‹ Les roses du laurierChapitre 101 sur 114 · POUR CIPRIANI ET DE FELICE · texte numérisé non relu

POUR CIPRIANI ET DE FELICE

Tant mieux, sévère et doux apôtre, Que ta vie ait d'un bagne à l'autre Flotté comme une feuille au vent Et qu'en passant l'intègre Histoire Lise la souffrance et la gloire Sur ton front de marbre vivant !

Tant mieux, Félice, que tes rêves, Saints comme l'àme des héros, Aient contre toi tourné les glaives Qui se rouillaient dans les fourreaux!

Tant mieux que ton nom symbolique Ait chanté, contraste ironique !

Sur les lèvres blêmes de faim Et que, tout vibrant d'espérance.

Tu n'aies point manqué de souffrance Quand les foules manquaient de pain !

Sous la racine des grands chênes, Sous les monts au calme sommet.

Le fer d'où sortirent vos chaînes, Le fer mystérieux dormait.

Qu'importe, après le sacrifice, Qu'on Tait forgé pour le supplice, Devant le ciel profond et doux?

Dualité de la nature ! Il était, dans la terre obscure.

Innocent et pur comme vous !

Les palais avec leurs pilastres, La forteresse avec sa tour,

Le temple, la forêt, les astres, Tout peut s'écrouler en un jour.

Que faites-vous là, tas de trônes?

Dédorez-vous, sceptres ! Couronnes, Roulez au néant de Tégout !

Le droit est plus fort que Procuste:

Ce qu'a souffert un homme juste Survit seul à la mort de tout !

C'est pourquoi, frères d'Italie,

Je vous tends le cœur et la main :

Ce qu'on nomme notre folie

Sera la raison de demain.

La paix se fera sur terre,

Sans que le barde solitaire.

En proie à l'orgueil du drapeau,

Se condamne, auxtempsoù nous sommes,

A parquer des millions d'hommes,

Comme s'ils n'étaient qu'un troupeau.

Tous les droits ! toutes les lumières ! Plus de vaincus! plus de proscrits!

Plus de canons sur les frontières, Quand les peuples auront compris !

L'Enfer éteindra ses fournaises ; Adam, ce forçat des genèses, A jamais sera libéré ; Et c'est de la paille du bagne, Devant la plaine et la montagne.

Que surgira le blé sacré !

2 novembre 1896.

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