DISCOURTOISIE DE GAUVAIN
Allez , beau doux ami ,
fit le
roi
et
que Dieu vous conduise
présent
le
conte retourne
monseigneur Gauvain
S'étant séparé
de
ses compagnons
erra longtemps par
de
Logres
Un jour qu'il
chevauchait dans une forėt
pensif
et
songeant
tristement qu'il n'avait nouvelles de Merlin
croisa une demoiselle montée sur
plus beau palefroi du monde
noir
harnaché d'une selle d'ivoire aux étriers dorés
dont
la
housse écarlate battait
terre
et
dont
le
frein était d'or
et
les reines d'orfroi
Elle
même était vêtue de
samit blanc
et ,
pour éviter
le
hâle
elle avait
la
tête voilée
de
lin
et
de soie
Gauvain
perdu
dans
sa
rêverie
ne
la
vit pas
Alors
après
l'avoir dépassé
elle
fit
tourner son palefroi
et
lui dit
- Gauvain
on assure que
tu
es le
meilleur chevalier du monde
et
c'est vrai
mais on ajoute que
tu
es le
plus courtois
, et
cloche
la
renommée
car
tu
en
es le
plus vilain
Tu me rencontres seule en cette forêt
loin de tous
, et
tu
n'as pas même
la
douceur
et
l'humilité
de
me saluer
et
me parler
MERLIN L'ENCHANTEUR
Demoiselle , dit Gauvain tout confus , je
vous supplie de me pardonner .
S'il plait à Dieu, tu le payeras cher !
Et une autre fois , tu te souviendras de saluer les dames quand tu les rencontreras . Je te
souhaite de ressembler au premier homme que tu verras .
Or , messire Gauvain n'avait pas chevauché
une lieue galloise , qu'il croisa le nain et sa mie . Dès qu'il aperçut la demoiselle , il se rappela la leçon qu'il venait de s'attirer et s'empressa de la saluer :
- Que Dieu vous donne joie , et à votre compagnie !- Que Dieu vous donne bonne aventure !
répliquèrent courtoisement le nain et la demoiselle.
Et , à peine l'avaient -
ils
dépassé
, le
nain sentit qu'il reprenait
sa
première forme
et
devint un jeune homme de vingt
deux ans
droit
haut
et
large d'épaules
si
bien qu'il lui fallut ôter ses armes qui n'étaient plus
sa
taille
Quand elle vit son ami retrouver ainsi
sa
beauté
la
demoiselle lui jeta ses bras
au
col
et le
baisa plus de cent fois de suite
; et
tous deux remer-
cièrent Notre Seigneur
s'en furent
grande joie
bénissant
le
chevalier qui leur avait ainsi porté bonheur
Cependant messire Gauvain n'avait pas chevauché trois traits d'arc qu'il sentit les manches