LES SAINES
Et Guerrehès a parlé en prud'homme , quand il a déclaré qu'il n'attendrait rien que d'amour et courtoisie ; ainsi ferais -je pour ma part .
- Dieu m'aide ! dit Agravain , il n'en coûterait pourtant à la demoiselle ni un membre , ni la vie .- Non , mais l'honneur , dit Gauvain . - Je ne donnerais pas un bouton d'un homme qui respecte une femme , dès qu'il la tient seul à seule : s'il la laisse aller, il n'en sera jamais aimé , et l'on ne fera que se moquer de lui , sans qu'il en soit plus prisé .
Comme
ils
devisaient ainsi
ils
aperçurent
au
loin des fumées
et
grand nuage
de
poussière
et
bientôt
ils
rencontrèrent des paysans qui s'enfuyaient effrayés
- C'est un parti de Saines
dirent les vilains
Ils
emmènent des chevaliers prisonniers
les pieds liés sous
le
ventre de leurs propres
chevaux
en
les battant eruellement
coups
de
bâtons
et
ils
escortent un convoi de sommiers
et
de charrettes qui portent des vivres
et
du butin
Ils
boutent
le
feu aux villages
et
tuent
ce
qu'ils rencontrent
- Mais où est
le
roi Artus
demandèrent les enfants
est
parti pour
royaume
de
Carmélide depuis
la
mi -
carême
après avoir bien garni
les
marches
et
les forteresses de sa terre
Aux armes
francs écuyers
crièrent les
MERLIN L'ENCHANTEUR
damoiseaux sans en demander plus . Qui preux sera , on le verra !
Et pendant qu'ils descendaient de leurs pale-
frois et resanglaient leurs destriers , Gaheriet dit à son frère :
Agravain , souvenez-vous d'étre aussi terrible aux Saines que vous le fûtes aux pucelles ce matin .
- Et vous , Gaheriet , leur donnerez - vous trêve comme aux dames ?
- Sire , vous êtes mon aîné : quand nous en
serons aux mains , faites du mieux pourrez .
Je serais bien couard si je ne faisais mieux que vous ! Et je compte aller en lieu où vous ne
me suivriez qu'au prix d'un de vos membres .
Alors Gaheriet se mit à rire et lui dit sans se facher :- Eh bien , allez devant !
Et après s'être fait connaître des paysans , les cinq damoiseaux se dirigèrent vers le convoi ,
suivis de leurs gens et d'un bon nombre de vilains armés .
Il était midi et il faisait grand chaud , si bien que la poussière du charroi empêchait les Saines
de voir à un jet de pierre devant eux . Aussi plièrent-
ils
d'abord
surpris par
charge
furieuse des enfants
Agravain
de
son premier coup de lance
perce un païen
et
le
jette mort
Gaheriet fait de même
Mais rien
COLÈRE D'AGRAVAIN
n'égale Gauvain qui brise et rompt tout comme carreau d'arbalète ; de la hache qu'il tient en main , pourfend ses adversaires jusqu'au séant . Et Guerreliès et Galessin l'aident de telle
sorte que les Saines s'enfuient bientôt , criant que ce ne sont hommes , mais diables qui les attaquent , et maudissant le jour et l'heure où ils sont nés .
Et tandis que les enfants et leurs gens délivraient les captifs et rassemblaient le convoi , Gaheriet dit encore à Galessin :
Demandez maintenant à mon frère Agravain s'il désire toujours de rencontrer une pucelle .
Gaheriet , répondit Agravain en le regar-
dant de travers , vous aviez moins envie de plai-
santer , tout à l'heure , dans la mélée .
Mais vous -même , si la plus belle femme de la terre vous eût alors prié d'amour , vous ne lui eussiez dit mot pour rien au monde , il me semble .
Là-dessus Agravain furieux s'empare d'un tronçon de lance et frappe Gaheriet sur le heaume jusqu'à ce que le bois vole en pièces ; en vain s'efforce -t - on de le retenir . Et son cadet
ne lui rend pas les coups !
- Si vous le touchez encore , malheur à vous ! s'écrie Gauvain .
Agravain de dégaîner aussitôt : il décharge
un tel revers sur le heaume de son frère que des