‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 52 sur 100 · LE ROI LOT OUTRÉ · texte numérisé non relu

LE ROI LOT OUTRÉ

laient et se pensaient déjà captives , lorsqu'elles virent sortir de la forêt un chevalier tout armé , qui s'arrêta devant Guenièvre et, après l'avoir saluée , lui demanda qui elle était .

- Beau sire , répondit-elle , je suis la fille du roi Léodagan , et ce prud'homme et moi, nous sommes en grand danger .

Mais au seul nom de la pucelle , le chevalier avait croisé sa lance sans mot dire, et déjà il se précipitait au secours de Guyomar et de ses gens .

D'abord il renverse deux chevaliers ;

mais son destrier était fatigué par une longue

course qu'il venait de fournir : aussi, quand le roi Lot vint l'attaquer, le cheval plia sur les jarrets et chut en entraînant son cavalier .

L'étranger se relève vivement et tire son épée , qui était plus étincelante qu'une

escarboucle . Lot, ayant épuisé son élan , fait tourner sa monture et revient sur lui au galop ;

mais le chevalier l'évite et au passage , d'un coup , il fend le ventre du cheval , qui s'abat lourdement : le roi tombe si malheureusement qu'il demeure étendu sans plus savoir s'il fait nuit ou jour . D'un bond l'inconnu sauté sur lui , il lui arrache son heaume avec tant de rudesse qu'il le blesse au nez et aux sourcils , puis il

lui

abaisse

la

coiffe du haubert sur les épaules

, et

lui crie qu'il est mort s'il

ne

s'avoue prisonnier

Ah

gentilhomme

ne

me tue pas

s'écrie

MERLIN L'ENCHANTEUR

le roi , car certes je ne t'ai jamais rien fait qui

mérite la mort. Je m'appelle le roi Lot d'Orcanie , à qui il n'arrive plus que malheurs depuis longtemps .

Et moi , je suis Gauvain , le neveu du roi Artus .

En entendant le nom de son fils , le roi Lot se

remit sur pieds et s'avança pour l'embrasser :

Beau fils , je suis le dolent, le captif , votre père que vous avez abattu .

- Reculez ! répondit Gauvain . Vous ne serez mon père et mon bon ami qu'après avoir crié grâce à notre seigneur le roi Artus et lui avoir rendu hommage . A ces mots , le roi Lot tomba en pâmoison , et quand il revint à lui :

Beau fils , dit -il tristement , je ferai ce qu'il vous plaira . Prenez mon épée ; je vous la rends .

Gauvain la prit , non sans verser des larmes sous son heaume , car il avait pitié de son père

et se repentait de l'avoir blessé , mais il gardait

de le laisser voir . Et , après avoir demandé congé à Guenièvre , il se remit en route vers Logres , suivi de son prisonnier et des autres chevaliers qui s'étaient rendus à lui en même temps que leur seigneur .

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