LA PRISON D'AIR
quand je m'éveillai , je me trouvai sur un
lit
magnifique
dans
la
plus belle
et la
plus close chambre qui ait jamais été
Ha
dame
lui
dis
je ,
vous m'avez trompé
Maintenant que
deviendrai
je
si
vous
ne
restez céans avec moi
Beau doux ami
j'y serai souvent
et
vous me tiendrez dans vos bras
car vous
m'aurez désormais prête
votre plaisir
Et
n'est guère
de
jour
ni
de
nuit que
je
n'aie
sa
compagnie
en
effet
Et
je
suis plus fol que jamais
car
je
l'aime plus que ma liberté
- Beau sire
j'en
ai
grand chagrin
et le
roi mon oncle
qu'en pensera
-t-il
quand
le
saura
lui qui vous fait chercher par toutes terres
et
pays
le
lui faudra souffrir
car
ne me verra jamais plus
, ni
moi lui
, et
nul après vous
ne
me parlera
Or retournez
vous
en .
Saluez pour moi le roi et madame la reine et tous les barons
et
contez
leur mon aventure
Vous les trouverez
Carduel en Galles
Et ne vous désespérez pas de
ce
qui vous est advenu
Vous retrouverez
la
demoiselle qui vous
enchanté
fois n'oubliez pas de
la
saluer
car
ce
serait folie
Allez
Dieu
et
que Notre Sire garde
roi Artus
et le
royaume de Logres
et
vous
et
tous les barons
comme
la
meilleure gent qui oncques fut
Telles furent les dernières paroles
de
l'enchanteur
Et
le
nain Gauvain se remit en route
MERLIN L'ENCHANTEUR
vers Carduel , heureux ensemble et dolent , heu-
reux de ce que Merlin
lui
prédisait
fin
de
son aventure
dolent de
ce
que son ami fût ainsi perdu
toujours
Quand
traversa
forêt où
avait croisé
la
demoiselle qui lui avait jeté
ce
mauvais sort
craignit
si
fort
de la
rencontrer
de
ne
pas
la
saluer
qu'il ôta son heaume pour mieux voir
aperçut ainsi
travers les buissons deux chevaliers
pied qui avaient attaché les rênes de leurs chevaux
leurs lances fichées en terre
ils
tenaient sur
le
sol par les jambes
et
les mains une demoiselle qui
se
tordait pour leur échapper
faisaient semblant de
la
vouloir forcer
Aussitôt
avança
lance sur feutre
et
leur cria
Vous méritez
la
mort
de faire ainsi violence
une demoiselle sur
la
terre du roi Artus
Ne savez
vous qu'elles
sont assurées contre tous
Ha
Gauvain
s'écria
la
pucelle
main tenant
je
verrai s'il
assez de prouesse
en
vous pour que vous me délivriez
de
cette honte
ces mots
les chevaliers lacèrent leurs heaumes
GAUVAIN GUÉRI mort !-
Par Dieu , fol nain contrefait vous étes
Si ridicule chose que je sois , montez , car il me semblerait vil d'attaquer à cheval des hommes à pieds .
- Vous fiez - vous donc tant à votre force ?
- Je me
fie
tant
en
Dieu
que
je
m'assure que vous n'outragerez plus jamais
ni
dame
demoiselle en la terre du roi Artus
Et ,
ce
disant
se
jette sur eux
et
les combat
si
adroitement que bientôt l'un d'eux gît
déjà
courait sus
l'autre
lorsque
la
demoiselle lui cria
-- Messire Gauvain
n'en faites pas plus
Pour l'amour
de
vous
, je
m'arrêterai donc
répondit
-il,
et
que Dieu vous donne bonne aventure
vous
toutes les demoiselles du
monde
Mais
si
n'était votre prière
je
les
tuerais
car
ils
vous ont fait trop de honte
et à
moi trop
de
vilenie
en
m'appelant nain contrefait
ces mots
, la
demoiselle
les deux chevaliers
se
mirent
rire
, et
elle lui dit
vous
Qui vous guérirait
que lui donneriez-
Ha
si
c'était possible
moi
même premiè-
rement
et
ensuite tout
ce
que
je
peux avoir
au
monde
Je
ne
vous
en
demande pas tant
mais seulement que vous fassiez serment
de
toujours
aider et secourir les dames , et de les saluer quand vous les rencontrerez .
-Je le jure sur ma foi, de bon cœur .
- Elı bien, je prends votre serment ; mais
sachez que si vous y manquez jamais vous reviendrez en l'état où vous étes présentement . Et comme elle disait ces mots, messire Gau-
vain sentit ses membres s'allonger ,
les
courroies dont
avait lié son haubert
et
ses chausses rompirent
et
reprit
sa
forme première
Aussitôt
descendit
de
son destrier
et
s'agenouilla devant
demoiselle
en
lui disant qu'il serait son chevalier désormais
Dont elle
le
remercia en
le
rele-
vant par
la
main
Après quoi tous
séparèrent en se recommandant
Dieu
Messire Gauvain arriva
Carduel en même
temps que les chevaliers qui étaient partis en
sa
compagnie pour quêter Merlin
, et
qui revenaient comme lui après
un
an et
un
jour
Le roi les reçut
grande joie
, et
tous dirent leurs aventures dont les barons s'émerveillèrent beaucoup
Quand vint
le
tour
de
monseigneur Gauvain
le
roi fut très dolent d'apprendre l'enserrement
de
Merlin
mais joyeux
de
savoir comment son