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LES LÉVRIERS DÉSENCHANTÉS

gens se hâtèrent de lui ôter son heaume et de l'arroser d'eau froide, si bien qu'il reprit ses

sens ; puis les médecins lui bandèrent et soignèrent ses plaies comme

savent faire

, etil

souffrit tout

de

grand courage

Cependant

, la

nuit était venue

, et

au

moment même où Saraide désenchantait Lionel

Bohor bien loin de

là ,

les deux lévriers qui

en

avaient

la

semblance reprenaient leur forme première dans

le

palais

de

Claudas

au

grand ébahissement de tout

le

monde

et

du roi lui-

mème

Lorsqu'il vit tout

coup deux chiens

la

place des princes qu'on venait d'amener

Pharien sentit une telle angoisse en son cœur que pour un peu

en

fût mort

- Ha

sire Claudas

s'écria

-t-il,

vous aviez juré de me rendre les fils du roi Bohor

, et

vous me baillez ces lévriers

Hélas

répondit

le

roi

ce

sont les deux lévriers que

la

demoiselle amena devant moi tantôt

et je

vois bien qu'elle

enlevé les enfants par enchantement

Beau doux ami

ne

m'accusez pas

je

suis prêt

me rendre votre prisonnier sur parole

et à

vous servir d'otage jusqu'à

ce

que vous ayez nouvelles croyables

de

Lionel

et

de

Bohor

Mais jurez sur votre foi de me garantir jusque

là .

Pharien hésitait

car

craignait de

ne

pou-

voir protéger

le

roi contre son neveu Lambègue qui

le

haïssait

mort

, ni

peut

être contre les

MERLIN L'ENCHANTEUR

gens de Gannes et de Benoïc qui ne l'aimaient guère , et il pensait que , s'il arrivait malheur à Claudas après qu'il l'aurait pris sous sa garde ,

il en serait déshonoré à jamais . Aussi voulut -il consulter les barons avant de s'engager , et il fut sur la place leur soumettre le cas . Il faisait nuit , mais on avait allumé tant de torches et de lan-

ternes qu'on y voyait comme en plein jour .

Comment , bel oncle , s'écria Lambègue

après que Pharien eutparlé , vous voulez prendre

sous votre garde le traitre qui a tué nos seigneurs liges et qui jadis vous a tant méfait à vous -même ? Si le peuple savait ce que je sais ,

vous ne seriez certes pas écouté !

- Beau neveu , que tu aies si peu de raison , je n'en suis pas surpris : grand sens et grande prouesse ne font pas bon ménage , à l'âge que tu

as . Toutefois , afin que tu voies un peu plus clair au miroir de sagesse , je t'enseignerai ceci :

à la bataille , n'attends personne et pique des éperons le premier pour accomplir, si tu peux , un beau coup ; mais au conseil , tant que tu

seras jeune , garde de faire entendre tes avis avant que tes anciens aient parlé ; ces prud'-

hommes qui m'entourent savent mieux que toi où est raison . Je ne vois parmi eux nul baron qui n'ait rendu à Claudas , de bon gré ou de force ,

foi et

hommage

mains jointes

, et

qui

ne

doive par conséquent garder

le

corps du roi

et

en

défendre

la

vie comme

la

sienne propre

Car

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