‹ Les roses du laurierChapitre 12 sur 114 · A EMILE ZOLA · texte numérisé non relu

A EMILE ZOLA

[Pour sa présidence des fêtes du Midi, à Sceaux]

Qui donc avait dit, puissant Maître, Que ta gloire, espoir du granit, Dédaignait l'idylle champêtre Où nous évoquons notre nid.

Et qu'Estelle, la sœur des fées, N'égayait jamais tes trophées Du vol des souvenirs sereins.

Quand, avec un bruit de cymbales, Les ailes d'argent des cigales Se posaient sur les tambourins?

Notre Mireille est accourue, La rose et le bluet au front.

Pendant qu'au milieu de la rue Les poètes dansaient en rond ; Et te voilà dans notre fête, Oubliant de quelle tempête

Sera fait ton livre nouveau, Pour ressusciter ta jouvence, Aux doux chants de cette Provence Qui t'ensoleilla le cerveau !

Ah ! j'osai presque te maudire De n'avoir pas servi mes dieux, Moi qui g^arde à la sainte Lyre Un amour de barde pieux, Lorsque des épaules du Verbe Tu fis, en moissonnant ta gerbe Dans les splendeurs de Messidor, Glisser le manteau romantique Qui sur le seuil blanc du Portique Traînait de la pourpre et de l'or !

' Qu'importe ! La pensée altière Égale l'enfant à l'aïeul ; L'art est le pays sans frontière, Où le génie est roi tout seul.

L'œuvre plane sur les doctrines ; Tout ce qui s'écroule en ruines Contenait de l'ombre et du vent ; Un drapeau passe, un livre dure ; La querelle meurt, à mesure Que le grand homme est plus vivant.

Vois si notre dispute est vaine !

Tout hâte le même réveil ; Tune sculptes la fange humaine Que pour la dorer de soleil ;

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