V. 18^50 aioz Dant Nobles li Lions
Ne fist de larron son mesage. Tant ]e sai à preuz et à sage.
Renart revient surveiller de nouveau la fortification de. son château, afin d'être en mesuré de résister à une attaque de la part du lion ; il assemble des soldats à pied et à cheval, tant que toute la vallée en est couverte, et il fait placer des armes éur les murs.
En attendant le retour de Roonel, Noble va
206 HENART.
s'ébattre avec Brichemer le Cerf, Ysengrin, Grimbert le Tesson et Belin le Mostou, ses quatre barons de distinction et de confiance, auxquels il communique le projet d'aller attaquer Renart dans sa forteresse, puisqu'il Ta mandé cinq ou six fois vainement. Là-dessus Roonei arrive et fait son triste rapport. Noble consulte les animaux. Ysengrin voudrait faire pendre Renart sur-le-champ. Belin, le sage, fait observer que Roonei a pu mal faire son message, qu'il faudra y envoyer encore une fois, en choisissant quelqu'un plus habile, qui sache parler romanz et latin ; il vote pour Brichemer, et en effet celui-ci est chargé d'une nouvelle ambassade.
D'abord les sergents et hommes d'armes de Renart (v. 18964) défendent à Brichemer len-
trée du ch&teau-fort, mais Renart parait et se déclare prêt à le suivre. Bientôt il le mène auprès d'une ferme d'où le vilain sort avec ses trois m&tins, le poursuit et le met dans le plus grand embarras.
Instruit de ce nouvel outrage, le roi tombe malade de colère et de chagrin. On envoie vainement chercher des médeci/is de tous côtés. Grimbert va secrètement avertir le renard de l'état des choses et en obtient la promesse qu'il ira guérir le roi. Avant de partir, Renart ordonne
à sa femme et au senechax de ne laisser entrer personne au château pendant son absence (v. 19220). Il Àe met à la recherche dlierbes salutaires pour le roi et en trouve dans un jardin. Pendant sa course il est à cheval :
V. 19287.' Renaît s'en vet à esperon, Moult ot en lui noble baron.
Il aperçoit un pèlerin endormi auquel il enlève sa besace, des remèdes * et sa robe de pèlerin. Arrivé à la cour du roi, il fait la moue aux autres animaux et les nargue. Lie lion, d'abord fort en courroux, s'apaise volontiers quand il apprend, selon ce que dit Renart, que celui-ci a couru pendant trois mois pour lui chercher un remède ; qu'il a esté par tôt Moriane (en Savoie), en Lombardie et en Toscane (v. 1937B), et qu'à Saleme un sage lui en a fourni. Roonel l'accuse de mensonge et dit que onqués ne passa Otrante. Renart répond qu'il était absent de sa demeure à l'arrivée de Roonel, que celui-ci a voulu faire la cour à Hermeline et qu'elle s'est simplement vengée du traître. Le chat témoigne encore en faveur de Renart.
' Entre autres de Valiboron^ de rellébore, propre h échauffer, à guérir les fièvres, à faire purger, etc. (V. 19309).
208 nENART.
Le roi se plaint d'un violent mai de tête ; Renart examine son urine et reconnaît qu'il a la fièvre. Pour opérer la guérison» Renart exige la peau du pauvre loup» que Ton écorche pour envelopper chaudement le lion; il fait briser les cornes du cerf et enlever une courroie de sa peau, demande la peau du chat^ qu^ échappe cependanti(^et se fait servir en maître par Roonel, Grimbert et Belin.) Enfin il fait boire au roi la potion au moyen de laquelle celui-ci parvient à étenmer^ péter, suer \ et ensuite à guérir complètement. Renart est honoré et nommé conseiller, et comme il demande une escorte pour que Brichemer et Ysengrin ne l'assaillent point. Noble le fait reconduire glorieusement.
V. 19738. Lors fait liionter cent chevaliers. Bien sont fervestu et armé, Si lor a Renart conmandé A garder con son cors demaine.
Ainsi Renart a réussi à se jouer de toutes les autres bêtes, sans être attrapé lui-même par aucune :
v. 1976&. Or est Renart joîenz et liez Q'afolé a ses anemis.
Lors sejorna, ce m*est avis,
' Effet de Tellébore qui est un purgatif.
HBKART. 209
A son chastei une grant pose, Qar aséor issir n'en ose.
dette branche aussi est une ccnnposition entièrement indépendante et sans liaison directe avec aucune des précédentes. On remarquera en général que toutes les branches, depuis la vingttroisième jusqu'à la dernière, forment ainsi des poèmes à part qui pourraient se détacher et s'isoler à volonté.
Il y a apparence qu'au nombre des compositions récentes il en a existé une autre sur ce même sujet et antérieure à celle-ci. Les allusions à d'autres aventures que celles qui sont racontées dans cette branche môme sont très rares^ presque nulles. La langue y est très incorrecte, très irré^lière ; l'orthographe est extrêmement variée ; il y a des formes et des mots qui ne se trouvent guère dans les morceaux pré- <^ents.
A l'occasion de l'accident arrivé à Roonel dans la vigne» on pourra faire rraiarquer en général que partout dans les poëmes de Renart» de quelque manière que les animaux soient attrapés et maltraités par les hommes ou par d'autres bétes, toujours ils en sont quittes pour la perte de quelque membi*e» ou bien laissés pour
210 RBNART.
morts ; jamais ils ne sont tués> à l'exception seulement de quelques volailles qui passent par la gueule de Renart.
En général, dans cette branche, il se trouve force traits des idées, des mœurs et du caractère de la chevalerie. Au début même, cette affectation ou orgueil de noblesse et de chevalerie est directement exprimé dans la description de la cour du roi :