‹ Les romans de la table ronde, nouvellement rédigés. Préf de Joseph BédierChapitre 32 sur 67 · DÉLIVRANCE DE JOSEPH · texte numérisé non relu

DÉLIVRANCE DE JOSEPH

puis il porta le linge dans la chambre où son fils était emmuré. Et^ sitôt qu'il eut vu la «emblance de Notre Seigneur, que Ton appela plus tard la Véronique, Vespasianus se trouva aussi sain de corps que s'il n'eût jamais été souf* frant.

« Alors il partit pour la Judée où il fit occire tant de juifs que je n'en sais le compte.. Quand elle apprit cela, la femme de Joseph d'Arimathie vint lui conter comment son mari avait disparu. Mais Vespasianus avait beau brûler des juifs, ceux-ci ne voulaient rien dire. A la fin, pom-tant, il y en eut un qui confessa la vérité et qui le mena devant le piher. Le fils de r-empereur s'y fit descendre lui-même, par une corde, et il y trouva Joseph au milieu de la plus grande clarté du monde, qui lui dit tranquillement :

u — Bien venu sois-tu, Vespasianus I

« — Qui es-tu, toi qui me nommes?

,( ^^ Je suis Joseph d'Arimathie.

u — . Et qui t'apprit mon nom?

« — Celui qui sait toutes choses, Celui qui t'a guéri. 8i tu voulais, je t'enseignerais à Le connaître et à croire en Lui.

u Vespasianus consentit, et Joseph lui conta comment, au temps de l'empereur Augustin César, il advint que Dieu envoya son ange à une pucelle qui avait nom Marie, à qui il annonça qu'elle serait enceinte sans péché

98 MERLIN L'ENGHAINTEUR

du Fils de Dieu; et comment elle répondit : « Notre Sire fasse de moi sa volonté comme « de sa chambrière! » et comment, étant venue à son terme, elle enfanta un beau valet qui eut nom Jésus-Christ; et comment il fut mis en croix et ressuscita. Si bien que Vespasianus fut converti. Aussi, en sortant du pilier avec Joseph, il se mit à vendre à tous ceux qui en voulurent des juifs à raison de trente pour un denier.

« En voyant Joseph vivant, et plus jeune de corps qu'au jour de sa réclusion, trente ans plus tôt, tout le monde s'émerveilla; et lui, il s'étonnait de leur étonnement, car il lui semblait que sa prison n'avait duré que du vendredi au dimanche. Sa femme accourut pour le baiser : il la regarda curieusement, pai>ce qu'il la trouvait vraiment fort changée. La nuit il entendit une \oïx qui lui commandait de se faire baptiser, puis de partir avec sa femme, ses fils et tous ses parents, sans p.vendre ni or, ni argent, ni chaussure, ni rien autre que sa sainte écuelle. Et, en effet, dès le lendemain, il manda les siens et les convertit; puis il s'en fut avec eux, emportant le vase très précieux dans une arche qu'il leur avait ordonné de construire, vers de lointaines terres qu'il convertit à Jésus- Christ.

EVALAC LE MECONNU 99

<i Un soir, il arriva dans une cité que Ton appelait Sarras; de là sont sortis les Sarrasins : car il ne faut pas croire ceux qui pi'étendent qu'ils sont issus de Sarah, la femme d'Abraham. En cette ville régnait un roi nommé Evalac le Méconnu. Joseph fut arrêté et conduit devant lui; mais, ayant demandé de lui parler en particulier, il lui dit :

u — Le Dieu des chrétiens te mande de te « rappeler qui tu es et d'où tu es parti pour « arriver à cette hautesse où tu te trouves. Tu u penses que nul ne connaît ton lignage, mais « je sais que tu es né à Meaux en France et que « ton père était un pauvre savetier. Et je sais « aussi, par la grâce du Haut Maître à qui rien « n'est celé, que tu gardes à côté de ta chambre, « dans une cachette dont nul homme mortel ne « pourrait trouver lentrée, une statue de bois u en forme de la plus belle femme qu'on ait " jamais vue; et chaque nuit tu la couches u auprès de toi, et tu honnis la reine ta femme u au moyen de cette vaine image. »

« A ces mots, le roi Evalac fut si émerveillé qu'il voulut connaître la vraie Vérité de Dîeu,

et Joseph l'instruisit; puis, après avoir fait brûler l'idole dont le roi était épris, il baptisa Evalac sous le nom de Mordrain; et de même le duc Séraphe, beau-frère du roi, sous le nom de Nascien. Et, la nuit de ce jour, il vit Notre Sire lui-même sacrer évéque son fils aîné, Josephé.

« Le lendemain, Tévêque Josephé, fils de Joseph, entra dans le temple de Sarras. 11 s'approcha d'une idole païenne qui était sur l'autel et lui fit le signe de la vraie croix sur la face, puis il la conjura tant, que le diable qui s'y trouvait commença.de crier qu'il s'en irait volon* tiers, mais qu'il ne le pouvait par la bouche à cause du signe de croix.

" — Va-t'en par le bas! ordonna Josephé.

« Et, au moment que l'Ennemi sortait par là, il lui jeta sa ceinture autour du cou; puis il le traîna de force par la ville.

« Le diable hurla si haut que tous les bourgeois et les artisans accoumrent. Josephé, alors, défit sa ceinture et, prenant le démon par les cheveux, il lui ordonna d'avouer qui il était : l'autre confessa qu'il avait nom Aselaphas, et qu'il avait pour mission de capter les gens en leur donnant des nouvelles fausses. Aussitôt ceux de la ville qui entendirent ces paroles coururent au baptême, et le roi Mordrain fit crier un bati ordonnant que tous ceux qui ne voudraient se faire chrétiens eussent à déguerpir de sa tene. Et

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