES · texte numérisé non relu

LES SAINES

Et Guerrehès a parlé en prud'homme , quand il a déclaré qu'il n'attendrait rien que d'amour et courtoisie ; ainsi ferais -je pour ma part .

- Dieu m'aide ! dit Agravain , il n'en coûterait pourtant à la demoiselle ni un membre , ni la vie .- Non , mais l'honneur , dit Gauvain . - Je ne donnerais pas un bouton d'un homme qui respecte une femme , dès qu'il la tient seul à seule : s'il la laisse aller, il n'en sera jamais aimé , et l'on ne fera que se moquer de lui , sans qu'il en soit plus prisé .

Comme

ils

devisaient ainsi

ils

aperçurent

au

loin des fumées

et

grand nuage

de

poussière

et

bientôt

ils

rencontrèrent des paysans qui s'enfuyaient effrayés

- C'est un parti de Saines

dirent les vilains

Ils

emmènent des chevaliers prisonniers

les pieds liés sous

le

ventre de leurs propres

chevaux

en

les battant eruellement

coups

de

bâtons

et

ils

escortent un convoi de sommiers

et

de charrettes qui portent des vivres

et

du butin

Ils

boutent

le

feu aux villages

et

tuent

ce

qu'ils rencontrent

- Mais où est

le

roi Artus

demandèrent les enfants

est

parti pour

royaume

de

Carmélide depuis

la

mi -

carême

après avoir bien garni

les

marches

et

les forteresses de sa terre

Aux armes

francs écuyers

crièrent les

MERLIN L'ENCHANTEUR

damoiseaux sans en demander plus . Qui preux sera , on le verra !

Et pendant qu'ils descendaient de leurs pale-

frois et resanglaient leurs destriers , Gaheriet dit à son frère :

Agravain , souvenez-vous d'étre aussi terrible aux Saines que vous le fûtes aux pucelles ce matin .

- Et vous , Gaheriet , leur donnerez - vous trêve comme aux dames ?

- Sire , vous êtes mon aîné : quand nous en

serons aux mains , faites du mieux pourrez .

Je serais bien couard si je ne faisais mieux que vous ! Et je compte aller en lieu où vous ne

me suivriez qu'au prix d'un de vos membres .

Alors Gaheriet se mit à rire et lui dit sans se facher :- Eh bien , allez devant !

Et après s'être fait connaître des paysans , les cinq damoiseaux se dirigèrent vers le convoi ,

suivis de leurs gens et d'un bon nombre de vilains armés .

Il était midi et il faisait grand chaud , si bien que la poussière du charroi empêchait les Saines

de voir à un jet de pierre devant eux . Aussi plièrent-

ils

d'abord

surpris par

charge

furieuse des enfants

Agravain

de

son premier coup de lance

perce un païen

et

le

jette mort

Gaheriet fait de même

Mais rien

COLÈRE D'AGRAVAIN

n'égale Gauvain qui brise et rompt tout comme carreau d'arbalète ; de la hache qu'il tient en main , pourfend ses adversaires jusqu'au séant . Et Guerreliès et Galessin l'aident de telle

sorte que les Saines s'enfuient bientôt , criant que ce ne sont hommes , mais diables qui les attaquent , et maudissant le jour et l'heure où ils sont nés .

Et tandis que les enfants et leurs gens délivraient les captifs et rassemblaient le convoi , Gaheriet dit encore à Galessin :

Demandez maintenant à mon frère Agravain s'il désire toujours de rencontrer une pucelle .

Gaheriet , répondit Agravain en le regar-

dant de travers , vous aviez moins envie de plai-

santer , tout à l'heure , dans la mélée .

Mais vous -même , si la plus belle femme de la terre vous eût alors prié d'amour , vous ne lui eussiez dit mot pour rien au monde , il me semble .

Là-dessus Agravain furieux s'empare d'un tronçon de lance et frappe Gaheriet sur le heaume jusqu'à ce que le bois vole en pièces ; en vain s'efforce -t - on de le retenir . Et son cadet

ne lui rend pas les coups !

- Si vous le touchez encore , malheur à vous ! s'écrie Gauvain .

Agravain de dégaîner aussitôt : il décharge

un tel revers sur le heaume de son frère que des

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