‹ Les romans de la table ronde, nouvellement rédigés. Préf de Joseph BédierChapitre 52 sur 67 · AMOURS DE MORGANE · texte numérisé non relu

AMOURS DE MORGANE

toutes façons, comme un homme de vinfjtliuit ans ou environ, de manière qu'elle le rejjarda très volonriers. De même elle lui plut fort, si bien qu'il la pria d'amour; et, quand il s'aperçut qu'elle souffrirait de bon cœur ce dont il la voulait requérir, il commença de la prendre dans ses bras et de la baiser très doucement; puis, s'étant échauffés de la sorte comme nature le voulait, ils s'étendirent tous deux sur une couche grande et belle et firent le jeu commun, comme gens qui tous deux le désiraient : car, s'il le souhaitait, autant le souhaitait-elle.

Ainsi ils s'entr'accueillirent de grand amour, et ce soir-là ils demeurèrent longtemps ensemble; puis ils s'aimèrent longtemps sans que nul le sût. .Mais un jour la reine Guenièvre l'apprit et les sépara; dont Morgane la hait et lui fit les pires ennuis. Mais le conte à présent laisse ce propos et devise du roi Artus.

Quelque temps après qu'il eut établi la Table ronde, il rassembla ses barons et s'en fut attaquer Rion, le roi mécréant. Et, lorsque les deux armées furent en présence, il y eut encoi-e maintes merveilles d'armes et de grands mas-

sacres; mais, grâce aux chevaliers de la Table ronde et à Merlin qui portait le dragon flamboyant au milieu de la mêlée, on vit plus de païens tués que de chrétiens.

Alors le roi Rion cueillit un rameau de sycomore et, le tenant à bout de bras, galopa entre les deux armées pour les séparer; puis il cria si haut que tout le monde l'entendit :

— Roi Artus, pourquoi souffrons-nous que ta gent et la mienne se détruisent? Faisons reculer nos deux armées et combattons-nous : le vaincu se proclamera le vassal du vainqueur, et lui donnera sa barbe avec le cuir.

Artus ayant accepté, les deux rois prirent du champ, et se jetèrent l'un sur l'autre comme tempêtes. Leurs lances rompues, ils saisirent leurs épées, dont ils se déchargèrent de tels coups que bientôt ils eurent rompu les cercles de leurs heaumes et éparpillé les fleurons qui les ornaient, ainsi que les gemmes dont certaines pourtant avaient de grandes vertus. Le roi Rion était bon chevalier; mais Artus lui tua son destrier, de façon qu'il chut à terre, et il reçut au moment qu'il se relevait un grand coup sur la tête, qui le fit chanceler et retomber tout de son long en mugissant comme un taureau. Aussitôt Artus sauta de son cheval, courut à lui, lui arracha son heaume d'une seule main, si rudement qu'il en rompit les lacets, et lui coupa le cou. Ainsi périt le roi Rion.

La PFMnrviPîiv \' N\iN 171

Alors le roi Artus donna congé à ses barons, api es leur avoir fait de grandes largesses. Puis il revint à Logres où il mena bonne vie durant quelque temps.

Un jour qu'il était à son haut manger avec ses prud'hommes, une demoiselle d'une grande beauté entra dans la salle, qui tenait dans ses bras le nain le plus contrefait qu'on eût jamais vu : car il était maigre et camus, les sourcils roux et recoquillés, les cheveux gros, noirs et emmêlés, la barbe rouge et si longue qu'elle lui tombait jusques aux pieds, les épaules hautes et courbes, une grosse bosse par devant, une autre par derrière, les jambes brèves, l'échiné longue et pointue, les mains épaisses et les doigls courts.

— Sire, dit au roi la demoiselle, je viens à vous de bien loin pour réclamer un don.

— Demoiselle, demandez ce qu'il vous plaira : je vous l'octroierai, si ce n'est chose qui aille contre mon honneur et celui de mon royaume.

— Sire, je vous prié et requiers d'armer chevalier ce franc damoisel, mon ami, que je tiens dans mes bras. Il est preux, hardi et de gentil

i7« MERLIN L'ENCHANTEUR

lignage, et, s'il l'eût voulu, il eût été adoubé par le roi Pelles de Listenois; mais il a fait serment de ne l'être que par vous.

A ces mots, tout le monde se mit à rire et Keu le sénéchal, qui était moqueur et piquant en paroles, s'écria :

— Gardez-le bien, demoiselle, et tenez-le près de vous de peur qu'rl ne vous soit enlevé par les pucelles de madame la reine!

Mais à ce moment on vit entrer dans la cour du palais deux écuyers, montés sur des bons roussins; l'un portait une épée et un écu noir à trois léopards d'or couronnés d'azur, et l'autre menait en laisse un petit destrier fort bien taillé, dont le frein était d'or et les renés de soie; un sommier les suivait, chargé de deux beaux et riches coffres. Ils attachèrent leurs chevaux à un pin, ouvrirent les malles et en tirèrent un minuscule haubeit et des chausses à doubles mailles d'argent fin, puis un heaume d'argent doré, qu'ils apportèrent à la demoiselle. Elle-même sortit de son aumonière deux petits éperons d'or, enveloppés dans une pièce de soie. Keu le sénéchal les prit et feignit de vouloir en chausser le nain, déclarant qu'il le ferait chevalier de sa main.

— S'il plait à Dieu, nul ne le touchera sinon le roi Artus, dit la demoiselle. Seul, un roi peut mettre la main sur un si haut homme que mon ami.

LE GÉANT DU M OINT SAIM MIC H KL 17;i

Artus chaussa donc l'un des éperons au pied droit du nain, tandis que la demoiselle lui bouclait l'autre ; puis il le vêtit du haubert, lui cei|3rnit l'épée et lui donna la colée en lui disant selon sa coutume :

— Dieu vous fasse prud'homme I

— Sire, demanda encore la demoiselle, priezle d'être mon chevalier.

A quoi le roi consentit encore.

— Je vous l'octroie, demoiselle, dit le nain, puisque le roi le veut.

Là-dessus il fut enfourcher son petit du.^iiii.i qui était de toute beauté et bien armé de fer; la demoiselle l'y aida, puis elle lui pendit Técu au col, monta elle-même sur sa mule, et tous deux, suivis de leurs écnyeis, s'en furent par la forêt aventureuse.

Et vers ce temps, comme le roi Artus était venu à Camaaloth, il eut nouvelles d'un géant qui ravageait le pays de la Petite Bretafjne. Le monstre avait son repaire, disait-on, sur une montagne qui était entourée de mer et qu'on appelle maintenant le Mont Saint Michel au Péril de la mer; et il minait tout le pays alentour, d'où les homme» et les femmes s'étaient

enfuis : ils vivaient dans les bois comme des bétes sauvages.

Un soir, le roi dit à Reu le sénéchal et à un chevalier qui avait nom Bédoyerde se préparer, et tous trois, s'étant mis en mer, arrivèrent sous un rocher, à quelque distance du mont, qu'ils gravirent hardiment. Ils n'y trouvèrent qu'une vieille femme, toute flétrie, qui pleurait et lamentait, assise sur une tombe fraîchement creusée, à côté d'un grand feu, dans la nuit.

— Ha, gentils chevaliers, dit- elle en les voyant, que venez-vous faire ici? Si le géant vous découvre, il vous faudra mourir. Fuyez!

— Bonne femme, répondit le roi, laisse tes pleurs et dis-nous qui tu es et quelle est cette tombe.

— C'est celle d'une gente pucelle, Élaine, la fille de Lionel de Nantoël; je l'allaitai de mes mamelles. Le géant nous a prises et il a emporté ma chère fille dans son repaire pour la violer; mais elle était si jeune et si tendre qu'elle n'a pu supporter sa vue et qu'elle est morte d'horreur entre ses bras. Quand elle eut ainsi expiré, ce diable me garda pour éteindre sa luxure sur moi, et il m'a tant corrompue qu'il me faut souffrir sa volonté en dépit de moi-même; mais Notre Sire m'est garant que c'est contre mon gré. Fuyez! à cette heure le géant est sur le mont, là-bas, où vous voyez flamboyer un bûcher. S'il vient ici, vous ôtesjmorts!

LE GÉANT DU Mu.Si .-,^1^ MICHEL 175

Mais le roi Artus et ses compagnons reprirent leur bateau et allèrent aborder au mont.

Sur le sommet, ils découvrirent en effet le géant assis devant la flamme, qui faisait rôtir de la viande embrocbée à un grand épieu et la dévorait à peine cuite. Il les aperçut bien, quoiqu'il n'en eût pas fait semblant tout d'abord, tant il était déloyal et malicieux ; et soudain il sauta sur un tronc de chêne qui lui servait de massue, courut sus au roi Artus et voulut lui en asséner un co-up qui l'eût réduit en fumée. Heureusement le roi était merveilleusement vite et léger : il évita le choc par un saut de côté et dans le même temps frappa si adroitement le géant entre les sourcils de sa bonne épée Marmiadoise, qu'il l'aveugla. Alors le monstre, jetant sa massue à terre, commença d'avancer en tâtonnant et en essayant de saisir son adversaire qu'il apercevait comme une ombre quand il passait sa main sur ses yeux pour en essuyer le sang. Vainement Artus se défendait à coups d'épée : le géant avait une cuirasse faite des peaux de certains serpents qui vivent dans l'Inde, et rien ne l'entamait. Il finit par saisii* le roi et le serra de telle force qu'il s'en fallut de peu qu'il ne lui broyât l'échiné; en même temps il couladt la main le long de son bras pour lui prendre son épée. Mais Artus laissa choir Marmiadoise qui sonna en tombant et, au moment que le géant se baissait pour la ramasser, il lui

donna un si rude coup de genou dans les parties sensibles que le méchant se pâma. Aussitôt le roi se dégage, ramasse son arme et, soulevant la cuirasse, perce le cœur du monstre et coupe l'horrible tête.

En revenant à Camaaloth avec ses compagnons, il trouva ses barons tout effrayés de son absence, qui se signèrent et s'étonnèrent beaucoup quand ils virent la tête pendue par les cheveux à l'arçon de la selle de Bédoyer, car jamais il n'en a été de si grande. Et c'est depuis ce temps que le rocher voisin du mont, où la fille de Lionel de Nantoel est enterrée, fut nommé la Tombe Élaine.

Peu après Merlin vint dire au roi et à la reine qu'il lui fallait les quitter. Ils le prièrent doucement de revenir bientôt, car ils l'aimaient tendrement.

— Bel ami Merhn, lui dit le roi, vous vous en irez, je ne vous veux retenir contre votre désir; mais je serai dolent jusqu'à temps que je vous revoie. Pour Dieu, hâtez-vous!

— Sire, répondit-il en pleurant, hélas! c'est la dernière fois, et je vous recommande à Dieu.

En entendant : « C'est la dernière fois » , le

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roi fut surpris, mais il crut qu*il avait mal compris. Pourtant, quand il vit que sept semaines avaient passe et que Merlin ne revenait pas, il se ressouvint de ces mots et il fut longtemps tout pensif et morne. A la fin messire Gauvain lui demanda ce qu'il avait.

— Beau neveu, répondit le roi, je pense que j'ai perdu Merlin et j'aimerais mieux d'avoir perdu la cité de Logres.

— Sire, je vous jure par le serment que je vous fis le jour où vous m'armâtes chevalier que je le chercherai de tout mon pouvoir durant un an et un jour.

Et, en même temps que messire Gauvain, jurèrent ses frères et Y vain le grand, Sagremor, Giflet le fils Do, Gaulas le roux, Placide le gai, Laudalis de la Plaigne, Aiglin des Vaux, Glealis l'orphelin, Guiret de Lamballe, Keheddin le bel, Clarot de la Broche, Yvain aux blanches mains, Gosenain d'Estrangore, Segurade de la Forêt Périlleuse, Ladinel et Ladinas de Norgalles, Satran de l'Étroite Marche, Purades de Carméhde, Garmaduc le noir et quelques autres. Et tous s'éloignèrent de Gamaaioth le même jour; mais ils se séparèrent à une croix d'où partaient divers chemins et, après qu'ils se furent recommandés à Dieu, chacun s'en fut à son aventure.

Maintenant le conte laisse ce propos et revient au chevalier nain et à la demoiselle sa mie, qui chevauchent par monts et par vaux.

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Un jour qu'ils traversaient une grande lande, ils virent venir à eux un chevalier monté sur un destrier pie, qui, du plus loin qu'il les aperçut, s'écria :

— Ha! soyez la bienvenue, mademoiselle, ma mie! Enfin j'ai trouvé ce que je cherche depuis toujours!

— Sire, répondit le nain tout doucement, ne soyez pas si pressé; vous n'avez pas encore cette demoiselle en votre pouvoir.

— Je l'aime comme si je la tenais déjà, et je la tiendrai sous peu.

En voyant le chevalier approcher, le nain met lance sur feutre, disparaît derrière son écu de telle façon qu'on ne voyait plus que son œil, pique des éperons par deux trous qu'on avait faits dans sa selle, car ses courtes jambes n'en dépassaient pas les quartiers, et, criant à son adversaire de se garder, vole sur lui de toute la vitesse de son cheval.

— A Dieu ne plaise que je joute contre un tel néant! s'écrie l'orgueilleux chevalier.

Et sans même croiser sa lance, il oppose dédaigneusement son écu au choc. Mal lui

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en prit, car le nain le heurta si rudement qu'il le jetta à bas de son cheval en lui démettant l'épaule; après quoi il fit passer et repasser son destrier sur lui, de façon que le chevalier, tout froissé, se pâma de douleur. Enfin le minuscule champion pria la demoiselle de le mettre à terre, ce qu'elle fit en le prenant dans ses beaux bras comme un enfant, et il courut au blessé, dont il délaça le heaume en le menaçant de lui couper le cou s'il ne s'avouait vaincu.

— Merci ! cria le blessé.

— Iras-tu te rendre prisonnier au roi Artus et ui dire de par moi que le petit chevalier qu'il adouba t'envoie à lui?

Le chevalier le jura. Alors le nain requit la demoiselle de le hisser sur son destrier, ce qu'elle fit à g^rand'peine en se penchant sur le cou de sa mule; puis tous deux furent avertir les écuyers du blessé, et ils continuènMit leur route vers Estrangore.

C'est ainsi que le roi Artus et la reine Guenièvre virent arriver quelques jours plus tard à Carduel en Galles, couché dans une belle litière que portaient deux palefrois ambiants, un chevalier navré.

— Sire, dit celui-ci, je viens me mettre en ta merci, plein de honte et de vergogne, pour acquitter ma foi que j'ai engagée à la plus ridicule créature du monde, qui m'a vaincu par ses armes.

— Dites-moi donc, répondit le roi, de pai* qui vous vous rendez prisonnier et comment vous avez été conquis .

— Sire, j'aime la belle Bianne, fille du roi Clamadieu. Je l'eusse volontiers prise pour femme, car je suis fils de roi et de reine; mais, ni par prière, ni par amour, ni par prouesse, je n'ai pu gagner son cœur. L'autre soir, je la rencontrai en compagnie du nain contrefait dont elle est l'amie, et je n'ai pas daigné croiser la lance contre lui; mais il m'a renversé et démis l'épaule, et il ne m'a fait grâce de la vie qu'à la condition de me rendre prisonnier à vous.

— Bel ami, dit le roi, il vous a mis en bonne et douce prison. Mais dites-moi quel est ce cbevalier nain; je vous libérerai à ce prix.

— Sire, c'est le fils du roi Brangore d'Estrangore, qui est haut homme, puissant en terres et en amis, et loyal envers Dieu.

— Certes il est prud'homme, dit Artus, et je m'étonne que Notre Sire lui ait donné un tel héritier.

— il y a deux ans, cet avorton était la plus belle créature du monde; le roi Evadean, mon père, me l'a souvent dit. Cne demoiselle qu'il ne voulait aimer l'enchanta; je n'en sais pas plus. Et maintenant, sire, si vous me donne;? congé, je m'en irai avec ma honte.

DISCOURTOISIE DE GAUVAIN Ifil

— Allez, beau doux ami, fit le roi, et que Dieu vous conduise !

A présent le conte retourne à monseifjneur Gauvain.

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S'étant séparé de ses compagnons, U erra longtemps par la teire de Logi-es. Un jour qu'il chevauchait dans une forêt, pensif et songeant tristement qu'il n'avait nouvelles de Merlin, il croisa une demoiselle montée sur le plus beau palefroi du monde, noir, harnaché d'une selle d'ivoire aux étriers dorés, dont la housse écarlate battait à terre, et dont le frein était d'or et les reines d'orfroi. Elle-même était vêtue de samit blanc et, pour éviter le hâle, elle avait la tète voilée de lin et de soie. Gauvain, perdu dans sa rêverie, ne la vit pas. Alors, après l'avoir dépassé, elle fit tourner son palefroi et lui dit :

— Gauvain, on assure que tu es le meilleur chevalier du monde, et c'est vrai; mais on ajoute que tu en es le plus courtois, et ici cloche la rénommée, car tu en es le plus vilain. Tu me rencontres seule en cette foret, loin de tous, et tu n'as pas même la douceur et l'humilité de me saluer et me parler !

— Demoiselle, dit Gauvain tout confus, je vous supplie de me pardonner.

— S'il plait à Dieu, tu le payeras cher! Et une autre fois, tu te souviendras de saluer les dames quand tu les rencontreras. Je te souhaite de ressembler au premier homme que tu verras.

Or, messire Gauvain n'avait pas chevauché une lieue galloise, qu'il croisa le nain et sa mie. Dès qu'il aperçut la demoiselle, il se rappela la leçon qu'il venait de s'attirer et s'empressa de la saluer :

— Que Dieu vous donne joie, et à votre compagnie !

— Que Dieu vous donne bonne aventure!

répliquèrent courtoisement le nain et la demoiselle.

Et, à peine l'avaient-ils dépassé, le nain sentit qu'il reprenait sa première forme, et il devint un jeune homme de vingt-deux ans, droit, haut et large d'épaules, si bien qu'il lui fallut ôter ses armes qui n'étaient plus à sa taille. Quand elle vit son ami retrouver ainsi sa beauté, la demoiselle lui jeta ses bras au col et le baisa plus de cent fois de suite ; et tous deux remercièrent Notre Seigneur et s'en furent à grande joie, bénissant le che voilier qui leur avait ainsi porté bonheur.

Cependant messire Gauvain n'avait pas chevauché trois traits d'arc qu'il sentit les manches

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