‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 56 sur 100 · DÉFAITE DES SAINES · texte numérisé non relu

DÉFAITE DES SAINES

augmentait . Il traversait les rangs ennemis , bruyant et fracassant comme le tonnerre , et, quand son épée s'abaissait pour frapper, il semblait que ce fût la foudre . Ses frères l'imitaient ; mais Galessin surtout faisait merveilles :

autour de lui les mécréants tombaient comme

les blés mûrs sous la faucille ; vers le soir, il

était sanglant comme s'il fût sorti d'une rivière de sang . Les Saines étaient plus hauts et mieux armés , mais les chrétiens plus agiles, si bien qu'à la

fin

les païens cédèrent

Tous leurs rois étaient tués

sauf Rion

Oriens

Sorbare

Cornican

Murgalan

de

Trebeham

et

l'amiral Napin

Poursuivis

de

près

s'enfuirent

de

toute

la

vitesse

de

leurs chevaux vers

la

mer prochaine

et ,

non sans que plus de

la

moitié d'entre eux fussent noyés

ou

occis

ils

s'embarquèrent sur leurs nefs

coupèrent les cordes des ancres

hissèrent les voiles en hâte

et

s'en furent où

vent les mena

Or

en

revenant

de la

mêlée

où

avait pris grand chaud

Sagremor óta son heaume

aussitôt

commença

de

se

refroidir

d'où lui vint au cœur une

si

grande douleur que son visage noircit

Sentant s'affaiblissait

pria

MERLIN L'ENCHANTEUR

tout bas monseigneur Yvain de le soutenir .

- Sire , murmura -t-il , faites-moi étendre sur

un

lit :

sitôt quej'aurai mangé

et

bu

cela passera

Messire Gauvain l'avait entendu

aidé de

monseigneur Yvain

, le

porta sur une couche

et là ,

Merlin lui

fit

prendre du vin chaud

manière qu'il

se

remit bientôt

et

s'endormit

Car

telle était

la

nature

de

Sagremor

lorsqu'il

jeun

s'il s'échauffait un peu trop

tombait

en

faiblesse dès qu'il

se

refroidissait

mais cela

ne

lui arrivait pas souvent

Cependant les chevaliers s'étaient mis

table

et

ils

causaient de l'accident

Keu

le

sénéchal

qui avait toujours

la

langue aiguisée

plaisanter

et à

mal dire

s'écria qu'on pouvait

le

surnommer Sagremor mort

de

jeûne

Messire Gauvain

le

regarda

- Taisez

vous

Keu

s'écria

-t-il,

et

ne dites point

de

folies d'un

si

prud'homme

et

bon chevalier

sa

maladie quand

plaît

Dieu

l'on

ne

doit pas l'en railler

S'il est venu servir monseigneur

le

roi

ce

n'est point pauvreté

car

est

d'un empereur

mais hautesse

de

cœur

Le roi

ne

doit point souffrir qu'en son hôtel

on

se

moque

de

Sagremor

Et

quiconque

le

ferait

je le

prendrais pour moi

Sire

dit Keu

on en raille souvent de plus vaillants que lui

même

on

en

dit d'assez grosses paroles

S'il s'en fâche

, je

n'en puis

mais

Et

qui qu'en grogne

m'en soucie

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