‹ Les romans de la table ronde, nouvellement rédigés. Préf de Joseph BédierChapitre 57 sur 67 · COEUR SANS FREIN · texte numérisé non relu

COEUR SANS FREIN

était sur l'œil et fort bien disant. P()i:n|iM>i pleurez- vous?

— Laissez, beau sire doux, ré|)oiulit Pliarien, caj* vous ne ga|;neriez rien à !(' •• ir, sinon d'être dolent et irrité.

— Par la foi que je dois à l'âme du roi Bohor, mon père, je ne mang^erai plus devant cpie je sache pourquoi vous avez pleuré, et par la foi que vous me devez, je vous conjure de me le dire !

— Sire, je pleure parce qu'il me souviciu ilc la hautesse où votre lignage a été durant longtemps. Gomment ne serais-jc triste, moi qui vous vois en prison quand un autre tient sa cour où vous devriez avoir la vôtre et porte couronne en cette ville qui devrait éti'e votre principale cité?

Lionel avait reçu son nom parce qu'il pottait sur sa poitrine une tache vermeille en forme de lion. C'était le cœur d'enfant le plus ouvert qu'on ait jamais connu; plus tard, le jour même que le roi Aitus le fit chevalier, Galehaut, le HIs de la belle géante, sire des Ktranges lies, l'appela « cœur sans frein « . Quand il entendit son maître parler ainsi, l'enfant repoussa si rudement la table qu'il la renversa, et courut tout au haut de la maison où il s'assit dans l'embrasure d'une fenêtre pour réfléchir.

Ph arien vint le rejoindi-e là au bout d'un moment.

— Sire, qu'y a-t-il? Venez souper. Ou, au moins, faites-en semblant pour F amour de mon seigneur votre frère, qui sans vous ne mangerait pas.

— Maître, ne suis-je votre sire, comme à Bohor mon frère, et à Lambègue? Je vous commande à tous d'aller manger. Pour moi je ne touclierai plus ni pain ni vin avant d'avoir accompli un dessein que j'ai formé et que je ne puis dire.

— En nom. Dieu, dit Pharien, je quitterai donc votre service, car puisque vous me cachez votre pensée, c'est que vous avez méfiance de moi.

Et il fit mine d'être courroucé. Mais Lionel, qui l'aimait tendrement, se mit à pleurer.

— Ha, maître, dit-il, ne partez point! J'ai dessein de mander demain au roi Glaudas qu'il nous vienne voir : alors je me vengerai de lui.

— Mais, quand vous l'aurez occis, queferezvous?

— Ceux de ce pays, qui sont tous mes hommes, me protégeront selon leur pouvoir; d'ailleurs. Dieu qui conseille les déconseillés y pourvoira. Et si je meurs pour conquérir mon droit, la mort sera bienvenue, car mieux vaut périr avec honneur que vivre honni et déshérité en ce monde.

— Beau sire, dit Pharien, on ne peut entreprendre une telle chose à la légère. Attendez

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