‹ Les romans du wagonChapitre 4 sur 29 · LES FAUSSES VOCATIONS · texte numérisé non relu

LES FAUSSES VOCATIONS

— Mon père recevait tout à l’heure mes baisers d’adieu...

— Moi, c’est pour longtemps.

— Moi, c’est pour toujours, peut-être.

Ici un long silence. La jeune fille reprend :

— Le peu que j’ai vu du monde m’a effrayée...

— La vie m’est apparue à travers le prisme des déceptions.

— C’est alors que j’ai fait part de mes projets à ma mère.

— Mon père fut instruit aussitôt de mes desseins.

— La pauvre femme pleura.

— Le digne homme fondit en larmes.

— Mais j’étais bien résolue.

— Moi aussi... A quoi étiez-vous résolue?.

— A entrer au couvent, et vous?

— A prononcer mes vœux !

— Ce que c’est que le hasard, fit la jolie blonde en battant des mains.

— C’est singulier, en effet, dit le beau brun en hochant la tête.

— Eh quoi ! vous avez compris comme moi que la paix et le salut sont dans le sein de Dieu?

— Sans doute.

— Que la sombre livrée du Christ est la seule qui convienne à des cœurs honnêtes?

— Parfaitement.

— Où allez-vous?

— À Nancy.

— Tiens, moi aussi...

— Au séminaire...

— Et moi au Sacré-Cœur!...

— Ma sœur, ia nuit est fraîche... veuillez mettre cette couverture sur vos pieds.

— Merci, mon frère.

Sixheures du matin sonnaient à l’église Saint-Epfvre, lorsque la voix du chef de train criait : Nancy! les voyageurs pour Nancy ! »

Les deux compagnons de roule descendirent et se séparèrent après avoir échangé un long regard et une longue poignée de main.

— Au télégraphe! dit le jeune homme à son cocher.

— Au télégraphe ! cria la jeune fille au sien.

Cinq minutes plus lard, l’employé aux dépêches expédiait deux télégrammes.

Le premier était ainsi conçu :

Père, je me suis trompé , les autels m'appellent à eux... mais pas seul. — J'aime. — Venez vite. ■ — Ilotel de France.

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