‹ Les romans de la table ronde, nouvellement rédigés. Préf de Joseph BédierChapitre 38 sur 67 · SONGE DE NA8C1EN · texte numérisé non relu

SONGE DE NA8C1EN

« tes descendants après ton fils Galaad. Le pre-

»< mier sera roi, bon chevalier et prud'homme,

« et aura nom Narpus; le second sera appelé

> Nascien, comme toi; le tiers, Hélain le Gros;

le quart, Isaïe; le cinquième, Jonan : il exal-

« tera fort sainte Éj^lise, et donnera à son frère

^< toute sa terre, puis il épousera la fille du roi

« de Gaule; le sixième, son fils Lancelot, sera

« couronné au ciel comme sur la terre, car en

" lui hébergeront la pitié et la charité : et sache

« qu'il aimera de pur amour une dame, la plus

« belle qui soit en Bretagne, et la meilleure,

« et la plus sainte, dont le mari le tuera par

« surprise durant qu'il boira dans une fontaine ;

« et le septième de ton lignage après Gelidoine

" sera le roi Ban ; et le huitième aura nom Lan-

M celot encore : ce sera lui qui endurera le plus

u de peines et de travaux, mais il sera chaud et

« luxurieux comme chien jusqu'à l'approche de

M sa mort, qu'il s'amendera; quant au neu-

M vième, trouble en son origine, mais si clair et

M si net ensuite que Jésus-Christ en lui se bai-

« gnera tout nu, et si doux et délicieux à boire

« qu'à peine s'en pourrait-on rassasier, il aura

u nom Galaad, et il passera en chevalerie

M terrienne et céleste tous ceux qui l'auront

« précédé, et mettra fin aux temps aventu-

« reux. »

u Ainsi songeait Nascien en dormant. Quand

le jour fut beau et clair, il se x^é veilla. Long-

temps il erra siir la nef, où maintes aventures lui arrivèrent. Un soir, enfin, il aborda dans un port : c'était celui où Joseph d'Arimathie et ses compagnons avaient atterri, en Grande Bretagne, non loin de la cité d'Oxford.

« Ils l'accueillirent à grande joie, et le cinquième jour, faute de vivres, ils partirent tous ensemble, emportant l'arche du Saint Graal, et arrivèrent sur l'heure de tierce à la ville de Galafort.

« Quand le duc de ce pays, qui avait nom Ganor, les vit ainsi venir nu-pieds, vêtus de pauvres habits, il fut tout ébahi, et bien plus encore quand il apprit qu'ils étaient riches hommes en leur pays et qu'ils avaient tout laissé pour l'amour de Jésus-Christ. Il manda ses clercs et maîtres es lois sarrasinoises et dit à l'évêque Josephé qu'il voulait l'entendre défendre sa foi contre eux. Alors Josephé pria la Glorieuse Vierge Marie de ne pas laisser parler ceux qui oseraient s'élever contre elle : en sorte que les païens ne purent que crier et braire, prendre leur langue à deux mains, la dépecer et l'arracher. Le duc, à cette vue, fut si touché

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