LE NOURRISSON QUI PARLE
vous , et pourtant je ne l'ai pas méritée , mais qui voudrait croire la vérité ?
A ces mots , le poupon la regarda en riant et lui répondit :
Tu ne mourras pas de mon fait . En entendant parler son enfant au maillot , la mère fut si ébahie , qu'elle ouvrit les mains et le laissa choir . Il se mit à vagir et à hurler , et les commères accoururent , croyant qu'elle avait voulu le tuer . Mais elle les détrompa en leur expliquant la merveille . Alors elles prirent le poupon ; pourtant elles eurent beau l'interroger : elles n'en tirèrent mot. A la
fin ,
sur
le
conseil
de la
mère
elles feignirent
de la
rudoyer et elles lui dirent durement
- Quel malheur que votre beau corps doive être brûlé pour cette créature
vaudrait bien mieux que cet enfant
ne
fût jamais
né !
- Vous mentez
cria tout
coup
le
nourrisson
et
dites
ce
que ma mère vous fait dire
Laissez
la
en
paix
vous êtes plus folles
et
plus pécheresses qu'elle
Nul
ne
sera assez hardi
tant que
je
vivrai
pour faire justice d'elle
hors Dieu
Voilà les commères
émerveillées
leur tour
qui s'empressent
de
courir
à la
fenêtre
et
d'annoncer aux gens du dehors
la
nouvelle du poupon qui parlait
Le bruit en vint tôt aux oreilles du juge qui
fit
amener
la
mère pour
la
juger
Naturellement
elle eut beau lui répéter que nul homme
ne
l'avait approchée
n'en
MERLIN L'ENCHANTEUR
voulut rien croire, et il allait la condamner ,
lorsqu'on entendit le petit Merlin , qu'elle tenait dans ses bras , s'écrier :
- Ce n'est pas de si tòt qu'elle sera brûlée !
Car si l'on condamnait au feu tous ceux et celles qui se sont abandonnés à d'autres que leurs femmes et leurs maris , il ne serait guère de gens
qui n'y dussent aller
Je le
ferais bien voir
si je
voulais
Et
je
connais mieux mon père
que vous
le
vôtre
et
votre mère sait mieux de qui elle vous
conçu
que
la
mienne
ne
sait qui
m'a engendré
ces mots
le
juge fut tout ébahi
mais
en
même temps fort courroucé
, etil
envoya quérir
sa
propre mère sur
le -
champ
déclarant que
, si
Merlin
ne
prouvait
ce
qu'il osait avancer
serait brûlé avec la sienne
Si
vous m'en croyiez
dit l'enfant
vous laisseriez aller ma mère et ne feriez aucune
enquête sur
la
vôtre
- Tu
ne
te
sauveras pas
si
facilement
répliqua
le
juge
Mère
demanda
-t-il
quand
la
dame fut arrivée
ne
suis
fils
de
votre loyal époux
- Par Dieu
beau fils
de
qui seriez
vous donc
né ,
sinon de mon seigneur qui est mort
- Dame
dame
reprit l'enfant
faut confesser la vérité
- Diable
Satan
dame
en
se
signant
est
ce
que
je
ne la
dis pas
LE NOURRISSON BIEN DISANT -- Non , car vous savez bien que votre fils est
né d'un prêtre , à telles enseignes que la première
fois que vous vous unîtes à celui-ci , vous lui
dîtes que vous craigniez beaucoup d'être engrossée, parce que votre mari était loin de vous à cette époque . Est- ce vrai ?
--- Beau fils , dit la dame , vas -tu croire ce que raconte ce diable ?
- Si cela ne suffit pas , reprit l'enfant , je vous dirai encore ceci . Lorsque vous vous sentîtes grosse , le prêtre courut le pays à la recherche de votre époux et
fit
tant
et si
bien qu'il
le
décida
coucher avec vous
Grâce
quoi votre seigneur
ne
douta point que l'enfant
ne
fût
de
son sang
En entendant cela
dame fut
si
troublée qu'elle dut s'asseoir
Son fils alors
la
regarda
- Quel que soit mon père
lui dit
-il, je
suis votre fils
vous traiterai comme tel
Avouez donc la vérité
- Pour Dieu
beau fils
grâce
Je
ne le
puis celer
en
été comme cet enfant dit
avait donc raison
de
prétendre qu'il
savait mieux quel était son père que moi quel
était
le
mien
, et
serait pas juste que
je
condamnasse
sa
mère quand
je
ne
condamne pas
la
mienne
Mais
le
juge
Merlin
au
nom de Dieu
et
pour ton honneur
et
afin que
je
puisse disculper devant
peuple celle dont
tu
es
né ,
déclare
moi qui t'a engendré
MERLIN L'ENCHANTEUR - Eh bien, je suis le fils d'un Ennemi qui trompa ma mère . Et sache que ces Ennemis ont nom incubes et habitent dans les airs . Dieu a
permis que j'eusse leur science infuse et leur mémoire , et je sais comme eux les choses faites
et dites et passées ; mais , de plus , à cause de la bonté de ma mère , de son repentir et de pénitence , Notre Sire a permis que je connusse également les choses à venir . Ainsi puis -je te révéler que ta mère , en s'en allant , contera au prêtre qui t'engendra ce que je t'ai dit . Et, en apprenant que tu sais tout , il aura si grande peur qu'il s'enfuira , et le diable le conduira à un étang où il se noiera .
Ainsi en advint -il .
Cependant la mère de Merlin se retira dans un monastère éloigné où elle vécut très saintement , et l'enfant grandit tranquillement auprès d'elle jusqu'à l'âge de sept ans .
En ce temps -là, il y avait en Bretagne un roi du nom de Constant , qui avait deux jeunes
enfants , appelés Moine et Uter Pendragon .
Lorsqu'il mourut , son sénéchal
traîtreusement mettre
mort
le
petit Moine
et
se fit
couronner roi
sa
place
gouvernait
si