‹ Les roses du laurierChapitre 102 sur 114 · A MONTMARTRE · texte numérisé non relu

A MONTMARTRE

Salut à toi, Vache enragée, O nourrice maigre des Dieux !

Ce n'est qu'après t'avoir mangée Que l'on conquiert les vastes cieux, Que Ton survit à Theure brève.

Qu'on brise le dogme et le glaive Au poing du prêtre et du guerrier, Qu'on est puissant, candide, juste, Et qu'on fait de sa tombe auguste Jaillir la splendeur du Laurier !

C'est toi la marâtre et la mère !

C'est toi qui, la peau sur les os.

Nous allaitas d'une chimère Quand nous chantions dans nos berceaux,

302 ROSES DU LArRIER

Quand nos âmes, à peine écloses, Étincelaient comme des roses, Dans l'ignorance des douleurs.

Et que les souriantes fées Peuplaient nos rêves de trophées, Tout ruisselants d'aube et de fleurs !

Sous les branches que le ciel dore, Au fond des bois mystérieux, C'est toi qui beuglas vers l'aurore, Avec du rouge dans les yeux, Le jour de folie et d'ivresse Où notre première maîtresse, Raillant les eunuques jaloux Que la Loi gloritîe et venge, Nous tendit sa lèvre en échange D'un petit bouquet de deux sous !

C'est toi qui regardas l'espace.

L'horizon ténébreux ou clair, Les sommets où l'orage passe Comme une strophe d'ombre et d'air; C'est toi qui te dressas, terrible Comme la Vache de la Bible Au seuil des peuples et des rois, La nuit, à jamais fécondée.

Où nous avons avec l'Idée Couché pour la première fois!

C'est toi qui te cabres et rues De tout l'effort de tes jarrets,

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