‹ Les romans de la table ronde, nouvellement rédigés. Préf de Joseph BédierChapitre 39 sur 67 · CONVERSION DE LA BRETAGNE · texte numérisé non relu

CONVERSION DE LA BRETAGNE

de la grâce de Dieu qu'il requit ohrérienté surle-champ, et avec lui tous ceux qui étaient dans la salle. Josephé les baptisa, tant hommes que femmes, dans une grande cuve pleine d'eau qu'il bénit de sa main, et il n'y eut bientôt plus personne dans la ville qui n'eût reçu la foi de Notre Seigneur.

« A cette nouvelle, le roi de Northumberand, qui était le seigneur lige de Ganor, fut très courroucé. Il assembla ses barons et fut assiéger Galafort. Mais le duc fit une sortie, où, avec l'aide du chevaher Jésus, Nascien trancha la tète au roi de Noitbumberland dont les hommes s'enfuirent. Et en mémoire de leur première victoire en Bretagne, les chrétiens bâtirent une église à Notre Dame. Le dernier fils de Joseph d'Arimathie, qui naquit durant qu'on la parfaisait, y fut baptisé, et on l'appela Alain.

u Alors l'évoque Josephé paitit avec son père et ses cent cinquante compagnons, emportant le Saint Graal, et ils furent prêcher çà et là, tant qu'ils convertirent les gens de Northumberland; après quoi ils entrèrent au royaume de Norgalles. Mais le roi Crudel, qui fut le plus félon et déloyal païen de tout l'univers, les fit prendre et enfermer dans une chartre, sous terre, où il défendit de leur donner rien à boire ni à manger.

a Or, la nrréme nuit, le roi Mordrain, qui était

demeuré à SaiTas, eut un songe : il lui fut avis qu'il voyait Notre- Seigneur tout dolent et souffrant, qui lui commandait de s'embarquer avec sa famille et la femme de Nascien et tous ses hommes, et d'aller en Grande Bretagne pour le venger du roi Crudel. Ainsi fit-il, et, quand il aborda près de Galafoit avec son armée, il rencontra Nascien qui venait au-devant de lui, ayant été averti de sa venue. Tous deux marchèrent avec les chevaliers de Sarras, de Galafort et de Northumberland contre le roi Crudel qui fut défait et tué. Et ils trouvèrent Josephé et son père Joseph avec leur compagnie en fort bon point dans leur chartre : car Dieu avait voulu qu'ils vécussent de la grâce du Graal durant les quarante jours de leur prison, en toute aise et confort.

« Mais, peu après, il arriva une grande merveille. Une nuit qu'il ne pouvait dormir, le roi Mordrain fut pris d'une curiosité si vive de voir le Graal, qu'il n'y put résister. Il se rendit dans la chambre où le saint vase était conservé, et il lui sembla entendre autour de lui mille voix qui rendaient grâce à Notre Seigneur et un bruit d'ailes aussi fort que si tous les oiseaux du monde eussent volé là. Il s'avança vers le Graal et souleva la patène pour regarder le précieux sang. Mais, dans le même moment, il aperçut devant lui un ange au visage ardent comme la

Î.E ROI MEHAIGNÉ llf

foudre, qui lui perça les deux cuisses d'un

coup de lance.

« — Roi Mordra in, tu es trop hardi. Jamais les mei'veilles du Saint Graal ne seront vues par aucun homme mortel, hors im seul, qui sem le vrai chevalier de Jésus- Christ et par qui la chevalerie terrienne deviendra céleste. Et sache que lui seul te pourra guérir en t'oignant du sang qui coulera de cette lance, lorsqu'il sera entré ici. »

« Désormais Mordi-ain fut nommé le roi

mehaigné.

if Joseph repartit pour prêcher avec Josepbé et sa parenté, et longtemps tout alla bien pour eux. Mais il advint que Dieu leur envoya toutes sortes de maux à cause d'un mauvais péché que faisaient beaucoup de leurs compagnons, et qui était luxure sans raison. Un jour, Joseph s'agenouilla devant le Graal et se mrt à prier en pleurant. Lors, il entendit la voix du Saint- Esprit qui lui dit :

ir — Joseph, souviens-toi que, chez Simon, « quand je dis qir*avec moi mangeait et buvait « celui qui me trahirait. Judas se retira un peu i' en arrière, et plus jamais il ne s'assit en com-

118 MERLIN L'EJNGHANTEUR

« pagnie de mes disciples. En souvenir de la « Cène, tu dresseras une table et, les nappes « mises, tu y placeras, au centre, le vase qui « contient mon sang, que tu couvriras d'un « linge. Tu t'asseoiras à la table et tu inviteras « Josephé à s'asseoir à ta droite ; mais tu verras i< qu'il s'éloignera de toi de manière à laisser u une place vide qui signifiera celle que Jésusu Christ occupa le jour de la Cène; et elle « demeurera vide jusqu^à ce que le Sauveur « revienne la prendre. Lui-même ou bien celui « qu'il enverra. Convie ta parenté. Tu leur diras « que s'ils ont bien cru au Père, au Fils et au u Saint-Esprit, et observé les commandements, w ils peuvent avoir part au repas. Sinon, ils ne « pourront même s'approcher. »

« Ainsi fut fait et tout se passa comme la Voix l'avait dit : la table fut pleine, hors l'espace entre Joseph et Josephé. Et désormais ceux qui y purent avoir place chaque jour sentirent une douceur délicieuse et l'accomplissement de leur cœur; mais les autres, qui étaient forcés de rester debout, n'éprouvaient rien que la faim : à quoi l'on connut qu'ils étaient les pécheurs.

« Or, parmi eux, il en était un, du nom de Moïse, faux, déloyal, décevant et luxurieux à merveille. Et il pleurait piteusement, jurant qu'il était sage et consciencieux, suppliant Joseph d'avoir pitié de lui et de permettre

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