‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 8 sur 100 · NAISSANCE DE MERLIN · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE MERLIN

Cependant , le temps vint où sa grossesse ne

se put plus cacher . Et les autres femmes , en regardant ses flancs , lui demandaient qui l'avait ainsi engrossée .

- Que Dieu me refuse une heureuse déli-

vrance , si je le sais !

- Avez - vous donc connu tant d'hommes ? -- Que Dieu ne m'accorde jamais d'être délivrée , si un homme , à ma connaissance , m'a approchée !

- Belle amie , disaient les femmes en se signant , sans doute vous aimez mieux que vousmême celui qui vous a fait cela, puisque vous ne le voulez accuser . Mais c'est grand dommage pour vous , car, lorsque les juges le sauront , il vous faudra mourir .

En ce temps -là, en effet, quand une femme était convaincue de débauche , si elle ne consen-

tait à devenir fille commune , on en faisait jus-

tice . Aussi fut-elle bientôt appelée devant les juges . Mais , comme

ils

pensèrent que l'enfant n'avait commis nulle faute

et

qu'il

devait pas

être puni pour

le

péché

de la

mère

ils

résolurent qu'elle

ne

serait pas jugée avant qu'il fût

né .

MERLIN L'ENCHANTEUR

l'enfermèrent dans une forte tour en com-

pagnie de deux femmes , les plus sages qu'on put trouver, pour l'aider le moment venu , et toutes les ouvertures furent murées , sauf une petite fenêtre au sommet , par où elles tiraient au moyen d'une corde ce dont il était besoin . Et c'est là que la demoiselle eut son enfant quand il plut à Dieu .

En le recevant , les commères eurent grand'peur parce qu'il était plus velu que jamais nouveau -né n'a été. Et lorsqu'elle le vit ainsi , la mère se signa et leur commanda de le descendre sur -le-champ pour qu'il fût baptisé .

-Et quel nom voulez -vous lui donner ?

Celui de son aïeul maternel .

C'est ainsi qu'il fut appelé Merlin . Après quoi on le rendit à sa mère pour qu'elle

le nourrît , car nulle autre femme n'eût osé

allaiter un enfant si poilu et qui , à neuf mois ,

semblait déjà âgé de deux ans . Or, quand il fut sevré , les deux femmes déclarèrent à sa mère qu'elles ne pouvaient

demeurer dans la tour davantage .

-- Hélas ! sitôt que vous serez sorties , on fera justice de moi !

-Nous n'en pouvons mais , répondirent -elles . Sur quoi la mère se mit à pleurer amèrement et à se lamenter .

Beau fils , disait -elle en prenant son enfant

dans ses bras , je recevrai la mort à cause de

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