‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 9 sur 100 · LE NOURRISSON QUI PARLE · texte numérisé non relu

LE NOURRISSON QUI PARLE

vous , et pourtant je ne l'ai pas méritée , mais qui voudrait croire la vérité ?

A ces mots , le poupon la regarda en riant et lui répondit :

Tu ne mourras pas de mon fait . En entendant parler son enfant au maillot , la mère fut si ébahie , qu'elle ouvrit les mains et le laissa choir . Il se mit à vagir et à hurler , et les commères accoururent , croyant qu'elle avait voulu le tuer . Mais elle les détrompa en leur expliquant la merveille . Alors elles prirent le poupon ; pourtant elles eurent beau l'interroger : elles n'en tirèrent mot. A la

fin ,

sur

le

conseil

de la

mère

elles feignirent

de la

rudoyer et elles lui dirent durement

- Quel malheur que votre beau corps doive être brûlé pour cette créature

vaudrait bien mieux que cet enfant

ne

fût jamais

né !

- Vous mentez

cria tout

coup

le

nourrisson

et

dites

ce

que ma mère vous fait dire

Laissez

la

en

paix

vous êtes plus folles

et

plus pécheresses qu'elle

Nul

ne

sera assez hardi

tant que

je

vivrai

pour faire justice d'elle

hors Dieu

Voilà les commères

émerveillées

leur tour

qui s'empressent

de

courir

à la

fenêtre

et

d'annoncer aux gens du dehors

la

nouvelle du poupon qui parlait

Le bruit en vint tôt aux oreilles du juge qui

fit

amener

la

mère pour

la

juger

Naturellement

elle eut beau lui répéter que nul homme

ne

l'avait approchée

n'en

MERLIN L'ENCHANTEUR

voulut rien croire, et il allait la condamner ,

lorsqu'on entendit le petit Merlin , qu'elle tenait dans ses bras , s'écrier :

- Ce n'est pas de si tòt qu'elle sera brûlée !

Car si l'on condamnait au feu tous ceux et celles qui se sont abandonnés à d'autres que leurs femmes et leurs maris , il ne serait guère de gens

qui n'y dussent aller

Je le

ferais bien voir

si je

voulais

Et

je

connais mieux mon père

que vous

le

vôtre

et

votre mère sait mieux de qui elle vous

conçu

que

la

mienne

ne

sait qui

m'a engendré

ces mots

le

juge fut tout ébahi

mais

en

même temps fort courroucé

, etil

envoya quérir

sa

propre mère sur

le -

champ

déclarant que

, si

Merlin

ne

prouvait

ce

qu'il osait avancer

serait brûlé avec la sienne

Si

vous m'en croyiez

dit l'enfant

vous laisseriez aller ma mère et ne feriez aucune

enquête sur

la

vôtre

- Tu

ne

te

sauveras pas

si

facilement

répliqua

le

juge

Mère

demanda

-t-il

quand

la

dame fut arrivée

ne

suis

fils

de

votre loyal époux

- Par Dieu

beau fils

de

qui seriez

vous donc

né ,

sinon de mon seigneur qui est mort

- Dame

dame

reprit l'enfant

faut confesser la vérité

- Diable

Satan

dame

en

se

signant

est

ce

que

je

ne la

dis pas

LE NOURRISSON BIEN DISANT -- Non , car vous savez bien que votre fils est

né d'un prêtre , à telles enseignes que la première

fois que vous vous unîtes à celui-ci , vous lui

dîtes que vous craigniez beaucoup d'être engrossée, parce que votre mari était loin de vous à cette époque . Est- ce vrai ?

--- Beau fils , dit la dame , vas -tu croire ce que raconte ce diable ?

- Si cela ne suffit pas , reprit l'enfant , je vous dirai encore ceci . Lorsque vous vous sentîtes grosse , le prêtre courut le pays à la recherche de votre époux et

fit

tant

et si

bien qu'il

le

décida

coucher avec vous

Grâce

quoi votre seigneur

ne

douta point que l'enfant

ne

fût

de

son sang

En entendant cela

dame fut

si

troublée qu'elle dut s'asseoir

Son fils alors

la

regarda

- Quel que soit mon père

lui dit

-il, je

suis votre fils

vous traiterai comme tel

Avouez donc la vérité

- Pour Dieu

beau fils

grâce

Je

ne le

puis celer

en

été comme cet enfant dit

avait donc raison

de

prétendre qu'il

savait mieux quel était son père que moi quel

était

le

mien

, et

serait pas juste que

je

condamnasse

sa

mère quand

je

ne

condamne pas

la

mienne

Mais

le

juge

Merlin

au

nom de Dieu

et

pour ton honneur

et

afin que

je

puisse disculper devant

peuple celle dont

tu

es

né ,

déclare

moi qui t'a engendré

MERLIN L'ENCHANTEUR - Eh bien, je suis le fils d'un Ennemi qui trompa ma mère . Et sache que ces Ennemis ont nom incubes et habitent dans les airs . Dieu a

permis que j'eusse leur science infuse et leur mémoire , et je sais comme eux les choses faites

et dites et passées ; mais , de plus , à cause de la bonté de ma mère , de son repentir et de pénitence , Notre Sire a permis que je connusse également les choses à venir . Ainsi puis -je te révéler que ta mère , en s'en allant , contera au prêtre qui t'engendra ce que je t'ai dit . Et, en apprenant que tu sais tout , il aura si grande peur qu'il s'enfuira , et le diable le conduira à un étang où il se noiera .

Ainsi en advint -il .

Cependant la mère de Merlin se retira dans un monastère éloigné où elle vécut très saintement , et l'enfant grandit tranquillement auprès d'elle jusqu'à l'âge de sept ans .

En ce temps -là, il y avait en Bretagne un roi du nom de Constant , qui avait deux jeunes

enfants , appelés Moine et Uter Pendragon .

Lorsqu'il mourut , son sénéchal

traîtreusement mettre

mort

le

petit Moine

et

se fit

couronner roi

sa

place

gouvernait

si

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