V. 3388 Nus De puet, ce poisemi
Au jour d'ui venir à maistric Se il ne siet de Renardie.
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OBSERVATIONS
SUR LE COURONNEMENT DE RENilRT.
La lecture de ce poëme dispose au premier abord à le considérer comme une allégorie suivie ou bien comme une allusion complète à des événements véritables, contemporains de Fauteur ou peu antérieurs à son époque. Il n'est pas impossible qu^avec des connaissances historiques plus vastes, et à Taide de recherches plus laborieuses que les miennes, on ne soit capable de trouver la clef de Ténigme; cependant aujourd'hui, dans les pays dont l'histoire a pu être familière à l'auteur, nous ne voyons guère d'événements réels dont la narration du Couronnement de Renan puisse être une peinture fidèle. Nous sommes donc tenté de regarder ce poëme comme une pure fiction allégorique, où l'auteur s'est plu à semer des allusions à quelques traits de l'histoire de son pays et de son temps.
On demandera volontiers à quelle époque, en quel pays, en quel dialecte et par quel auteur ce poëme a-t-il été composé, et quels sont les personnages véritables dont il y est fait mention ?
Nous allons tâcher d'éclaircir un peu ces questions et d'arriver à quelque résultat.
I. Assez communément on a attribué le Cou* ronnement de Renart à Marie de France ; mais» selon toutes les relations, Marie de France a dû yivre pendant les dernières années du douzième siècle et la première partie du treizième, et le Couronnement de Renart n'a guère été ccnnposé que pendant la dernière moitié du treizième siècle. Marie de France a dû naître en Picardie S et Tauteur du CouronnemefU de Renart nous paratt appartenir à la Flandre. Marie de France a dédié ses poèmes à un certain comte, yrai» semblablement Guillaume-Longue-Ëpée, un des princes de TAngleterre, et le comte Guillaume dont il est question dans le Couronnement de Renart ne peut être autre qu'un comte de Flan* dre.
Recourons d'abord aux propres paroles mêmes de Marie de France pour constater quelques
* VÈvangiU as fama, satire ingénieiue, publiée pir M. A. Jubinal dans ses Jongleurs et Trouvères. Paris, 1S35, in-8% p. 26, lève tons les doutes à cet égard :
Marie de Gempiegne le oonquiit oultremer. L'euvangille des femmes ei est et bonne et digne; Femme ne pense mal, ne nonne ne bégvine, Ne que fait le renart qai happe la geline. Si eom le raconte Marie de Compiegne.
faits concernant ce poëme. Le prologue des Lais se termine de la manière suivante' :
y. A3. Eo rbonur de vos» nobles Reîs, Ki tant estes pruz è carteis, Â ki tute joie s*encline, E en ki quoer tuz biens racine , M'entremis de Lais assembler Por rime faire è reconter.
En mun qaoer penseie è diseie, Sire, ke vus presentereie; Si yus les plaist à receveir, Mult me ferez grant joie aveir.
Â-tuz-jurs-mais en serai lie.
Ne me tenez à surquidie.
Si ?os os £aire icest présent.
Ore oez le comencement.
Ces vers sont bien certainement adressés à un roi» à un roi vivant et contemporain de Tauteur, et rien ne s'oppose à ce que ce roi soit Henri III d'Angleterre (1216-1272).
L'auteur se nomme lui-môme ; il se nomme Marie dans le préambule du Lai de Gugemer :
V. 5. Oîez, Segnurs, ke dit Marie Ki en sun tens pas ne s*ublie.
' PoisUt de Marie de France, par Roquefort, 2 vol. in-S». Paris, 1820, 1. 1, p. kh.
Le prologue des fables de Marie de France nous apprend que c'est un contemporain, homme de grande distinction , qui a engagé Tauteur à traduire les fables, et que cet auteur est une femme, puisque les adjectifs qui se rapportent à lui se trouvent ici, comme ailleurs, au féminin :
Y. 27. A moi qui la rime en doit feire N'avenist noient à retreire, Plusurs paroles que i sunt.
Meiz ne purquant Cil m'en semwit Ki Flourz est de Chevalerie, O'anseignemenz, de curteisle ; £ quant tex Htmi m'en ad requise.
Ne voil lessier en nule guise Que n*i mette traveil è peine ; Or ke m'en tiegne pur vileine, Mult deit fère pur sa preière.
Voici, de plus, la conclusion qui se trouve à la suite des fables :
Au finement de cest escrit K'en Romanz ai turné et dit, Me nnmerai par remenbraunce ; Marie ai num, si sui de Fraunce.
Puet bien estre ke Glers plusur Si prenreient sor eus mun labur ; Ne voil ke nus sor lui le die :
Cil uvre mal qui sei ublie.
Pur amur le cumte Willaume,
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Le plas vaillant de cest royaume.
M'entremis de cest litre feire £ de l'Angleiz en Roman treire, Ysopet apeluns ce livre Qu'il traveilla et fist escrire ; De Griu en Latin le tuma.
Li rois Henris qui moult Tama Le translata puis en Engleiz Ejeo l'ai rimé en Franceiz Si cum ger iruvai premièrement.
Or prie à Dieu omnipotent Que tel œuvre me laist enprendre.
Avant que puisse Tame rendre, lii-suz en Paradiz tut dreit:
Dites amen ke Deus Tottreit.
Les passages de ce morceau nous font voir que les fables (ou proverbes) ont été traduites de latin en anglais par un roi Henri, soit Henri ni ou Henri I«% surnommé Beau-Clerc, et de là en français (roman wallon, langue d'oïl) par Marie qui est de France, en faveur d'un comte appelé Guillaume, très vaillant, et appartenant à un royaume. Vraisemblablement le pays en question doit être l'Angleterre, puisqu'il s'agit de la langue anglaise ; ce ne peut être ni la Normandie ni la Flandre, puisque ni l'une ni l'autre n'ont porté le titre de royaume. Par cette même raison, le comte Guillaume, qui est dit apparte-
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nir à quelque royaume, ne peut être d'aucun de ces deux pays. De plus, ce ne peut être le comte GutUaume-Longue^Èpée du dixième siècle» premier de ce surnom, fils de RoUon, premier duc de Normandie ; car les qualités de vaillant et de fleur de chevalerie ne conviendraient guère au caractère ni à la conduite de celui-là. Ici rien ne porte non plus à appliquer les paroles de Tauteur au comte Guillaume^ fils de Robert-Cour te- Heuse, fils aîné de 6uillaume-le-Gonquérant Ce prince de Normandie, surnommé Clitoii^ et quenz gentUz^, fut fait comte de Flandre en 1127 par le roi de Finance Louis-le-6ros, pour le dédommager de la perte de la Normandie; mais il mourut» en 1128» par suite d'une blessure qu'il se fit au doigt pendant le siège du château d'Âlost.
Nous tirons du Purgatoire de Saint-Patrice, autre poème attribué à Marie de France» les passages suivants :
* Le mot de Clito ne signifie guère antre chose sinon fils de roi, et il paraît avoir été assez fréquemment employé en ce sens; cfr. Maithœut Paritiennê, in vOit, p. 99; in auetar. Àdiit.,1^ ^^i «^ (if^'> P- ^^; Qperat PaririiSf ifiâÂ, InfoUo.
* Robert Wace, Roman de Rou, I, p. 355, édition Pluqnet. Rouen, 1827, in-8<>.
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