LA TOMBE DE SIMÉON
airs aussi légèrement que des oiseaux et qui enlevèrent Siméon. Pour Ghanaan, il fut enseveli vivant selon le jugement, et autour de lui on enterra ses frères, chacun d'eux avec son épée, comme il sied à de bons chevaliers. Or, le lendemain, on vit que la tombe de Ghanaan flambait comme un buisson ardent, tandis que les douze épées de ses douze frères étaient dressées vers le ciel.
i< Ensuite Josephé parcourut l'Ecosse et l'Irlande, annonçant toujoure la vérité des Evangiles et envoyant ses compagnons prêcher en tous lieux la sainte loi de Jésus-Ghrist. Enfin l'évéque retourna avec son père à Galafort où il retrouva Galaad, le fils de Nascien, qui avait quinze ans et qui venait de recevoir l'ordre de chevalerie. Et comme ceux du royaume de Hocelice, qui étaient alors sans seigneur, lui demandaient de leur donner un roi, il le leur désigna.
« Une fois qu'il avait chassé tout le jour, le roi Galaad le fort se trouva seul, ses chiens perdus, à la nuit tombante, dans une lande déserte où flamboyait, au loin, un grand feu solitaire. Quand il en fut proche, il entendit la flamme l'appeler par son nom.
u — Galaad, disait-elle, je suis Siméon, ton " parent. C'est moi qui blessai Pierron et, à » cause de ce forfait, je brûlerai jusqu'à ce que « le neuvième de tes descendants me vienne
122 MERLIN I/ENGHANTEUR
u délivrer : parce qu*en lui ne flambera pas le « feu de luxure, sa présence éteindra ce bûcher. « Mais, en nom Dieu et pour alléger ma peine, « je te prie de faire bâtir ici une maison de « religion. »
« Le roi promit, et, dès le lendemain, il manda maçons et charpentiers et fonda autour de la tombe de Siméon une abbaye de la Trinité, qu'il protégea toute sa vie. Après sa mort, il y fut enseveli avec son heaume, son épée et sa couronne, dans un cercueil d'or, sous une tombe que personne ne lèvera avant celui qui doit mener à bien cette aventure. Et sachez qu'il était tant aimé des hommes de sa terre, qu'à sa mort ils changèrent le nom de Hocelice pour celui de Galles, en souvenir de lui.
« Cependant, après avoir sacré et couronné Galaad, Josephé était reparti pour Galafort. Son père y trépassa du siècle au moment qu'il y arriva, et il en fut tout dolent et déconforté. Lui-même, il était très faible à force de veiller et de jeûner, de sorte qu'il fut averti que sa mort était prochaine. Avant d'expirer il voulut revoir le roi Mordrain.
« — Sire, lui dit le roi mehaigné, quand vous aurez quitté le siècle, il me faudra demeurer tout seul d'amis jusqu'à ma délivrance; je vous prie, pour Dieu, de me laisser quelque souvenir de vous.
« Alors l'évêque fit de son propre sang une