‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 40 sur 84 · V. 27773 Avec mi sire Ysengrin · texte numérisé non relu

V. 27773 Avec mi sire Ysengrin

Qai l'aime de caer interin,

et dont Tamitié tient désormais jusqu^à la fin et sans nul trouble.

Toute longue et prolixe que soit cette branche, à presque tous les égards, et encore qu'elle offre les mêmes noms propres qu'ailleurs pour désigner les acteurs, elle est indépendante et isolée comme celles qui la précèdent et celles qui la suivent. Il est évident qu'elle est postérieure à la plupart des autres ; elle date probablement du quatorzième siècle, ou tout au plus de la fin du treizième, et, dans ce cas, elle serait moins ancienne que le Couronnement de Renart. Le nom de Fauteur est inconnu et il n'y en a nulle trace.

Les aventures contenues dans cette branche,

UENART. m

sans être toutes spirituelles , piquantes ou poétiques , sont pour la plupart neuves. Ce qu'il y a de mieux, c^est sans contredit la fable du moineau qui sacrifie stupidement ses petits, mais qui s'en venge adroitement à l'aide du chien Morout. L'idée de se faire roi est aussi la base principale du poème du Couronnement de Renart^ mais les deux récits diffèrent complètement. La couleur et le caractère de la seconde partie de la branche sont conformes à ce que l'on trouvera dans le poëme de Renart le novel. Cette branche-ci n'est pas la seule où d'abord Renart et Hermeline se plaignent de n'avoir pas de quoi se rassasier, où Renart en promette et parte pour s'en procurer, mais où ensuite il subisse force aventures sans garder le moindre souvenir d'Hermeline, ni songer le moins du monde à lui rapporter à manger pour elle et pour leurs petits. De plus, quand il est question en particulier de Malpertuis, ce château est toujours dépeint non seulement comme formidablement fortifié, mais aussi comme abondamment muni de toute espèce de prévissions. C'est une particularité que la vive amitié d'Ysengrin pour Renart. D'abord, à la vérité, Renart lui attire une fâcheuse affaire; mais Ysengrin ignore que Renart en est l'auteur, et il demeure son fidèle et dévoué partisan.

On pourrait à son gré diviser cette bi*anche en deux parties distinctes (au vers 25881), qui n'ont nulle liaison nécessaire, nulle espèce d'analogie. La première rentre dans le caractère des premières branches et de la fable en général ; la seconde s'en écarte tout-à-fait. Dans cette seconde partie, on distinguera encore d'abord la guerre de Noble contre les animaux envahisseurs du dehors, païens ou sarrasins (v. 26466 et autres), et puis la guerre entre Noble et Renart, son vassal félon, qui l'a trahi. L'auteur fait un récit tout militaire et tout chevaleresque, où les animaux vont tous à cheval, armés de lances, de casques, de boucliers, etc., et combatteni à la manière des chevaliers, tous absolument de la même façon ; lion, ours, sanglier, chameau, chat, lièvre, corbeau, coq, scorpion, limaçon, sont équipés et agissent de la même manière ; par conséquent ils s'écartent tout-àfait de leurs caractères et de leurs habitudes et perdent toute vraisemblance. A la vérité, ils conservent des noms divers, mais conmie ils se comportent tous de même, tout ce qui tient à la différence du naturel et des qualités des animaux, de leur force, de leur grandeur, etc., tout ce qui fait le fond et l'essence de là fable, est absolument écarté, négligé, effacé. Le roi Noble,

comme ailleurs, joue un rôle pitoyable ; partout il menace beaucoup, mais agit peu; il se laisse persuader et jouer, et finit par pardonner et laisser échapper le traître sans punition. Quoique peu étonnant par rapport au reste, il est assez curieux de voir le lion figurer toujours comme roi Noble parmi des animaux originaires de l'Europe et du nord. Ici, dans la guerre de Noble et de ses sujets contre les assaillants étrangers conduits par le chameau, fauteur fait figurer, à la vérité, des scorpions et des serpents, mais il se tait ou parait embarrassé pour des noms d'animaux appartenant aux autres parties du globe, lesquels lui sont vraisemblablement inconnus. Ces adversaires, nous l'avons fait remarquer, sont censés être païens ou sarrasins, et la branche se termine ainsi :

V. 27775. Et puis fu si bien du Roi Noble Que tuit cil de Constantinoble, Par parole ne par mesdit, Ëinsi con rescriture dist, Nel féissent au Roi meller Por rien qu'il séussent parler, Mes entr*eus.moult grant amor ot li coûtes fenist à cest mot.

En lisant la seconde partie de cette branche, on est fort tenté d'adopter l'hypothèse d'une

allusion directe à des personnages et à des événements historiques du temps de la composition de l'ouvrage, du moyen-âge en général, à quelques conflits réels entre musulmans et chrétiens, entre l'Orient et l'Occident, entre suzerain légitime et vassal félon et rebelle.

Les variantes sont assez nombreuses, sans offrir toutefois aucune différence essentielle dans le récit.

Si comme Renart volt mangier son Confessor.

La branche commence par une série de proverbes et de réflexions sur le caractère de Renart, jusqu'au vers 27855.

V. 27783. Foux est qui croit sa foie pense, Moult remaint de ce que foux pense; Foux est qui croit foie espérance Que toz li monz est en balance.

Fortune se jeue del mont, Li un vienent, li autre vont, Li un devant, Tautre derrière, Ghc est li geux de la cbiviere ' .

2783&. .)à nus n*aura de lui (Renart) droiture, * C'est le jeu de la civière.

Il prent à tort, il prent à droit, C'est merveille qu'il ne recroit.

278^1. De lui (Renart) ne se puet nus partir Jusqu'à tant qu'il l'ait fait bonir :

Une pièce puet-il reignier.

Mes après le fet trebucbier, Pendre as forcbe, ou noier en mer, Ardoir en feu ou essorber * .

27855. Seignors, se vos volez oïr, Je vos dire tôt sanz mentir De Renart le Gorpil la vie Qui tant a fait de lecberie, Qui tant a homes decéuz , Que par enging, que par vertuz, Cent paroles a fait acroire Dont il n'i avoit nule voire :

Il n'est nus bons que il u'engingue.

RcnarX va à la noire Abaïe, à Gompiègne, pénètre dans le poulailler et s'y régale. Un valet, serjanty qui s'est relevé la nuit, entend le bruit, bouche l'entrée et va éveiller les moines. Renart n'échappe qu'après avoir reçu force coups. Il court jusqu'à ce qu'il atteigne l'Oise (v. 28000, tant quil vint sor la rive d'Oise), monte sur une meule de foin et s'y blottit. Pour se soulager, il dresse la queue et laisse échapper sept Vents (première grossièreté) en l'honneur de son

* Engloutir, noyer.

père, de sa mère, de ses bienfaiteurs et ancé» très, des poules qu'il a mangées, du vilain qui a fait la meule de foin où il est couché, de son amour avec Hersent, et en malédiction dTsengrin.

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