LA GUERRE AUX SAINES
Mais les Saines se rassemblèreut au son de leurs
cornes et de leurs buccines .
C'est alors que
Gauvain tua le roi Ysore et lui prit son cheval ,
le Gringalet , ainsi nommé pour sa grande bonté : car il pouvait courir dix lieues sans que son flanc battît ou qu'il eût un seul poil mouillé à la croupe ou à l'épaule . Mais le roi Ban , le roi Bohor , le roi Nantre , le roi des Cent Chevaliers , le duc Escan de Cambenic , et Artus en l'hon-
neur du baiser de Guenièvre , et tous les princes firent merveilles .
L'armée chrétienne victorieuse s'occupa de relever ses morts ses blessés qui gisaient parmi le champ comme brebis égorgés ; puis , à la nuit , bien restaurée , elle se remit en marche . Lorsqu'elle fut tout proche de Clarence , Merlin réunit en parlement les princes rebelles . Beaux seigneurs , leur dit-il, le jour est venu de tout perdre ou de tout gagner . Il vous est grand besoin de prier Dieu qu'il défende le royaume de Logres de honte et méchéance , car ,
si Notre Sire n'y met conseil , la terre de Bretagne sera aujourd'hui détruite . Et je vous fais savoir que la défaite ne pourra être évitée ,
si vous ne faites votre paix avec le roi Artus . Il y eut beaucoup de barons à qui ces paroles
ne plurent guère et il ne pouvait en être autrement ; néanmoins tous vinrent rendre hommage
au roi, l'un après l'autre , et reçurent de lui leurs fiefs .
MERLIN L'ENCHANTEUR
Le jour se levait , radieux . Dans l'herbe non fauchée , les chevaux entraient jusqu'au ventre ; les oiseaux chantaient matines dans les arbris-
seaux et réjouissaient le cœur des amoureux .
Les enseignes d'or, d'argent et de soie voletaient à la brise légère et le soleil faisait flamboyer l'acier des heaumes et des lances , et luire
les peintures des écus . Merlin allait en tête de l'armée sur un grand cheval de chasse. Lorsqu'il aperçut les Saines qui s'avançaient à la rencontre des chrétiens , il cria de toutes ses forces : - Ores paraîtra qui preux sera ! Seigneurs
chevaliers , l'heure est venue que l'on verra vos prouesses !
Aussitôt les barons lâchèrent le frein et bro-
chèrent des éperons ; et ainsi commença la fière et merveilleuse bataille .
Le froissement des lances , le heurt des écus ,
le martèlement des masses et des épées s'entendit jusqu'à la mer . Bientôt l'air fut rouge et troublé par la poussière , au point que les cieux noircirent le soleil perdit sa clarté .
Quand les chevaliers et les bourgeois qui défendaient la cité de Clarence aperçurent les enseignes blanches à croix vermeille ,
ils
pen-
sèrent que c'était un secours que Notre Sire leur envoyait
aussitôt
ils
sortirent
et
commencèrent de faire merveilles d'armes
Sur l'autre front des Saines
mesure que
l'heure
de
midi approchait
, la
force
de
Gauvain