‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 25 sur 84 · V. 7030. Et se volez je parleré · texte numérisé non relu

V. 7030. Et se volez je parleré

Gonment avint à Ysengrin Qui se leva par un matin, Dame Hersent l'ot bien gardé Et de ses dolors respassé,

elle ne tient guère aux autres. Et si Ton considère son dénuement d'esprit et sa plate grossièreté, on est d'autant plus fondé à la regarder comme intercalée. Aussi bien l'ours y est appelé PatouSy et non pas Brun ; et ce récit ne se trouve dans aucune des autres versions du roman.

Un vilain ramasse un jambon tombé de la charrette de deux reclus ; le loup survient et en demande sa part; un ours vient faire pareille demande. On convient de suspendre le jambon à un hêtre jusqu'au lendemain, et de le livrer alors en entier à celui des trois qui pourra montrer le plus large derrière. A la place du vilain, sa

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femme se présente, et en montrant la plus large fente, d'un commun accord elle emporte le butin.

De Renarty si coume il concilia le Corbel du frownage. (V. 7187-7382; 196 v.)

Le corbeau, dant Tiecelin H Corbiax^ fils de Rohart , vole un fromage à une vieille femme qui en avait à garder, et se perche sur un hêtre au dessous duquel Renart se tient caché. Renart, à force de flatteries, persuade au corbeau de chanter; le fromage tombe. Pour s'emparer encore du corbeau lui-môme, Renart dit avoir la jambe cassée S et le prie de venir enlever le fromage, qui lui pue au nez ; le corbeau , descendant en effet, échappe à son ennemi au prix de quelques plumes.

Cest de prestre Martin et du lou Ysengrin.

Le prêtre Martin a des brebis qu il soigne de

' Réminiscence de la branche 6*, où le chat fait prendre le renard au piège.

près, mais le loup les convoite également. Martin creuse une fosse où il attrape le loup ; le prêtre s'y rend pour le tuer à l'aide d'une massue, mais Ysengrin saisit et attire la massue ; la terre manque sous les pieds de Martin, qui roule alors dans la fosse auprès d' Ysengrin; celui-ci lui saute aussitôt sur l'épaule et s'échappe.

Cette petite aventure est amusante et très bien dite. Elle n'est nulle part ailleurs, et n'a aucune liaison avec lès branches précédentes, mais la branche suivante y fait suite.

C'est de la Jument et d' Ysengrin. (V. 7821-

V. 7521. Or vos dirai conment avinl A Ysengrin qant la nuit vint....

7541. Dame, dist-il, eschapez sui De maies mains où anuit fui :

Prestre Martin un engin fist Por prendre moi et si me prist; Toute une nuit fui en prison.

Là-dessus Ysengrin fait la réflexion qu'il est imprudent d'aller seul, et veut engager la jeune jument Rainsant à lui tenir compagnie. Celle-ci

consent ; elle le prie seulement de lui tirer une épine de son pied de derrière, et lorsquTsengrin s'approche, elle lui applique un grand coup sur la tête et s'enfuit :

V. 7609. Issi (ainsi) se démente Ysengrin , Ici prent ceste branche fin.

Voilà encore un petit récit divertissant et très bien fait. Il se trouve également dans le roman allemand {Reineke, II, 6; Goethe, 8), mais au-trement, ainsi que dans Renart le Contrefait, où Renart engage Ysengrin à lire sur la plante du pied de la jument le prix du poulain qu'elle consent à vendre.

C'est li songe Renart si conme Ysangrih le bâti *.

Or vos redirai de Renart Le rous, le fel, le de put art ; En sa chambre fu o sa famé Hermeline la bone dame :

Renart si se fu endormiz.

Que moult estoit sôuef ses liz.

Renart rêve qu'il lui arrivera malheur, et Her-

' Bâti, probablement trompa; de baster dans le sent de tromper.

meline le rassure en lui recommandant de faire toujours le signe de la croix avant de sortir. À peine parti, il attrape une corneille en contrefaisant le mort et en faisant voir son v,. *• Puis Ysengrin le rencontre , Taccable de coups , et menace par Dieu le père en qui je croi, dit-il, de se venger de toutes les ; injures faites à lui, à sa femme Hersent et à leurs petits. Il se sent cependant touché au cœur, et à force de prières et de supplications Renart échappe , à condition de procui'er à Ysengrin le jambon que porte un vilain qui passe, et dont Ysengrin ne lui donne ensuite rien que la ficelle qui a servi a le suspendre *. Renart, en attendant qu'il puisse se venger, va prendre des rats chez un prêtre. Il rencontre un grillon, Frobert, avec lequel il cause longuement. Le grillon refuse d'entendre la confession de Renart, sous prétexte qu'il vient d'autres prêtres auxquels il pourra se confesser ; ce sont des chiens de chasse qui surviennent et qui poursuivent Renart. Le grillon est un clerc chantant que Renart voudrait dévorer , afin que par là il possédât et sût en même temps toutes ses

' Dans Reineke, II, i (Goethe, 7), c'est sa langue que Renard fait sortir de sa bouche. De même dans le Renart, branche 29% vers 22,8/i8.

' Ceci ressemble à Reinardus, I, i.

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chansons. Renaît parvient à rompre les chiens et revient enfermer Frobert dans son trou. En attendant^ les chiens atteignent Ysengrin et le maltraitent, à la grande satisfaction de Renart.

Cette branche se rattache encore aux premières par des réminiscences, des conformités de tournures et de caractères, et par la réunion de plusieurs aventures. Renart finit par promettre qu'à YAcension il vendra cher à Ysengrin le jambon dont celui-ci ne lui a laissé que la ficelle. Le personnage du grillon Frobert est dans Renart seul et dans Renart le Contrefait.

Si conme Ysengrin s'ala plaindre de Renart à la Cort le Roi. (V. 8221-9648; 1428 v.)

Ysengrin dans son repaire , tout pensif de la honte que Renart lui a faite en la personne de Hersent et de leurs petits, consulte ses amis sur ce qu'il doit faire. On est d'avis qu'il faut aller se plaindre devant le roi Noble, le lion. Ils s'y rendent en effet, et trouvent le roi en cour nombreuse et plénière. Ysengrin se plaint de ce que

' C'est la 15* branche chez GrimiiL

Renart a fait violence à son épouse et compissé leurs petits. Hersent atteste la vérité de Taccusation. Noble, peu disposé à y faire droit, sourit et demande à Hersent si elle n'a pas aimé Renart, puisqu'elle est allée seule avec lui, ou bien pourquoi Ysengrin n'a pu la défendre s'il a été avec eux. Le lion, ne trouvant pas le crime d'amour très grand, et désirant empêcher le combat, voudrait différer, mais Ysengrin insiste. Le lion consulte Chameus^ le chameau, qui est là en qualité de légat du pape, sur ce qu'on aurait pensé d'une telle cause en son pays. Ghameus répond, dans un mélange de latin, de langue d'oc et de langue d'oil, que le roi doit juger sévèrement pour maintenir la loi, mais qu'ensuite il peut faire grâce. Le roi renvoie la cour, en ordonnant aux plus vaillanz et graignors testes d'examiner la plainte et de prononcer le jugement. Alors s'assemblent Brichemers, le cerf. Bruns, l'ours, et Baucent, le sanglier; Platiaus, le daim*, se joint à eux. On disserte beaucoup sur le cas; Bruns raconte comment un jour l'accusé l'a fait attraper chez Costant Desnoes, où Renart eut une poule et Bruns des coups ^ ; il rappelle éga-

* Peut-être est-ce seulement une seconde manière de désigner le cerf.

■ Aventure qui n'a été racontée ni détaillée nulle part ailleurs.

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lement les perfidies de Renart envers le chat Tybert, la corneille, Tiercelin et la mésange, qu'il voulait baiser en Judas. Le singe Gointeriaus se met à palUer le crime de Renart, mais Bruns s'en indigne davantage. On convient enfin qu'Ysengrin doit prouver le fait par d'autres témoins encore, ou bien se contenter que Renart lui fasse amende et jure la réparation et la paix ; et pour épargner au roi Noble même la peine de présider, on nomme pour cela le mâtin Roonel, phien de Frobert de la Fontaine. Noble en est fort satisfait et ordonne à Grimbert le Tesson (taisson, blaireau) d'aller mander Renart et autres.

Ysengrin convient avec Roonel que celui-ci s'étendra comme mort dans un fossé, et que Renart devra jurer son innocence sur la dent de Roonel, qui alors le retiendra jusqu'à ce que d'autres chiens l'aient assailli. Le chameau (chamez) est appelé Musarz ; le léopard, le tigre, la panthère, le singe, Rouselez H Escureus, écureuil, dame Gente la Marmote, Corte la Taupe^ danz Pelez ti Raz, dans Galopins li Lièvres, tous s'y rendirent. Li putoiz qui Foinez ot non, fouine, y porte le gonfanon^ étendard. Renart et Ysengrin, chacun de son côté , réunissent tous leurs amfs. Les compagnons de Roonel sont cachés. Brichemers préside.

HKNART. 163

Renaît s'aperçoit que Roonel n'est pas mort ; il dissimule toutefois et prétend seulement devoir manger avant de faire son offrande et de jurer. Il se rappelle que dant Frobertj uns riches hons c'on dit Desnoes, a trois oies grasses, et invite Bruns et Tybert à s'y rendre avec lui pour lécher du miel dans le lardier. Renart enferme les deux autres; Bruns est rossé et Tybert perd la queue. Renart s'empare d'une oie et nargue ses compagnons, qui promettent bien de se venger. Les autres animaux , qui attendent , sont en partie attaqués de même par les paysans, qui se sont mis à poursuivre les trois voleurs.

La fraude de Roonel est mise à nu, et Renart se refuse à prêter serment lorsqu'on lui présente de nouveau cette prétendue relique. Il s'enfuit, et l'on se met vivement à le poursuivre. Il est mordu et pelé, mais il finit pourtant par regagner son Malpertuis.

Ysengrin au désespoir prend de nouveau les animaux à témoin de la perfidie de Renart et de ce qu'il a refusé de faire le serment. Grimbert parle en faveur de Renart et fait ressortir la fraude d'Ysengrin et de Roonel. Toutefois Ysengrin se réserve de se plaindre de rechef à la prochaine cour du roi.

Tout ce récit, parfois d'une longueur un peu traînante, est d'une grande simplicité. En plusieurs points il se rapporte aux altercations antérieures entre Renart et Ysengrin; toutefois c'est une composition a part dont l'auteur a connu les branches précédentes et y rattache assez étroitement son récit, mais qui ne les suppose pas familières à ses lecteurs ou auditeurs. Il se rencontre en quelques endroits avec les récits de Reineke, tels que la plainte d'Ysengrin, le plaidoyer du singe, le gros chien, etc.; mais le français est beaucoup plus développé, plus compliqué, et les détails sont différents.

Si coume Renart conchia Brun li Ours du miel. (¥.9649-11958; 2310 V.)

Perroz, qui son engin et s*art y. 9650. Mist en vers fere de Renart

Et d'Ysengrin son chier conpere, Lessa le miez de sa matere, Quant il entr'oblia les plez Et le jugement qui fu fez En la Cort Noble le Lion De la grant fornication

* Branche 16* chez Grimm.

Que Renart fist, qui toz max cove,

Envers dame Hersent la love.

Ce dist Testoire es premiers vers 9660. Que jà estoit passez yvers

Et Taube-espine florlsolt

Et que la rose espanisoit

Et près fu de TÂcension,

Que sire Noble le Lyon

Toutes les bestes fist venir

En son paies por Cort tenir.

Onques ni ot beste tant ose

Qui se tardast por nule chose

Qu'ele n'i viengne hastivement, 9670. Fors Dans Renart tant solement,

Le mal laron, le sodoîant

Que tuit li autre vont huiant.

Et encusant devant le Roi

Par son engin, par son desroi.

Et Ysengrin qui pas ne Taimc,

Devant toz les autres se claime

Et dist au Roi : fiiax très doz sire^

Car me fai droit de Tavoutire

Que Renart fist à m'espousée 9680. Dame Hersent, qu'ot enserrée

A Malpertuis son fort repère

Quant il à force li vost faire.

A force li fist-il li rous,

Dolenz en sui et coroçous, • Et conpissa toz mes Loviax

Idstgieux ne fu mie biax.

Renart prist jor de Tescondire

166 REffART.

. Qu'il n'avoit pas foit l'avoutire : Quant li jSaint furent aporté, 9690. Ne sai qui li ot enorté.

Il se retraist moût tost ariere, Si se feri en sa taisniere.

Le lion, souvent qualifié empererfi, pense que l'affaire est peu importante, assez ordinaire» et ne vaut guère la peine qu'Ysengrin fasse tant de bruit ; mais Bruns li Ours lui persuade de veiller au maintien des lois et à la paix générale, et de ne pas pardonner à Renart, qui trompe tout le monde. Bruianz d'abord et puis.Grimbert le Tesson prennent le parti de Rçnart, disent qu'il n'a rien fait à Hersent que par amour, et que celle-ci ne se plaint pas non plus que Renart lui ait fait aucun mal ni dommage. Hersent prétend qu'elle est innocente et que

V. 9801. Onques Renart de moi ne fist Que de sa mère ne féist.

Fromont li Asnes ( ailleurs Thimers ou Bernart l'Arceprestre), représenté comme bien bête, croit tout de suite aux paroles de Hersent. Grimbert et li Connins^ le lapin, se joignent à l'âne pour demander au roi de faire venir et prendre à merci Renart^ qui doit se justifier. Discussion. Noble n'est guère disposé à faire appeler Re-

RBNART. 167

nart en justice, ni à permettre qu'Ysengrin l'attaque et rompe ainsi la paix générale.

Cependant Ghantecler, Pinte, Noire, Blanche et Rossete apportent une poule tuée par Renart, se plaignant de lui et affirmant qu'il a mangé plusieurs des leurs, nourris et engraissés par Gonbert de Fresne ou du Plessié. Noble se f&che alors, et toute la cour tremble (y. 10041 et suiy.; peinture excellente) ; Coarz^ le lièvre, en a deux jours la fièvre. Sur Tordre du roi la poule est solennellement enterrée. Par miracle le lièvre guérit de sa peur en s'endormant sur la tombe de la poule, et le loup, d'après le conseil de Roonel, se rétablit par le même moyen.

Alors Bruns est député vers Reuart pour le mander à la cour. Dans un excellent dialogue (v. 10188), Renart excite son goût pour le miel. L'ours s'écrie aussitôt :

V« 10237. Nomini Pastre Ghristum fil,

Dist li Ors, par le cors Saint Gil, Gel mid, Renart, dont >os abonde 7

Il demande instamment d'y être conduit ; Renart l'emmène et le fait prendre par les pattes et le museau dans une pièce de bois de chêne fendue appartenant au forestier Lanfroi. Bruns, couvert de sang, ne s'en tire, en laissant la peau

de son museau, que quand Lanfroi et d'autres gens viennent pour l'assommer ; il s'enfuit droit en la chariere où H Lion tint Cort pleniere * .

Noble, indigné du tour joué à Bruns, ordomie sur-le-champ àTybert, le chat, d'aller lui chercher Renart :

V. 10446. Alez-moi à Renart viaz, Dites moi le rox deputaire Qu'il me ^iengne en ma cort droit faire, Si n*i aport or ne argent, En la présence de ma gent»

Ne parole por soi deffendre, Mes la hart à sa gole pendre.

Le chat aperçoit YOisel Saint-Martin, ce qui lui semble d'un mauvais présage^; il arrive tout craintif devant le trou de Renart, qui, toutefois, lui fait bon accueil. Convoiteux de

* Ici rien du bain de l'ours dans le fleuve, où il nage et où Renart vient se moquer de lui , comme cela est raconté dans le Reineke. L'auteur énumèreMes vilains qui arrivent avec Lanfroi pour attaquer Tours, et auxquels il donne des sobriquets à presque tous sans exception. Ce sont à peu près les mêmes personnages qui se trouvent mentionnés dans la 19* branche. Dans Reineke, les noms et les rôles sont changés; mais il est assez curieux, entre autres, que le vers 10393 :

Cil qui fet pingnes et lanternes,

réponde au vers 80/i du Reinaert :

Eens houtmakigge van lanternen.

* Comme dans Reinaert et dans Reineke,

RENAIIT. 169

rats et de souris, et rassuré par Renart, Tybeil se laisse prendre au lacs tendu pour attraper Renart chez le prêtre, lequel tenait chez lui une concubine qui lui avait fait dépenser son bien et lui avait donné un fils, Martinet d*Orliens. On vient assaillir le chat et le battre ; il se défend, coupe la corde du lacs à Taide de ses dents, mord le prêtre entre les jambes, lui arrache un des pendants, et s'enfuit. Renart s*est esquivé au premier bruit.

Tybert va droit se plaindre au roi. Celui-ci s'indigne et envoie aussitôt Grimbert avec une lettre chez Renart. Grimbert, parent et ami de Renart, s'y prend plus adroitement que les autres. Renart se soumet en effet et confesse à Grimbert d'avoir eu des relations avec Hersent, d'avoir fait tomber Ysengrin dans une fosse à loup, de ravoir fait prendre à un piège, de lui avoir fait manger du jambon à Texcès, afin qu'il ne pût sortir du trou par où il était entré, de lui avoir fait pécher la lune à la fontaine, de l'avoir trahi devant la charrette aux poissons , d'avoir fait prendre le chat au lacs, d'avoir fait battre tous les animaux qu'Ysengrin avait réunis pour lui faire prêter serment*, etc. Grimbert

* Cette confession est plus générale et plus <*oncise que celle de Reineke; elle est différente de deuils, et plus courte. Quel-

170 RBNART.

absout Renart après la confession (y. 10833), moitié romanz, moitié latin. Renart prend congé de sa femme et de ses enfants, leur recommande de défendre le château envers et contre tous et fait sa prière. Malgré sa dévotion, en passant devant une grange où il y a des poules, il est fort tenté d'en prendre quelqu'une.

Arrivé devant le roi, Renart parle audacieusèment, comme s'il était complètement inno* cent et qu'on l'eût calomnié en tout. Grimbert plaide sa cause. Toutefois Noble est inflexible, et sur l'avis des autres bétes, il ordonne que Renart soit exécuté. L'accusé est saisi, maltraité et sur le point d'être pendu au haut d'un rocher; mais alors il s'humilie et supplie le roi, et Grimbert se joint à lui. Renart offre de prendre la croix, d'aller outre mer, etc. Le roi lui accorde sa demande, quoiqu'il dise :

V. 11152. Qant reviendroit si seroitpire, Qar tuit ceste costume tienent, Qui bon i vont, mal en revienent ' .

Renart fait le fier devant tous, excepté devant

ques unes des aventures n^ont pas été racontées ailleurs, telle& que celle de la fosse au loup et celle de la pèche de la lune.

* C'est ici, au vers 11168, que finit tonte conformité entre ce récit et celui de Reinelce flamand et allemand.

RfiNART. 171

le roi et la reine, ma dame Fière rorgellouse^ qui lui recommande de prier pour eux, et lui fait don de son anneau.

y. 11206. Renaît mist Tanel en son doi Et puis a pris congié au Roi :

Le cheval fiert des espérons, Fuiant s*en va les granz trotons;

Il découvre Coart, le lièvre, dans la haie où celui-ci s'est caché, et l'emporte ; puis, monté sur une hauteur au dessus de la vallée où se tiennent le roi et la cour, i] jette en bas la croix, le bourdon et l'écharpe. Coart s'échappe et court raconter au roi comment Renart tient sa promesse de pèlerinage : tous les animaux se mettent à ses trousses. L'auteur en fait l'énumération ; entre autres, Tardif, le limaçon, porte l'enseigne, le gonfanon. Renart réussit cepen-» dant à gagner Malpertuis.

Noble et tous les autres animaux assiègent le chàteau-fort, imprenable à moins de trahison ou de disette. Renart monte dans la tour et fait entendre à tous comment il les a trompés successivement. Noble jure de ne pas s'en retourner qu'il n'ait pris le château et fait pendre Renart. Celui-ci vante la force des remparts et l'abondance des provisions, dont il a pour sept ans, etc^

Pendant six mois, tous livrent chaque jour des assauts, mais toujours en vain. Un soir où tout dort, Renart sort et attache chaque animal par la queue, le pied ou le cou à quelque arbre, et fait son plaisir de la lionne. Toutefois il a oublié de lier Tardif, le limaçon, qui va détacher les autres et qui retient Renart par la patte, jusqu'à ce qu'ils viennent le faire prisonnier. Noble lui fait bander les yeux, mettre la hart au cou et livrer aux injures et aux mauvais traitements des autres bétes. La lionne, cependant, a pitié de lui et regrette qu'il ait son anneau ; elle donne en secret à Grimbert, pour Renart, une lettre, brief, qui doit le préserver de la moit, et exige qu'il vienne plus tard lui parler en secret. Sur le point d'être pendu, Renart, d'après l'exhortation de Grimbert, dispose de ses biens ; il négocie son pardon et offre de se faire moine et reclus. En ce moment sa femme Hermeline et ses enfants arrivent avec un grand convoi :

V. 11805. Un somier tôt cbargié d'avoir Ameinent por Renart avoir.

La dame intercède, offre ses trésors au roi et demande instamment la délivrance de son époux. Le roi, qui ne se montre sévère que pour satis-

faire les autres barons, se laisse toucher et pardonne encore.

Cependant on voit venir Chauve la Soriz et Pelez li Raz ses mariz que dani Renart ot estr angle et toute leur race, dont Renart a fait grand massacre. Nouvel éclat contre Renart. Il grimpe sur un arbre. Le roi fait apporter des cognées pour abattre l'arbre. Renart saisit un caillou, le lance à la tête de Noble et s'enfuit pendant que les autres s'empressent autour du roi blessé, et fous s'écrient :

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