V. 3. Soû en romanz mettre en escrit
^ Si cum li Livres le nus dit; etc.
y. 9. Uns prudom m'ad piéça requùe
Pur ço m*en sui ore entremise^
De mettre mei en cel labur,
Pur révérence, è pur s'onur.
E si lui i^est, è il le voille,
K'en ses bioi-faiz tuz-jurs m'acoille,
Oirai-ço ke j'en ai oî;
Beau-pièi^Cy or entendez ici.
Et puis la fin du poëme (y. 2297-3302) :
Jo Marie ai mis en mémoire Le livre de TEspoi^toire, En romanx k'il seit entendables A laîe genz è convenables ; Or preïom Deu ke pur sa grâce De nos péchiez mundes nus iace.
Marie s'est donc encore nommée comme auteur, et les participes au féminin indiquent de plus son sexe. Il n'y a pas plus d'indication p^ cise de l'époque qu'ailleurs ; mais comme Marie a yersifié sur la demande d'un Prudom , d'un Beau-pière^ elle a satisfait aux yœux d'un con*^ temporain, que celui-ci soit le père d'un mari ou bien quelque religieux. Puisque Marie juge à propos de dire qu'elle est de France, il feut en conclure qu'elle a écrit hors de ce pays. Dans le Purgatoire il ne s'agit ni de Normandie
ni de Flandre, mais des pays tenant à TAiigleterre. La fable du Purgatoire de saÎQt Patrice n'a été jmaginée qu'au douzième siècle, et la version française de Marie de France a été faite et connue ayant 1245 ^
Les poëmes connus de Bfarie de France, savmr les Lais, les Fables et le Purgatoire, sont tous des imitations ou des traductions; par là il nous parait d'autant moins probable que la fietion du Couronnement de Renart fasse exceptieu et soit due à Marie de France. Celle-ci s'étant nommée positivement dabs les Lais, les Fables et le Purgatoire, il est de toute probabilité qu'elle se fût également nommée dans le Couronnement de Renart, si elle en était l'auteur. Henri III régna depuis 1216 jusqu^en 1972. Henri II Plantagenet, mort en 1189, eut de la belle Rosamonde Olifford un fils naturel appelé iGruillaume-Longue- Épéejf comté de Salisbury, assez fameiix chevalier, combattant à la bataille de Bouvines en 1214, et mort en 1226. L'auteur des Fab^s, des Lais et du Purgatoire, né en France, et passant ses jours en Angleterre, a donc fort^bien pu travailler Air les instances et en l'honneur de ce
• Notice sur le Furgatoire^ dans iM Poésies de Marie de France^ par Rôqaefort, t. ir, p. /|03.
RËNART. 333
cppite Guillaume'-Lon^e-Épée, et dédier en partie ses ouvrages à H^i III. Si c'est Henn I^^" (1100 — 1135) qui est censé avoir traduit Esope de latin en anglais, pt qu'on veuille supposer Marie de France vivant de son temps et lui adressant ses ouvrages, on ne pourra absolument pas faire du personnage qui l'a engagée à écrire le conite Guillaume Cliton, dépossédé de ses pays et fait comte de Flandre, en 1127, pour quelques mois seulement, par la compassion d'autrui; mais puisque Marie dé France a traduit le Purgatoire pendant la première moitié du treizième siècle^ elle n*a guère pu être contemporaine de Henri I*""*
II. Dans le Couronnement de Renarl. il est surtout question des Frères Mineurs ( Franciscains) et des Jacobins (Dominicains). La fondation de ces ordres ne remonte que jusqu'au commencement du treizième siècle. Il a fallu quelque temps avaiit qu'ils en vinssent au degré de relâchement et de perversité et aux jalouses dissensions que l'auteur du poëme nous dépeint. Cette considération nous fournit un motif de plus de ne placer la composition du Couronnement de Benart que dans la seconde moitié du treizième siècle.
334 rbuart.
IIL Le surnom de LoDgue^Ëpée n'a pas été propre à une ou deux personnes seulement. Peut-être le fils du duc RoUon de Normandie r»-t«-il porté le premier. Au douzième siècle, nous le Toyons devenu héréditaire danâi une famille, non seulement pour les hommes mais pour leg femmes mêmes. Le^s naturel de Henri II * , Guillaume*Longue-Ëpée, mort en 1226, eut un fils appelé de même, mort en 1260, laissant mi fils du même nom et surnom et une fille appelée Ëla Longue*Épée '. Le fils naturel de Henri II, en épousant Elisabeth Devrieux, fille du comte de Salisbury, devint comte de Salisbury et de Romare. C'est bien ce Guillaume-Longue-Ëpée
* Percy^s Reliques ofancient english poe^V» ^* ^f P* W» tduaiMMi de la Fair Rosamand, Rosamonde CUfford, gardée dans une esçèce de labyrinthe* morte en 1177 par suite des excès Jaloux de la reine Eléonore, eut de Henri II deux ^: WiUiam-Long-Sword, fait comte de Salisbury par son mariage, et Geoffinoy, sacré évêque de Lincoln en 1182.— Dans JETtimeV History o/Bngland^ à la fin du premier volume, U est &it mention des deux fils de Henri U et de Rosamonde CUQiDrd, dodt ratné, surnommé Ixmgsword (so caUedfrom the sword fie usuaUy wùre)^ épousa Ela, fille et héritière du comte de Saliikary.
^' Tableaux généalogiques et historiques de Vempirthrir tannique^ par le baron de Reden. Berlin, 1830, in-folio, tab.