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vert alors'. C'est principalement dans Grimm et Willems que sont puisées les notions que nous donnons ici. Pour en fournir un échantillon je vais transcrire quelques vers du prologue et du commencement du poëme, d'après Willems, dont le vieux manuscrit est actuellement déposé à la bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles :
V. 1-9. Willem, die Madock maecte Daer hi dicke om waecte Hem jamerde seer haerde Dat die geeste van Reinaerde Niet te recht en es gescreven.
Een deel esdaçr after gebleven :
Daer om dede hi die vite soekcn.
£nde heeftse uten walscen boeken In duutse aidas begonnen ^ /il. Het ^as in enen sinxendage^ Dat beide basch ende hage Met groenen loveren waren bevaeu.
Nobel die coninc hadde gedaen
* Reinaert de Vos^ episch fabeldicht van de twaelfde en dertiende eeun, met aenmerkingen en ophelderingen , van J. F. WiUems. Cent, 1836.
* Willems, p. xxvi, d'après le manuscrit hollandais mentionné par Grimm. Le texte de Willems, p. i, est analogue à celui que nous venons de citer d'après Grimm.
» WiUems, p. 2. Ce texte est également conforme à celui de Grimm, p. 115, aux dififérences d'orthographe près. Dans une des variantes, Willems fournit une amplification des vers /ii-/i5,
60 REINEKE.
Sijn hof craieren over al, Dat hi waende, hadde hijs geval, Houden ten wel groten love.
Doe quamen tes cooinx hove Aile die diere, groot endedene 80. Sonder vos Reinaert aliène.
Hi adde te hove so vêle misdaen, Dat hire niet dorste gaen.
Die hem besculdich kent ontsiet.
Âlso was Reinaerde gesciet ; Ënde hier omme scuWedi sconinx hof, Daer hi in hadde cranken lof.
Doe al dat hof versamet viras Was daer niemen, sonder die das, Hine hadde te clagene over Reinaerde, 60. Den fellen, metten roden baerde
Nu gaet hier op ene ciage.
Isengrijn ende sine mage
Gingenvoor den coninc staen.
Isengrijn begonste saen
Ende sprac :
dont le texte bas saxon de l/t98 est une traduction littérale; la
voici :
Het was op enen pinxter dach
Dat men woude ende velde sacb
Groen staen, myt lover ende grass,
Ende menich vogel blide wass,
Mit sange, in hagen ende in bomen ;
Die crude sproten uut, ende die bloemen.
Die wel roken hier ende daer,
Ende die dach was schoon ende daer
Nobel, die coninc van allen dieren,
Had sijn hoff doen kreggiren
Sijn lanl al door, ende ovcral.
REINEKE. 67
Le poëme des deux auteurs flamands fut mis en prose et imprimé en cette forme pour la première fois à Gouda, en 1479, et puis à Delft, en 1485. Depuis, cette version fut encore abrégée et traduite ( entre autres, en anglais, par Gaxton, en 1481 ), et fit oublier, négliger ou perdre pour long-temps les originaux en vers flamands > .
Sur la fin du quinzième siècle (1498) parut le poëme de Reynke de Voss [Reineke der Fuchs, Reineke-le-Renard), de 6844 vers, en vieux bas saxon (sassisch). Une nouvelle édition en fut imprimée ailleurs en 1517. L'auteur, dans sa préface, prétend lui-même avoir traduit du français. Du reste, il a évidemment travaillé sur le poème flamand même, reproduit et continué par Willems (Utenhove, qui a fait le Madock), et Don pas sur la version ni sur l'abrégé alors imprimés et répandus depuis quelques années déjà. Ce nouvel ouvrage en vers bas saxons ou allemands ^ tantôt imité , tantôt traduit mot à mot
* Grimm , Reinhart Fuchs, p. clxiv.
* Ses éditions sont nombreuses ; j'en indiquerai seulement quatre:
Heinrichs von Alkmai* Reineke der Fuchs u. f. v., von J. G. Gottscheden. Leipzig, 1752, in-Zi" ; Reineke de Voss^ Eutin, 1797, in-12 ;
68 REINERE.
sur le poëme des deux auteurs flamands, au point de rendre le plus souvent les rimes mêmes, révéla, pour ainsi dire, de nouveau le poëme du Renard au public allemand , et fut aussitôt traduit en plusieurs autres langues. C'est aussi le texte généralement connu aujourd'hui en Allemagne et dans la Scandinavie, et littéralement traduit par Goethe et tant d'autres en allemand moderne et en différentes langues. Quant à Reineke Fuchs, il reste quelque incertitude sur son auteur ; la question est encore discutée et controversée. Parmi les savants qui ont fait des recherches et publié leurs opinions sur ce point, les uns attribuent l'honneur de cette composition à Henri d'Alkmar (hollandais de naissance), les autres à Nicolas Baumann (saxon du pays du Veser) ; Grimm parait se prononcer en faveur de celui-ci.
L'auteur de Reinaert prétend avoir puisé dans un TValschen Boeken et avoir transmis in DieU sche ou Duutsche. Hinrik van Alkmar, ou bien celui qui prend son nom, nous dit <c avoir tiré son
Reinke de Fos fan Hinrek fan Alkmer, von IV Scheller. 2* édiU, Brunswick, 1835, in-8° ;
Reineke Vos, Nach der Ittbecker Ausgabe vom lahre l/t98. Mit Einleitang, Glossar und Anmerkiingcn, von Hoffmann von FaJlersleben. Brçslau, 183/i.
HEINEKE. 69
livre du wallon et du français, et l'avoir traduit en allemand. > ( Derwegen habe ich, Lehr-und Hofineister der Fûrsten und Herrn , Herzogs zu Lothringen^ dièses gegenwartige Buch aus wàlscher und franzôsischer Sprache gesucht^ und in deutsche Sprache ûbersetzet *.) La comparaison entre le livre allemand et l'original flamand montre d'un bout à l'autre une conformité assez complète pour justifier pleinement le terme de traduit. Le résumé du Roman de Renart français y que nous tâcherons de faire comprendre plus loin, jettera quelque jour sur les points qui présentent de la conformité entre les rapsodies françaises concernant le renard, le Reinaert et le Reineke, et sur ceux qui n'ont pu être imités de celles-là. Soit pour déguiser sou imitation, ou par quelque autre motif, l'auteur de Reine ke a changé plusieurs des noms propres. Il est d'autant plus curieux de faire remarquer que ces mêmes noms propres ont d'abord passé presque sans aucun changement du français en flamand ; tels sont, par exemple, ceux de Tybert, Coart, Courtois, Rohart (le corbeau), Lanfroi (le vilain), rendus dans le poème flamand par Tibert, Cor-
* Gottsched, Heinrichs von Alkmar, Reineke Fuchs, 1752, ln-/i°. Préface de Henri d'Âlcman
70 RKINKKE.
lois , Corbaut , Lamfroit , et chez l'auteur allemand par Hintze, Lampe, Wackerlos, Merkenauwe, Rustevyl. Les deux tiers de la vingtième branche (de l'édition française de Méon), Si coume Renart conchia (trompa) Brun li Ours du miel, par exemple, contiennent en entier le récit . des vingt-trois premiers chapitres du premier livre du Reineke Fuchs. Pour le reste seulement, cette branche du Roman de Renart diffère entièrement de la fin du premier livre de Reineke. Que l'allemand ait puisé directement dans le français, au lieu de traduire tout bonnement du flamand, c'est ce que nous n'avons guère sujet de penser, mais rien n'empêche qu'en suivant le flamand, il ait encore connu et employé les textes et les récits français ici comme ailleurs.
Le nom de wallon ou walsch, sans doute désigne le français, et s'applique communément à la langue des Français du nord au moyen-âge. Toutefois, l'auteur de Reineke dit avoir puisé dans le wallon et le français, non pas wallon ou français, et il semble vouloir indiquer par là qu'il ne s'est pas contenté de traduire simplement d'une langue en une autre , mais qu'il a cherché et puisé son sujet, ses modèles, dans les ouvrages antérieurs de deux langues, de deux littératures différentes. Or, n'y aurait-il pas lieu
REINEKE. 71
de supposer qu'il n'a pas prétendu copier aveuglément les termes du modèle , ni employer les deux noms comme synonymes , mais qu'il a voulu exprès désigner deux idiomes différents, et que, par le mot wallon, il entend le flamand, idiome du poème de Reinaerl^ qu'il distingue du français, dont il a pu connaître quelques uns des poèmes sur Renart, conjectures que nous trouverons confirmées plus loin. La supposition est d'ailleurs appuyée par un fait que voici : dans l'aventure du loup avec la jument et son poulain, le poète flamand fait dire à Isengrim (v. 4047) :
la ic can walscb, duutsch, ende latijn.
Et dans Reineke, livre II, çhap. 6, ce vers est rendu par celui-ci :
la, dudescb, walscb, latio, ok franzoss darby.
Quel que soit le sens que l'auteur attache à dudesch et à walsch, il est évident qu'ici il fait une distinction entre l'un et l'autre de ces idiomes et le français.
En effet, s'il est permis en cet endroit de faire le mot de wallon synonyme de flamand, et d'attribuer à l'expression de wallon et français le sens que nous venons de hasarder, c'est-àdire celui de flamand et français , ce terme ne sera point oiseux, et l'auteur aura pu dire quel-
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que chose de vrai. Une telle explication de ce terme à double entente s'accordera d'ailleurs également avec les autres notions précédemment exposées sur l'origine et les migrations du poëme du Renart. Le poète flamand du douzième siècle, et à plus forte raison Willems, son continuateur du ti*eizième siècle, ont dû connaître des poëmes français et ont pu en tirer parti, et l'auteur de Reineke, bien qu'il n'ait point jugé à propos de désigner clairement et franchement les sources où il a puisé, a pu également ne pas ignorer les poëmes français ni laisser d'en profiter, quoiqu'il ait préféré de suivre presque en entier le poëme flamand^ et même, le plus souvent, de le traduire littéralement. Cependant il se peut aussi que les deux mots de wallon et français ne soient^ dans la préface du soi-disant Henri d'Alcmar, qu'une pure redondance, une simple répétition amplifiée des vers cités de Willems :
Ende heeftse utten walschen boekeo, In duutsche aldus begonnen.
Nous laissons à d'autres le soin d'en décider.
L'ouvrage attribué à Henri d'Alcmar est divisé en quatre livres, dont le second est le plus court, ce qui forme un point d'analogie assez eu-
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rieux avec le Reinardus que Mone a fait imprimer. Le premier livre de Reineke^ divisé en trente-neuf chapitres, répond exactement au premier poëme flamand de Reinaert. Les trois livres suivants, correspondant au travail du continuateur Willems, pourraient aussi bien être réunis. Eu effet, M. Willems n*en a fait quW dans son édition de Reinaert de Vos. Le second livre de Reineke est divisé en neuf chapitres , le troisième en quatorze, le quatrième en treize.
Goethe, dans sa traduction, s'écartant de cette division du poëme, en a formé douze chants, dont les six premiers contiennent le premier livre, c'est-à-dire encore le travail du prédécesseur de Willems. Les quatre premiers chants renferment la partie qui est conforme aux 1519 premiers vers de la branche (20®) ci-dessus mentionnée du Roman de Renart.
Voici maintenant un sommaire de ce poëme de Reineke Fuchs, tel qu'il a été publié en vers bas saxons depuis 1498, et tel quHl a été traduit littéralement plusieurs fois (en vers et en prose) en latin, en français, en allemand, en anglais, en danois et en d'autres langues encore.