‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 26 sur 84 · V. 11957. Et Renart einsi s'en eschape · texte numérisé non relu

V. 11957. Et Renart einsi s'en eschape

Dès or gart bien chascun sa chape \

Dans un récit de ce genre il est impossible qu'il n'y ait pas des passages et des mots assez scabreux; mais ils se trouvent toujours employés

* Poursuivront.

* Possible.

' Progéniture du diable vivant.

*■ Cape , manteau.

franchement, ingénument et sans recherche ni affectation. C'est peut-être la branche la mieux racontée de toutes. Le récit des faits est assez rapide et précis ; les conversations et les discussions, quoiqu'un peu longues, sont piquantes et spirituelles ; les raisonnements et les portraits sont bien faits. Les animaux sont présentés chacun avec leur caractère particulier : le lion, qui fait le roi, est hautain, se fâche, menace, veut pourtant bien contenter tout le monde et se décharger sur les autres des devoirs et des décisions pénibles; la lionne est vaine et orgueil-

leuse, sensible à la flatterie et à l'amour, etc.; le cerf est grand-juge, légiste, discoureur ; le sanglier fait le secrétaire du roi. Quand il s'agit d'aller vite, les animaux sont tous censés être à cheval ou à. mule et presser leur monture à coups d'éperons, ce qui est une empreinte des mœurs chevaleresques du temps où la composition a été faite.

L'adultère de Renart avec la louve, et les autres affronts qu'il a faits à Ysengrin forment toujours la grande question d'où naissent les aventures incidentes. Les vers du commencement, cités ci-dessus, rapportent cette branche à la dix-neuvième, et l'y rattachent presque comme une suite, quoique du reste elles soient

HENART. 175

bien distinctes et qu'elles appartiennent à deux auteurs différents. Le trouvère, en prétendant que Pierre de Saint-Cloud a négligé le meilleur de la matière, offre une curieuse analogie avec Tauteur flamand du Reinaert, qui se réjouit également de ce que son prédécesseur lui a laissé de quoi composer encore sur Renart.

La première partie de cette branche a beaucoup de conformité avec le commencement du Reinaert et du Reineke (liv. I, chap. 1-23; Goethe, chants 1-4), encore que les détails diffèrent essentiellement. Ces différences consistent, par exemple , en ce que le taureau et d'autres pensent avec le lion qu'il ne vaut guère la peine de s'occuper de la plainte d'Ysengrin, que Renart a fait bien d'autres tours pareils, qu'on doit arranger ces affaires-là soi-même, que Hersent ne vaut guère mieux que Renart ; en ce que Fours offre de son propre gré d'aller chercher Renart; que Hersent prétend être pure depuis son mariage, il y a dix ans, et ne permettre la plainte d'Ysengrin que parce que celui-ci est toujours jaloux, etc. Dans le Reineke se trouve ensuite (liv. I, chap. 24-31 ; Goethe, chant 5) le conte mensonger du trésor du roi Emery à Husterlo et à Krekelborn, en Flandre, qui est absolument étranger au Roman de Renart^ et de-

puis le vers 1 1 169 la narration française s'écarte entièrement du flamand et de l'allemand, lesquels n'ont nulle part rien de ce que contient la seconde partie de cette branche. A la vérité, l'arrivée de Hermeline avec une forte somme (v. 1 1 805), moyennant laquelle le roi est adouci et Renart racheté de la potence, rappelle l'idée générale d'un trésor qui influe sur la résolution du souverain ; mais il y a fort loin de là au trésor imaginaire de Reineke.

Il n'est pas impossible que la conformité dont nous venons de parler puisse fournir quelque renseignement sur la prétention de Henri d'Alcmar d'avoir traduit du français.

Les variantes sont assez nombreuses pour cette branche, mais non pas très importantes.

C'est si conme Renart fu Tainturier. (V. 11959-

Li Rois a fet son ban crier, V. 11960. Par tôt plevir et afier

Que qui porra Renart tenir, Que ne le face à Cort venir,

• Branche 17* chez Grimm.

Ne roi ne conte n'i atende> Mes erroment le prengne et pende.

De ce fu moult pou à Renart, Fuiant s'en va en un essart.....

Renart, évitant d'être aperçu d'aucune autre bête, adresse effrontément une prière à Dieu,

y. 11976. Qui de tans perilz m'a geté '

Et m'as soufert tans malz à fere Que je ne déusse pas fere,...

et lui demande de le garder désormais et de le rendre méconnaissable aux yeux des autres animaux ; puis il s'incline vers l'orient, se frappe un coup sur la poitrine, se signe et continue sa marche. Il arrive auprès de la maison d'un teinturier occupé à auner le dmp qu'il va teindre en jaune, et qui a laissé sa fenêtre ouverte. Renart saute par la fenêtre et tombe dans la cuve pleine de couleur jaune. Le vilain Tayant entendu, Renart lui fait accroire qu'il est du métier, demande à être retiré de la cuve, et promet d'instruire le teinturier dans le fin du métier. Echappé du danger, il avoue au vilain qu'il n'entend rien à la teinture, qu'il a^ été sur le point de se noyer, mais que Dieu l'a sauvé. La couleur est bonne ; elle a bien pris sur lui et le

• Retiré,

déguisera suffisamment. Il s'enfuit charmé de ce résultat.

Renart rencontre Ysengrin qui ne le reconnaît pas. Pour mieux soutenir l'incognito, Renart estropie son jargon, prétend être de Bretagne, parler anglais, être jongleur et avoir été dépouillé et privé de son instrument. Il salue Ysengrin du mot de Godehelp, se donne le nom de Galopins^ et dit :

V. 121^9. Je fot savoir bon lai breton Et de Merlin et de Foucon, Del roi Arta et de Tristan, Del Ghievre-foil, de Saint Brandan.

Et sez-tu le lai Dam Iset?

la, ia, dist-il, godistonet, Je fot saver, dist-il, trestouz.

Ysengrin demande s'il ne peut lui donner des nouvelles du traître qui, l'autre jour, s'est joué de la reine et du roi, et qui a tant de torts envers Ysengrin. Renart fait l'ignorant. Ysengrin l'invite à se rendre à la cour du roi en sa qualité de jongleur ; il s'excuse sur ce qu'il n'a point de vielle. Ysengrin s'offre à lui en -faire avoir une chez un certain vilain. Ysengrin entre par la fenêtre, qu'on a laissée ouveite, prend la vielle et la présente à Renart ; celui-ci fait aussitôt clore la fenêtre et enferme Ysengrin. Le vilain s'éveille;

HENART, 1 79

Ysengrin le mord aux fesses ; mais à son tour un mâtin saisit Ysengrin aux testicules et les lui arrache. Quand d'autres personnes viennent au secours du vilain et que la porte s'ouvre, Ysengrin se sauve en renversant le vilain dans une mare fangeuse , dont on a de la peine à le retirer. Ysengrin, désolé d'avoir perdu sa chose ^ revient enfin chez lui. Sa femme Hersent Taccueille bien d'abord, mais lorsqu'elle s'aperçoit qu'il ne peut plus la chose fere et qu'il a perdu la coille, elle est désolée et devient furieuse. Ysengrin cherche à lui faire accrobe qu'il a prêté la coille à une Nonein (religieuse), mais elle ne se laisse pas apaiser, et finit même par abandonner son époux sans qull ose en murmurer. La branche finit par les vers suivants :

V. 12501. Dame Hersent est noble et fiere, £t toz jors a esté legiere, Goînte et plaine de grant orgoil.

Des quatre piez feri le soil £t a torné le cul au vaut ; Â Deu, fet-ele, vos conmant, Drece sa poe, si se seigne, Vet s'en, conment que li plet pregne.

Ailleurs la dame Hersent n'est guère noble et fière de naturel ni de conduite. Malgré les traits

de ressemblance évidents et incontestables entre cette branche et la précédente, sans doute elles sont dues à divers auteurs. Le caractère général y diffère ; le récit est moins piquant, moins varié, plus plat ici que dans la vingtième branche. Celle-ci parait ancienne ; elle ne se trouve ni dans Reinardus, ni dans Reinaert, ni dans Reineke.

iSï conme Renart fu Jugléeur. (V. 12509-12986;

Or vos dirai de l'autre part V. 12510. La contenance de Renart

Qui Ysengrin engingnié a

Par son anglois que il parla,

Et s'en ala par le boscage

Qant Ysengrin laissa en gage.

Moult s'esbaudist, moult se conforte

Por la viele qu'il enporte ;

Va s'en à tote la viele,

D/Ysengrin n'oï plus novele.

Tant fist Renart denz quinze dis V. 12520. Fu bien de la viele apris ;

Sages en fu et escolez,

One ne fu tex barat trovez.

Einsi s'en va par la contrée

Tant qu'il a sa famé trovée;

REIfART. 181

O lui menoit un jovencel Que prendre voloit de novel :

Gosin Grinbert le Tesson fu.

Un peu plus bas, Renart appelle le jeune taisson Poncel et Poinciax. Tout le monde a dit Renart mort. Tybert le chat prétend l'avoir vu pendu aux fourches. Hermeline n'est donc pas si blâmable de vouloir épouser son cousin ; mais on apprend, à cette même occasion, quMls se sont déjà aimés long-temps à Tinsu de Renart; ce qui n'est dit ni supposé nulle part ailleurs. Renart dissimule; les fiancés ne le reconnaissent pas et l'invitent à leurs noces ; il accepte et dît :

V. 12621. Fotre merci, dist-il, bel sir, Moi saura fere ton plesir, Moi saver bon chançon d'Ogier, £t de Rolant et d'Olivier, Et de Gbarlon le ber chanu ', Dont vos est-il bien avenu.

Entre ses denz dist li maufez ' , Et vos estes mal asenez '.

Quand ils sont arrivés à la tanière, tous les autres animaux , Tybert , Brun , Hersent , etc. , y viennent pour la noce. Après avoir bien mangé,

* Charles le seigneur aux cheveux blancs,

* M^ant, mauvais diable.

' Adressé , enseigné.

182 RËNART.

tous s'en vont, excepté Hersent, qui prépare le lit nuptial, et Renart. Celui-ci sait qu'à une lieue de là est la tombe d'une martire dont vos m^avez bien oï dire, de Coupe qui là gisoit, qui opère des miracles S et où Ton a tendu des lacs et un broyon ; il fait accroire à Poincet que s'il veut y aller en pèlerinage il engendrera un fils le lendemain. Poincet y consent, se laisse guider et prendre au piège ; d'abord Renart se moque de lui, puis il est assailli, meurtri, déchiré par un vilain 9 uns anemis frère Guillain et quatre gaignons. De retour auprès de Hermeline, Renart se fait connaître, la gronde, Tinjurie, la maulit, la frappe ; il n'épargne guère Hersent non plus, et finit pai* les chasser l'une et l'autre. Les deux femelles en viennent à s'avouer et à se reprocher mutuellement leurs adultères, et bientôt elles se battent en furieuses. Un pèlerin^ sains homs et prêtre f survient ; il les apaise, leur fait demander pardon à leurs mâles et les réconcilie tous. Dès lors Renart raconte à Hermeline les aven-

' C'est bien de la poule Pinte, de la 20* branche, qu'il s'agit Le vos m*avez bien oï dire semblerait à la vérité signaler le même auteur pour les deux branches ; mais d'autres considérations ne permettent pas de le supposer, et du reste l'auteur de la 22* branche a pu chanter cela ailleurs , et non pas dans la 20* branche précisément.

RBNART. 183

tures qu*il a eues , comment il tomba dans la cuve, se joua d'Ysengrin , etc., et séjourne ensuite long-temps chez lui.

V. 12983. Ci fout Renaît *6 Teinturiers Qui tant sot de mavès mestiers, Et la tençon ' de Hermeline Et de Hersent qu'est sa voisine.

L'un des manuscrits (198 B) est terminé par ces mots : Explicit de Renan con il fu teinz en jaune.

Cette branche est étroitement liée à la précédente, la vingt et unième. Plusieurs passages, ainsi que la fin, fournissent même des raisons assez fortes de n'en faire qu'une seule. Les deux branches paraissent également anciennes ; celleci est aussi plus plate et plus traînante que la vingtième. Ce qui a été remarqué sur le ton, le récit et l'auteur de la vingt et unième s'applique encore à la vmgt-deuxième. Si l'on osait regarder la vingtième branche, telle que nous la connaissons aujourd'hui, conmie un remaniement plus récent et plus spirituel d'un original antérieur, on pourrait supposer que les branches

' Querelle.

vingt et une et vingt-deux ont eu une conformité et une liaison pins complètes avec cet ancien original de la vingtième.

Renart se divertit pendant quinze jours avec la vielle qui lui a été donnée. Il y a en cela quelque chose de poétique, mais aussi d'assez contraire au naturel de Renart, tel qu'il est caractérisé par le reste.

Plusieurs considérations portent à faire regarder la vingtième branche, Comment le renard trompa Cours du miel^ comme la principale de toutes les rapsodies sur le sujet du renard, comme le noyau du cycle, pour ainsi dire. La dix-neuvième s'y lie souvent ; la vingt et unième et la vingt-deuxième, marchant inséparablement ensemble, s'y rattachent plus fréquemment encore. Du moins nous ne connaissons aucun manuscrit où les branches vingt, vingt et une et vingtdeux ne se suivent pas immédiatement. Le plus souvent aussi ' ces trois branches sont placées à la tête des recueils qui forment le Roman de Renart. Cet arrangement mérite sans doute d'attirer l'attention, mais il fait naître des embarras^ des anachronismes et des invraisemblances dans le reste du récit. Quelques copistes ou quelques

* Dans les cinq manuscrits des sept qui seront nlcntionnéa plus loin.

collecteurs, et Méoii avec eux, ont voulu remédier à cet inconvénient en établissant un autre ordre des branches entre elles.

Ci conmence le Pèlerinage Renart, si con il ala à Rome. (V. 12987-13464; 478 v.)

Renart, en paix à Malpertuis, se dît las de ses exploits, odieux aux hommes et aux bétes, et disposé à quitter son métier. Il vante cependant un peu ses tours contre les poules et les poussins, et nous ramène aux aventures de la branche vingt:

V. 13029. Mainte en ocis en tel manière, Une en fis-ge porter en bière Devant Dant Noble le Lion, Que je ocis en traîson ; Mes icele me fu tolue, S'en dut ma gole estre pendue.

Il u eut jamais rien que le bien d'autrui, et prie Dieu de l'avoir en merci :

V. 13035. One vaillant Télé d'un pinçon N'oi-je voir se de Tautrui non :

Ce poise moi, or m'en repent,

* Branche 18* chez Grimm.

186 KENART.

Biax sire Diex omnipotent, Aiez merci de cest chaitif, Ce poise moi que je tant vif.

Cependant Renart rencontre un vilain qui lui demande pourquoi il pleure. Le voyant disposé à la confession et à la pénitence, le vilain le conduit chez un saint ermite. Renart se confesse à celui-ci d'avoir dévoré des poulets en glouton, d'avoir juré foi à Ysengrin et lui avoir donné Hersent, puis de l'avoir joué en le faisant moine et sonneur de cloches, et en le faisant presque assommer, de l'avoir conduit à la pèche et de l'avoir fait rosser, de l'avoir fait prendre en un piège, où il resta trois jours et perdit un pied, d'avoir lié Hersent à la queue d'une jument, et de l'avoir livrée à la honte \ etc. L'ermite lui enjoint de faire le pèlerinage de Rome, et de se confesser au pape même.

Renart désire avoir de la compagnie pendant son pèlerinage, et n'ose suivre le grand chemin, parce qu'il craint pour sa peau. Il trouve un troupeau de brebis et persuade à Dan Belin le Moion d'aller aussi à Rome en pèlerinage pour

* Dans la branche 25', vers 17132 et vers 17277, Elermeiine se lie à la queue d'un âne ; mais nulle part il n'est question d'attacher Hersent à la queue d'un cheval.

sauver sa toison et sa vie ; il cite la Bible à Tappui de ses arguments :

V. 13231. En lor chemin en sont entré, Mes il n*orent gueres erré Quant trouent Bernart l'Arche-prestre En un fossé les chardons pestre.

En promettant à l'âne beaucoup à manger et sans peine, Renarl le décide également. Pendant qu'Us traversent un bois ils aperçoivent grant plenté de Cers, de Bisses et de Deitis. Vers le soir, Belin et Bernart regrettent leur gîte et leur toit. Renart les conduit alors à Vostel Primant *. Ils s'y restaurent, boivent de la bière {cervoisé) et se mettent à chanter. Attiré par le bruit, le loup arrive avec Hersent, qui l'excite eu particulier à se venger de la perte de son pied. Grande frayeur chez les pèlerins. Renart ferme cependant la porte, place l'âne tout contre, laisse passer seulement la tête d'Ysengrin et la fait écraser à coups de cornes par le mouton. Hersent va chercher du secours, et en attendant les trois pèlerins s'éloignent ; les loups les suivent à la piste. Afin de les fourvoyer, et pressés par

* Excepté les bfanches 9* et 10% c'est ici Je seul endroit où revienne le nom de Primaul ; aussi un peu plus bas le loup est indifféremment appelé Ysengrin , comme à Tordinaire.

le danger, Renail, Belin et Bernart grimpent à grand' peine dans un arbre touffu. Leurs efforts réussissent, mais Belin et Bernart ne tardent pas à se repentir de leur entreprise et à regretter leurs brebis et leur étable ; ils résolvent de s'en retourner. Voulant descendre de l'arbre, ils tombent à terre, et dans leur chute Belin écrase deux loups et Bernart quatre ; les autres loups s'en effraient et prennent la fuite. Renart s'écrie après eux et descend en triomphe. Belin et Bernart étant décidés à revenir chez eux, Renart renonce de même à son projet :

y. 13^55. Il a el siècle meint prodome

Qui onques ne furent à Rome :

Tiex est revenuz des sept sainz ' Qui est pires qu'il ne fu ainz '.

Je me voil melre en mon retor, Et si vivrai de mon labor Et gaaignerai léelment, Si ferai bien à povre gent.

Lors ont crié : Outrée, outrée !

Si ont fête la retornée.

' Cloches.

* Auparavant.

RENÂRT. 189

Cette branche parait complète en elle-même, indépendante et détachée du reste. Le pèlerinage, malgré quelques différences assez sensibles, est celui de Ylsengrimus et du Reinardus, liv. III, fab. 1, dont il a peut-être existé une variante dans le Reinhart ^ . Il n'y en a rien dans le Reineke.

C'est la Bataille de Renart et d'Ysangrin. (V. 13465-15308; 1844 v.)

Mesire Nobles 11 Lions 0 soi avoit toz ses barons A icel terme et à cel point Que li Leus fa en si mal point, Que il ot la queue perdue *.

V. 13&70. Trois jors ot jà sa Gort tenue, Bien Tout li baron maintenue.

Tous les animaux sont assemblés, excepté Renart ; ils font grand bruit et se divertissent. Ysengrin arrive sans queue et avec une tonsure ; on se moque de lui.

¥.13^90. Atant vint Yseugrin li cous, Entre eus se tint tôt en apert,

* Grimm,p. CXXVIIL

* Branche /i*.

Son cul aporte descovert, Qar ne Favoit de coi covrir.

Et qant il le voient venir, Si le conmencent à gaber :

Einssi ne devez pas aler, Biau sire, covrez vostre tro; Estes-vos de l'Ordre Saint Po Qui aportez si grant coronne ' ?

y. 13500. Ysengrin nul n'en aresonne,

Ançois passe outre et va tôt droit Là où Mesire Noble estoit.

Illec se met agenoillous, Glaime soi de Renart li rons Par qui il est si atomez

Yseugrin se plaint ainsi à Noble, et celui-ci envoie Grimbert chercher Renart ; en attendant les autres chantent et dansent. Renart arrive tout effrayé; les offensés accourent pour se plaindre ; Grimbert encourage Renart, et lui dît entre autres :

y. 13609. Fortune secort les hardiz Si conme conte li escriz.

Renart s'humilie devant Noble, qui le menace terriblement, et lui reproche ses méfaits envers autrui. Renart s'efforce de se disculper, vante ses travaux et ses voyages à Rome, à Salerne, à Montpellier, afin de chercher des remèdes pour

' Branche 3*.

Noble même * . Grimbert l'appuie. Noble lui coupe la parole et raconte les forfaits de l'accusé. Renart a fait prendre au lacs le chat qui mordit le prêtre entre les jambes ^ ; déchirer le museau de l'ours à la poutre de chêne fendue ' ; il a trahi la Mésange * , Pinte la poule ^, le corbeau avec le fromage ^ ; il a fait prendre Roonel le mâtin au piège '^; assailli le lièvre, au lieu d'aller en pèlerinage ® ; quand les animaux l'assiégeaient, il leur a lié la queue , il a voulu attenter à la pudeur de la lionne, et n'a été retenu que par le limaçon ; aussitôt qu'Ermeline a eu obtenu son pardon , Pelez le rat est venu se plaindre , et Renart a fini par décocher un violent coup à la tête de Noble même ^.

V, 14107. Renart, tôt ce avez-vos fait. Qui biau ce est, mal débet ait!

Tôt jors DOS avez fet moleste,

' Dans le Roman de Renart, il n'est question de ces prétendus voyages qu'à la 26* branche, celle de Renart médecin.

* Branche 20*.

» Branche 20*.

* Branche 4*.

* Branche 20\ ' Branche 15*.

' Branche 26*.

* Branche 20*.

* Branche 20*.

De vos se plaint chascune beste; Mes par ma barbe, se je puis Et je en mon conseil le truis, Qant vos de moi départirez, James beste n'atraperez.

Renart soutient sou innocence envers tous, et offre de la prouver, si ce n'est autrement ( v. 1428), O par juise, o par bataille. Puis viennent des plaidoyers de part et d'autre entre Ysengrin et Renart sur les tours connus , tels que l'adultères le puits ^, la pêche ^, l'ivresse dans une cave *, la tonsure avec l'eau chaude*, l'échec d'Ysengrîn voulant faire le mort pour avoir les anguilles du charretier®. Ysengrin finit par demander la bataille, et Renart y consent. On fait les préparatifs et les cérémonies d'usage ;

* Branche 1".

* ' Branche 13*.

■ Branche li\

* Reinardus, liv. III, f. 3. Quoique celte version ne se trouve point dans Timprimé de Mëon, il faut pourtant que rivresse et les extravagances d^Ysengrin dans la cave d*un couvent où il s'est fait introduire par Renart, qui le fait moine, aient été connues et racontées dans quelque composition française. Puisqu'au vers iiili09 et suivants il n'est question d'aucun couvent , il est possible aussi que ce ne soit point ici une allusion, mais tout bonnement le bref récit lui-même. (Voy. pourtant la branche 9'.)

* Branche 3*.

* Branche 6*.

Ysengrin se fait armer de toutes pièces; Renaît se fait raser col et barbe. Hermelîne et Hersent, pleines d'inquiétude, prient Tune et l'autre pour Renart. Une tentative de réconciliation est faite par Brichemer le cerf, Baucent le sanglier, Bruiant le Tor et le léopard ; Ysengrin s'y refuse* Le roi fait appeler un chapelain, Belin le Moton *. Ysengrin et Renart jurent Tun et l'autre qu'ils sont innocents. Pendant le combat, Ysengrin menace et fait sonner de grands mots ; Renart est sage et rusé : il applique d'abord un coup de son bâton d'aubépine sur la tête d'Ysengrin et puis il lui casse le bras gauche. Ysengrin est éperdu ; Renart le jette sous lui et le mord. Cependant le hasard fait entrer la patte de Renart dans la gueule d'Ysengrin, qui se met à la serrer tellement que Renart, vaincu par la douleur, n'a d'autre ressource que de faire le mort. Ysengrin le laisse alors comme tel. Noble ordonne qu'on le pende (V. 15086). En attendant, Renart revient & lui, et pour prolonger sa vie il demande a se confesser. Belin reçoit sa confession®.

* Belin n'est pas mort et sa race n'est pas extirpée comme dans le Reineke, où Belin a apporté la tête de Lampe, le malheureux lièvre.

• Dans le poème allemand, liv. IV, ch. 7, 9, 12, Goethe,

194 RENÂtlT.

Heureusement pour Renart, un moine, le frère Bernard » vient à passer par là en revenant de Grant-Mont. Il intercède, sollicite et obtient la grâce de Renart, l'emmène, le guérit et le fait moine en son couvent. Renart observe toutes les pratiques de son nouvel ëtat, malgré les fréquentes tentations auxquelles Texpose son vrai naturel.

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