‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 41 sur 84 · V. 28037., Atant se r*est aie gésir · texte numérisé non relu

V. 28037., Atant se r*est aie gésir

Que talent avoit de dormir.

Si se conmande as doaze Aspostres

Et a dit douze pater-nostres,

par lesquelles il demande des grâces pour tous les pécheurs et félons, du mal pour tous les moines, prêtres, etc. Tel est le singulier mélange des paroles de la religion, de la superstition et de la profanation scandaleuse du moyen-âge. Quand Renart se lève le lendemain matin (v. 28077), il se propose d'aller manger l'oie grasse de dant Goubert, mais il se trouve surpris par le gonflement de la rivière, en sorte que la meute est tout entourée d'eau.

Un milan, Escoufle, Hubert , Huans, Hudrt, dant Botecus, vient se reposer sur la meule (v. 28105). Renart fait le souffrant et demande à se confesser à lui. Il s'ensuit alors une longue énumératîon des péchés de Renart (v. 28141- 28272) *. Il s'avoue parjure et excommunié pen-

' Dans la branche 13% Renaît fait à Ysengrin mention de sa confession à TEscoufle.

dant neuf ans, sodomite, etc., et prétend être disposé à faire pénitence et à se faire moine ; mais il feint du reste d'avoir un mal au côté qui l'en empêche, puisqu'on ne veut recevoir dans les ordres que des hommes sains; déclare ne savoir pas le latin, ne pouvoir supporter les jeûnes, avoir l'esprit trop enjoué, et en général être incapable de se soumettre aux règles monastiques ; d'ailleurs les moines noirs, selon lui, sont trop libertins, et les blancs trop austères ; il ne saurait se priver de Hersent ne de son pertuis. À propos de ce mot, Renart fait Téloge du c... comme de la chose par excellence, et de celui de Hersent en particulier^ ce qui donne lieu à la longue et obscène discussion suivante, pendant laquelle Renart déclare qu'il ne voudrait être abbé que si Hersent était abbesse.

V. 28271. Qar moult est l'Ordre bone et bêle Qui est de mâle et de femele.

L'Escoufle se met à faire de vifs reproches à Renai't, prétendant que Hersent est absolument indigne de son amour et de ses éloges ; que c'est une vieille carcasse de quatre-vingts ans, putain à tout le monde, ayant le c... vilain et large à pouvoir y faire entrer un cheval sur ses quatre pieds, etc.; qu'elle est obligée de se coucher

pour que Renart puisse y atteindre, et qu'il ne saurait remplir le c... à moins d'y entrer tout entier. Il lui conseille de prendre une maltresse plus jeune et plus gentille, telle que Cortoise^ la femme de Belin le mouton (v. 28404).

Renart est très irrité d'entendre mal parler de Hersent (v. 28435), jure tout bas de s'en venger et de manger son confesseur, fût-ce chose inouïe jusque là. Il poursuit cependant sa confession, et cite nombre d'abbés et de religieux qu'il aftirme être plus pécheurs que lui ; il se vante de sa luxure et de sa gloutonnerie, épou-. vante ainsi le milan, fait semblant de s'en effrayer lui-même et de se pâmer. Quand H Huans vient à son aide^ il tente de le happer ; Utibert s'échappe et se signe plus de quatre fois. La confession est reprise néanmoins (v. 28600); Renart avoue avoir un jour trouvé et mangé qatre huaniax^ petits milans, qui erent filz Hubert rEscofle. L'oiseau dit que ce sont les siens, et qu'il les a cherchés pendant un mois. Il prononce sa malédiction sur Renart. Celui-ci prétend qu'un confesseur , au lieu de maudire son pénitent, doit lui pardonner, et que d'ailleurs il a mangé les petits sans savoir ce qu'il faisait ^

* Selon le récit de la 30' branche, non seulement Renart aurait mangé les petits, mais, de plus, tué les père et mère.— Dans

REIfART. 249

Le milan pardonne en effet, et Renart promet en récompense de se faire son homme-lige. Pour J)rêter serment, ils doivent s'entre-baiser; le milan s'approche, et Renart le saisit et le croque à l'instant.

Le récit est animé et comique ; la fin est rapide et assez spirituelle. Renart est ici dans son caractère et dans celui de la fable ; ce sont les vieilles rancunes, les relations connues, les atliours du renard et de la louve, etc. Plusieurs considéi*ations portent à croire que cette branche eàt antérieure à celles qui la précèdent. Nous nous retrouvons ici sur le vrai terrain de la vieille naïveté, de l'enjouement et de la causticité des Français du moyen-âge. A la vérité, nous y rencontrons aussi toute la franche et plate obscénité qui est si fréquente dans la vieille littérature ; toutefois elle y doit moins choquer, moins rebuter, précisément parce qu'elle est sans gêne et sans mauvaise intention ; elle n'est point

la 5' partie du Renart le Contrefait, Renart se trouve de même sur une meule de foin , se confesse à Hubert l'Ëscofle , reçoit Tabsolution, et dévore ensuite Hubert ; mais la confession y est toute différente ; exempte de platitudes et d'obscénités , elle est pleine de digressions savantes et morales.

d'une équivoque réfléchie et perverse : c'est tout bonnement la franche grossièreté de mœurs, de langage et de conversation, unie à la candeur d'esprit, également propre au moyen-âge de la France.

Cette branche-ci commence pair un vol de Renart dans une abbaye noire, et la branche suivante par une invasion dans le poulailler d'une abbaye blanche. En général, ici Tauteur s'attaque de préférence aux moines noirs, bénédictins, de l'ordre de Cluny, et, plus loin, 32* branche, aux moines blancs, augustins^ réformés par saint Bernard, de l'ordre de Clteaux.

Dans le manuscrit 195 B, cette branche est terminée par ces mots :

Explicit la seconde vie

De Renart, où a tant boidie.

La mort Renart. (V. 28665-30362; 1698 v.)

Au printemps, comme d'habitude, après avoir souffert pendant la mauvaise saison, Renart sort

' Branche 27' chez Grmini.

de son repaire pour recommencer ses exploits contre les autres bêtôs :

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