‹ Les romans du wagonChapitre 5 sur 29 · FIANÇAILLES A LA VAPEUR · texte numérisé non relu

FIANÇAILLES A LA VAPEUR

C’était dans les premiers jours de l’ouverture du Salon de 1864.

Je m’étais arrêté devant un tableau représentant un Fête en Alsace, et si j’ai bonne mémoire, celte toile est une de celles qui furent médaillées par le jury d’examen.

L’œuvre était savamment composée; les costumes des bonshommes étaient d’une exactitude méticuleuse et d’une couleur agréable à l’œil. Au premier plan, assise sur un tas de houblon , une commère aux yeux fripons et au corsage échancré montrait à un nouveau-né endormi sur ses genoux qu’il ne mourrait pas

defaim à son réveil. Dans le fond, d’autres filles, hautes en formes, valsaient entre les bras de paysans, dont la bouche, tordue à la façon des braillards de Teniers, chantaient Cambrinus et Saint-Antoine, — et un violoneux, monlé sur le classique tonneau, faisait pleuvoir sur cette joie rhénane les trésors de sa chanterelle.

La figure du premier plan avait surtout attiré mes regards par une plantureuse beauté dont j’avais certainement vu l’original sur une scène de genre; et comme dans mon admiration je m’étais reculé de trois pas pour juger de l’ensemble du travail, mon talon avait froissé les orteils d’un grand particulier, sec comme un jour de canicule.

Cet homme était l’auteur même de la peinture — attribuée par le livret à la palette de M. Chilperic

DE IiEÀUVEItiSIS.

M. de Beauvernis, après un aigre dialogue, ne se tint pas pour satisfait de mes excuses; nous échangeâmes nos cartes, et le lendemain... je déjeunais dans son atelier avec deux de mes amis.

Les canards, — commensaux obligés de ce genre d’agapes, — venaient d’être dévorés jusqu’au dernier navet quand, — suprise extrême, eût ditM. Scribe, — l’Alsacienne du tableau, en chair, en os et en

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