‹ Les romans de la table ronde, nouvellement rédigés. Préf de Joseph BédierChapitre 37 sur 67 · LA NEF DE SALOMON · texte numérisé non relu

LA NEF DE SALOMON

« épée, comme la Vierge qui est à venir amen- « dera le méfait de notre première mère. •>

« Ainsi fut fait, et, six mois plus tard, le navire était construit. L'épée y fut posée sur un lit magnifique; mais la dame déclara qu'il manquait encore quelque chose. Elle commanda aux charpentiers d'aller couper dans l'arbre de vie et dans ceux qui en étaient issus un fuseau rouge, un fuseau blanc et un fuseau vert. Et aux premiers coups de coignée qu'ils donnèrent, ils virent les arbres saigner, dont ils furent très épouvantés ; mais la dame exigea qu'ils achevassent leur besogne. Et les fuseaux furent plantés sur les côtés du lit; puis Salomon grava sur la lame et le fourreau les lettres qui interdisaient de dégainer l'épée à tout chevalier qui ne serait pas le meilleur des meilleurs; enfin il glissa sous le chevet un bref où il expliquait la signifiance de la nef et de tout, et qui commençait ainsi :

« O chevalier, qui seras le dernier de mon lignage, si tu veux être en paix, garde- toi des femmes sur toute chose. Si tu les crois, ni sens, ni prouesse, ni chevalerie ne te garantiront d'être honni.

« Quand tout fut achevé de la sorte, on mit la nef à l'eau. Et bientôt la brise en frappa les voiles, et en peu d'heures l'éloigna de la rive et

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l'emporta vers la haute mer. Et personne ne la vit plus avant Nascien*

« Or, tandis qu'il s'émerveillait a regarder sur la nef de Salomon le lit, les fuseaux et l'épée, un grand vent s'était levé, qui devint tôt une tempête félonne et cruelle, si bien que la nef se trouva emportée à toute vitesse au milieu de la mer furieuse. La tourmente dura huit jours, durant lesquels Nascien ne vit terre de près ni de loin et pensa que le navire allait chavirer sens dessus dessous ; pourtant il ne cessa d'adorer Dieu, de manière qu'il ne sentit ni la faim ni la soif. Le neuvième, la mer redevint coite et paisible, et Nascien s'endormit. Il crut voir en songe un homme vêtu de rouge, qui l'appelait :

« — Nascien, sache que jamais tu ne revien- (( dras plus en ton pays et que tu resteras, et a tes enfants après toi, dans la terre d'Occident u où tu vas. Quand trois cents ans se seront « écoulés, le dôi-nier homme de ton lignage c< remontera dans la nef de ton ancêtre Salomon « pour rapporter à Sarras le saint vase qu'on « appelle le Graal. Et ce sei^a le neuvième de

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