‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 75 sur 100 · DISCOURTOISIE DE GAUVAIN · texte numérisé non relu

DISCOURTOISIE DE GAUVAIN

Allez , beau doux ami ,

fit le

roi

et

que Dieu vous conduise

présent

le

conte retourne

monseigneur Gauvain

S'étant séparé

de

ses compagnons

erra longtemps par

de

Logres

Un jour qu'il

chevauchait dans une forėt

pensif

et

songeant

tristement qu'il n'avait nouvelles de Merlin

croisa une demoiselle montée sur

plus beau palefroi du monde

noir

harnaché d'une selle d'ivoire aux étriers dorés

dont

la

housse écarlate battait

terre

et

dont

le

frein était d'or

et

les reines d'orfroi

Elle

même était vêtue de

samit blanc

et ,

pour éviter

le

hâle

elle avait

la

tête voilée

de

lin

et

de soie

Gauvain

perdu

dans

sa

rêverie

ne

la

vit pas

Alors

après

l'avoir dépassé

elle

fit

tourner son palefroi

et

lui dit

- Gauvain

on assure que

tu

es le

meilleur chevalier du monde

et

c'est vrai

mais on ajoute que

tu

es le

plus courtois

, et

cloche

la

renommée

car

tu

en

es le

plus vilain

Tu me rencontres seule en cette forêt

loin de tous

, et

tu

n'as pas même

la

douceur

et

l'humilité

de

me saluer

et

me parler

MERLIN L'ENCHANTEUR

Demoiselle , dit Gauvain tout confus , je

vous supplie de me pardonner .

S'il plait à Dieu, tu le payeras cher !

Et une autre fois , tu te souviendras de saluer les dames quand tu les rencontreras . Je te

souhaite de ressembler au premier homme que tu verras .

Or , messire Gauvain n'avait pas chevauché

une lieue galloise , qu'il croisa le nain et sa mie . Dès qu'il aperçut la demoiselle , il se rappela la leçon qu'il venait de s'attirer et s'empressa de la saluer :

- Que Dieu vous donne joie , et à votre compagnie !- Que Dieu vous donne bonne aventure !

répliquèrent courtoisement le nain et la demoiselle.

Et , à peine l'avaient -

ils

dépassé

, le

nain sentit qu'il reprenait

sa

première forme

et

devint un jeune homme de vingt

deux ans

droit

haut

et

large d'épaules

si

bien qu'il lui fallut ôter ses armes qui n'étaient plus

sa

taille

Quand elle vit son ami retrouver ainsi

sa

beauté

la

demoiselle lui jeta ses bras

au

col

et le

baisa plus de cent fois de suite

; et

tous deux remer-

cièrent Notre Seigneur

s'en furent

grande joie

bénissant

le

chevalier qui leur avait ainsi porté bonheur

Cependant messire Gauvain n'avait pas chevauché trois traits d'arc qu'il sentit les manches

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