V. 35^0. Pris m'a au pet cnmi la voie Sans pourvéance
Einsi comme li rois Nobles fait assaillir Mau^ pertuis. (V. 3546-3648; 103 v.)
L'auteur nomme les animaux assaillants. Roi et Lapars sont blessés à l'assaut. Roi fait sonner la retraite. Renart demande une trêve de quinze jours, que le roi est bien aise d'accorder. Renart parle d'aller par tous les pays lever des troupes auxiliaires. En attendant Duuin le colon vient apporter un message de la part du roi.
Si comme Bois Nobles envoie son mes à iîe-
narl.
Lettre très formelle en prose de la part du roi, et puis trente-quatre vers, vers 3649-3682.
BENART. 393
La lettre contient d'abord force injures plates contre Renart, puis la promesse de lui accorder sa grâce s'il veut venir la demander, faire amende et donner satisfaction; sinon, guerre et destruction à jamais. Le style est ampoulé et la lettre est datée d'une façon singulière : Ces letres furent faites par grant esgart de nous et de no conseil et kierkies {chargée, donnée en charge) l'an ke Phasiphé H Roine feme te Roi Minos engenra d'un tor Minotaurum par le conseil Deda* lus, witante nuef el mois que li lousignos trait à air.
Renart est choqué du ton de la lettre et de l'humiliation qu'on exige de lui. U envoie Wauket le Gai ( geai ) avec une autre missive en réponse au roi.
Si conme Renars envoie ses lettres au Roi Noblcn par fVauket li ghai son mesagier. (Lettre en prose, et puis vers 3683-4096 ; 414 vers).
La lettre de refus de Renart est audacieuse et méfiante ; Renart prétend être innocent et prouver son innocence en portant un fer à cheval au sommet d'une lance; sinon il défie le roi et les siens. L'épitrc est terminée aussi singulièrement
394 RENAAT.
que l'autre : Ces lelres furent kierkies l'an ke li mousson se conbatirent as mouskerons^ stetante et set » el mois que li pauchin devienent poulet. Il y a quelque apparence que ces lettres sont interpolées.
La lettre de Renart met le roi en grande colère; Wauket effrayé s'envole sans prendre congé , va faire son rapport à Renart , et conseille la soumission. Renart n*y consent pas; il encourage son monde \ et promet, en cas de besoin, de les embarquer tous dans un grand et merveilleux navire muni pour tenir la mer pendant douze ans.
Renart décrit en détail le navire et les matériaux qui ont servi à le construire (vers 3773 et suivants); dans une longue et complète allégorie, c'est une ironie , une satire générale et spéciale des plus amères, suivie de réflexions sur le monde, le péché et le salut; tous les vices et péchés entrent dans la composition du navire de Renart. En voici quelques traits :
V. 3773. Li fons est de maie pensée, Et s'est de traison bordée, Et clauwéc de vilounie,
* Nouveau jeu, pendant quatorze yen, t. 3731 et 8uiT«,sur les mots et rimes de fin, finer, finement, etc.
RBNART. 395
Et de honte très bien pôle.
De trecerîe en est li mas; Par ceste nave est Nobles mas , Car li sigles est de boisdie *
L'ancre est de malice et de foi-mentie, les gens de toutes les classes , clercs et laïques, aiment à y loger; la sentine est de désespoir sans repentir; déloyauté y fait la sentinelle; la proue est forgée de félonie, de fierté, de cruauté et de fausseté; le navire est enveloppé d'im drap gris tissu d'hypocrisie, de paresse, et de mauvaise vie; pour amiraux il a le pape et les cardinaux, pour équipage des clercs, des prêtres, des moines de toute espèce , des Jacobins prêcheurs et des frères mineurs ; il a le vent propice de péché pour se rendre en enfer auprès de Proserpine afin de s'y charger d'Orguel, petit-fils du roi Noble. D'après ces renseignements les partisans de Renart cessent d'avoir peur.
L'auteur avertit cependant que tout chrétien doit s'alarmer de la marche de ce navire, qui mène à la mort :